XI JANVIER
* Le onzième jour de janvier de l'an 1740, le P. Adam Spingaroli mourut à Fiume, sa patrie, dans la soixante-dix-neuvième année de son Age et la soixante-quatrième depuis son entrée au noviciat. Il avait longtemps parcouru les campagnes de la Dalmatie et de la Croatie, bravant la difficulté des chemins, les souffrances de la faim et de la soif, les périls de la guerre, pour arracher les âmes à l'ignorance, à l'hérésie et au péché. Quand ces travaux, joints aux mortifications dont il ne cessait d'accabler son corps, eurent épuisé ses forces, le P. Spingaroli revint à Fiume et consacra les dernières années de sa vie à l'évangélisation et au soulagement des pauvres. Il adopta en quelque sorte ces malheureux, se fit leur providence et leur père, pourvut à tous leurs besoins, et souvent même se priva du nécessaire pour leur donner plus largement. Cette charité tendre et généreuse de l'homme de Dieu et ses autres vertus, son obéissance, son humilité, sa patience dans les épreuves, son amour de la prière, lui concilièrent la vénération universelle. On en vit une preuve éclatante à sa mort. A ses funérailles, tel fut le concours de la foule pour le voir encore une fois, et lui faire tou-
cher des médailles et des chapelets, qu'il fallut user d'une sorte de violence pour l'arracher à ces démonstrations et le descendre dans le caveau. Nombre de prodiges furent opérés, dit-on, par son intercession et attestèrent son crédit auprès de Dieu.
Litter. ann. Proi'inc. Austr., nnno 1740 (Archiv. Rom.).
Xil JANVIER
Le douzième jour de janvier de l'an 1650, mourut au collège de Troppau dans la Province de Bohème, le P. Jean Emrich, autrichien. La ville d'Eg-er dont le luthéranisme avait fait une de ses places fortes, lui fut tout entière redevable de sa conversion. On peut même dire qu'il y renouvela les merveilles d'apostolat de saint Grégoire le Thaumaturge à Gésarée ; car lorsqu'il y prêcha pour la première fois, la ville ne renfermait que seize familles catholiques, et lorsqu'il en sortit seize ans après, elle n'en comptait plus que seize qui fussent hérétiques ; et ces succès furent obtenus malgré la crainte perpétuelle des Saxons luthériens, toujours prêts à fondre sur cette cité dont ils parvinrent même à se rendre maîtres p ar trahison. A peine y furent-ils entrés, qu'ils envahirent l'église de la Gompagnie et pillèrent le collège ; mais leur rage s'exerça surtout contre la personne du P. Emrich. Tour à tour il fut question de le mettre à la torture, de le faire flageller par le bourreau, à la vue de tout le peuple, de lui couper le nez et les oreilles. Le serviteur de Dieu assistait à ces délibérations barbares, sans donner le moindre signe d'effroi. Après une longue nuit d'outrages et de mauvais traitements, il répondait à un des magistrats de la ville qui lui témoignait quelque compassion : « Ne nous plaignez pas ;
car nous sommes trop bien traités ; puisque nous souffrons comme serviteurs de Jésus-Christ et que nous portons ses insignes et sa croix ». Le P. Emrich mourut dans la soixantième année de son âge et la trente-neuvième depuis son entrée dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provînc. Bohem., t. 3, p. 1194-1202 ; t. 4, p. 106; /. 5, p. 91, 226, 647.
Le douzième jour de janvier de l'an 1767, le P. David Fay, hongrois, du sang royal de Saint-Etienne, mourut après cinq années de souffrances, sans aucune consolation humaine, dans les souterrains du fort Saint-Julien, près de Lisbonne. Sa famille avait eu le malheur de tomber dans l'hérésie ; mais la lecture des controverses de Bellarmin convertit son père, qui ramena lui-même tous ses enfants à la foi romaine. Sa mère seule demeurait inébranlable dans son erreur. Pour obtenir le salut d'une âme si chère, David, récemment entré dans la Compagnie, fit vœu de se dévouer au salut des infidèles ; et ses études à peine terminées, il partit pour aller annoncer le nom de Jésus-Christ aux tribus sauvages du Brésil. Or, au moment presque où il venait d'arriver dans la Province du Maragnon, il eut la joie d'apprendre que sa mère venait enfin de se convertir.
Le P. Fay évangélisa pendant cinq ans les féroces Indiens des rives du Pindaré. Tout ce qu'il eut à souffrir au milieu d'eux lui avait donné l'espérance de répandre son sang pour la foi. Dieu le réservait à un autre martyre plus long et plus douloureux. Son