‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 184 sur 327 · X AVRIL · texte numérisé non relu

X AVRIL

Le dixième jour d'avril de l'an 1651, mourut au collège d'Ingolsladt le P. Georges Stengel, auteur de plus de soixante-dix traités ou opuscules de controverse et de piété, qui rendirent son nom cher aux catholiques d'Allemagne et formidable aux hérétiques. Sa vertu était à la hauteur de sa science, son âme ne semblait pas même effleurée par les menaces et les injures dont ne cessaient de l'accabler ses adversaires. Dans les outrages, il lui était doux de trouver l'éclat et le parfum des fleurs de la croix.

Dans une épitaphe qu'il avait composée pour lui-même, après avoir rappelé les travaux qui avaient rempli sa vie : « J'ai appris seulement une chose, dit-il ; c'est qu'il n'est rien de meilleur à l'homme que les croix envoyées par Dieu ; je les ai reçues comme des bienfaits, et c'est pourquoi j'ai toujours été dans l'allégresse. Apprenez le même secret, passant, et vous serez heureux ». Le P. Stengel enseigna la philosophie et la théologie avec une grande réputation de doctrine et fut Recteur du collège de Dillingen ; il mourut à l'âge de soixante-sept ans, dont il avait passé cinquanteet-un dans la Compagnie.

' Summar. citœ def'unct. Provinc. ' German. Super. (Archiv. Rom.). — Dkews; Fasli Soc. Jcsii, 10 april., p . 137. — Sotuellus, Bihlioth., p. 294.

X AVRIL. P. CHARLES STREITT. 331

— SoMMERVoGEL, BibUoth., t. 7, p. 1546. — Litter. ann. Societ., anno 1651, p. 158. — Ch. Verdière, S. J., Histoire de l'Université' d'Ingolstadt, t. % p. 256.

Voici l'épitaphe composée par le P. Stengel :

Ave, lector, et pro me Deum precare. Si vis scire guis sim, nunc pulvis sum ; antea fœnuni fui, quia caro. Pauca legi, aliqua scripsi, plui*ima ignoravi. Illud solum didici, nihil homini mogis prodesse quant immissas a Deo cruces, quas ut bénéficia suscepi ; hinc semper lœtus fui. Disce et tu hanc artem, viator ; lastaberis.

* Le dixième jour d'avril de l'an 1750, mourut dans la résidence de Komorn en Hongrie le P. Charles Streitt de Breslau, homme véritablement apostolique. Il fut chargé, pendant les vingt dernières années de sa vie, de la paroisse de Komorn. Estimant avec saint Paul qu'il se devait à tous, il embrassa dans le même zèle catholiques et protestants, et eut la consolation de voir un grand nombre de ces derniers fréquenter notre église et revenir à la vraie foi. Le spectacle de son dévouement et de sa charité n'avait pas eu moins de force que ses discours pour les éclairer et les persuader.

Un jour, revenant d'assister un malade, il avait trouvé étendu sur la place publique un malheureux râlant déjà et à demi-mort de froid. Il le porta dans une maison voisine, lui fît reprendre ses sens, à force de soins, lui donna les derniers sacrements et lui ménagea la grâce d'une sainte mort. Une autre fois, c'est une pauvre femme, rongée d'ulcères, cadavre vivant, dont personne ne pouvait supporter la présence. Elle gisait abandonnée dans un carrefour, en proie à la fièvre et victime prochaine de la mort. Le

P. Streitt s'approche, et à la vue de cette créature de Dieu réduite à un tel état de misère et d'abandon, il est saisi d'une immense compassion ; il la soulève avec son grabat, stupentibus etiam heterodoxis, et va par les rues solliciter un asile. Beaucoup de portes se ferment devant lui. A la fin, une noble dame, vaincue par un tel excès de charité, ouvre sa demeure, et reçoit l'infortunée au nom de Dieu. Celle-ci expirait le lendemain, consolée par les sacrements de l'Eglise et bénissant son bienfaiteur.

La guerre entre l'Autriche et la France avait amené à Komorn des centaines de prisonniers français. Le P. Streitt se dévoua au service de ces malheureux, et n'hésita pas, à l'âge de près de soixante ans, à étudier le français pour leur être plus utile ; il en convertit un bon nombre qui étaient luthériens ou calvinistes. Luimême expira peu de temps après, pleuré de tout son peuple, mais surtout des pauvres, à l'âge de cinquante-neuf ans, dont il avait passé quarante-deux dans la Compagnie.

Litter. ann. Provinc. Austr., aiino 1750 {Archiv. Rom.).

* Le dixième jour d'avril de l'an 1772, mourut à Neubourg le P. François Schauenburg, d'une noble famille de Fribourg en Brisgau. 11 aurait voulu, disait-il quelquefois, « totus oratio fieri., de- "venir tout oraison », tellement il se sentait attiré vers Dieu. 11 ne se distinguait pas moins par sa dévotion au Sacré Cœur de Jésus -et à la très sainte Vierge, dont il propagea le culte en toute manière, à saint Louis de Gonzague, qui l'avait arraché trois fois à la

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