III AVRIL
Le troisième jour d'avril de l'an 1654, mourut à Vienne, dans la nuit du vendredi saint, le F. Jean-Baptiste Lechner, victime de sa charité au chevet des pestiférés. Issu d'une famille fort distinguée, il avait renoncé aux espérances du monde et à la carrière des armes, où il s'était brillamment signalé, pour servir Dieu et la Compagnie dans les fonctions de Goadjuteur. Il ne montra pas moins de courage sous l'étendard de Jésus-Christ. Plus d'une fois, en temps de guerre, il s'exposa par obéissance aux plus grands dangers. Il s'était mis, corps et âme, sous la protection de Notre-Dame, il jeûnait en son honneur la veille de ses fêtes, et tous les samedis de l'année.
II tressaillit d'une sainte joie quand il fut, sur sa demande, appelé de Leoben à Vienne ravagée par la peste, pour se dévouer au service des malades. Comme son supérieur croyait devoir l'exempter de l'abstinence du carême, à cause du mauvais état de sa santé : « Mon Père, lui répondit le F. Lechner, le spectacle de la mort que j'ai continuellement sous les yeux, me donnera la force de supporter encore cette fatigue ; cela vaut mieux que de flatter ce corps misérable, qu'il me faudra bientôt quitter. » II goûtait, ajoutait-il, de si douces consolations dans son ministère d'infirmier, qu'il était prêt, si Dieu le voulait ainsi, à s'y dépenser de longues
années. Cependant il ne pouvait s'empêcher de soupirer après la palme du martyre. Quand il voyait succomber quelqu'un de ses compagnons de dévouement, on l'entendait répéter avec une sainte envie : « Oh ! si je pouvais le suivre ! » Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés ; à son tour, il cueillit la palme si vivement désirée. Il était Agé de cinquante-trois ans et en avait passé vingttrois dans la Compagnie.
Litter. nnn. Societat., anno 1654, p. 60. — Sumniar. vitœ defunctor, Provinc. Austr. (Archiv. Rom.). — Alegambe, Heroes et Victim. charit., p. 494. — Nadasi, Ann. dier. niemor.^ 3^ april.., p. 183. — Drews, Fasti Soc. Jes., Z^ apr., p. 127.
* Le troisième jour d'avril de l'an 1733, mourut à Fiume le P. Jean-Baptiste Jacobovich de Zengg en Croatie, l'apôtre des provinces qui s'étendent le long de la côte orientale de l'Adriatique, ristrie, la Croatie et la Dalmatie. Comme François Xavier et François Régis, il ne prêcha que dix ans ; mais dans ce court espace de temps quels travaux et quels fruits ! Tous les diocèses de la côte sont successivement le théâtre de son zèle : il convertit les pécheurs, fait disparaître les scandales, réforme le clergé, dissipe l'ignorance, combat les superstitions. Pour donner une idée des merveilles accomplies par cet homme de Dieu, son biographe raconte ce qu'il a vu de ses yeux dans la mission donnée à Fiume en 1727, et il se demande comment un missionnaire, de santé délicate et qui plus d'une fois avait craché le sang, a pu supporter de telles fatigues. Le P. Jacobovich faisait toutes ses courses pieds