XII JANVIER. P. GASPAR KRATZ
titre d'étranger ne put le soustraire à la haine de Pombal pour tous les membres de la Compagnie de Jésus. Arraché à sa mission, le P. Fa}^ fut enseveli, à l'âge de quarante ans, dans les horribles cachots du fort Saint-Julien ; mais loin de se laisser abattre, il ne diminua rien de ses austérités volontaires. Chaque nuit, les soldats entendaient avec un religieux saisissement le bruit de ses longues et sanglantes flagellations; et après sa mort, ils ne craignirent pas de lui donner hautement les témoignages de vénération qu'on ne rend qu'aux saints.
BoERo, Menologio... 12 genn., p. 232. — Stôger, Scriptores Provinc. Austr., p. 78. — SoMMKRVOGEL, BibUot/i., t. 3, p. 573. — Carayon, Documents inédits... Les Prisons de Pombal, p. 159. — Christ, de Murr, Journal..., t. 8, p. 260. — Valent. Racskovits, S. J., Catalogus defunctoruni quorumdam Sociorum Jesu post abolitionem, [Biblioth., Archiep. Colocens.}.
* Le douzième jour de janvier de l'an 1737 mourut glorieusement à Ketcho ou Hanoï, capitale du Tonkin, le vénérable P. Gaspar Kratz, allemand, décapité pour la foi avec les Pères Emmanuel de Abreu, Barthélémy Alvrès et Vincent da Cunha, Portugais.
Les souffrances et le martyre de ces généreux confesseurs ont été racontés déjà au Ménologe de l'Assistance de Portugal. Il suffira de donner ici quelques détails biographiques sur le P. Gaspar Kratz. II était né à Golzheim près de Diiren, entre Cologne et Aix-la-Chapelle. Ses études terminées, il avait cédé au désir des voyages et parcouru les différents états de l'Europe. Puis il s'était engagé au service de la Hollande dans la colonie de Batavia. Au milieu de A. G. I. — T. I. — 5.
tant de courses sur terre et sur mer, Gaspar Kratz était néanmoins toujours demeuré fidèle à la foi de son baptême. Quand un vaisseau portugais venant de Macao touchait à Batavia, il ne manquait jamais d'aller y demander un prêtre catholique pour se confesser et recevoir le corps de Notre-Seigneur. Dieu le récompensa de cette constance, en lui donnant la grâce de la vocation religieuse à la Compagnie, et bientôt après celle du martyre. Afin de suivre plus librement les mouvements de sa piété, Gaspar Kratz partit pour Macao, et à l'âge de trente-deux ans, après de vives instances, il fut admis sous le drapeau de saint Ignace.
Dès qu'il eut achevé son noviciat et ses études, il sollicita et obtint, à sa grande joie, la faveur d'aller annoncer le nom de Jésus-Christ aux peuples du Tonkin. Mais à peine eut-il mis le pied sur le rivage, qu'il fut arrêté avec les Pères Portugais, soumis à une longue et atroce captivité de neuf mois, et enfin condamné à mort. Aussitôt que la nouvelle de la prochaine exécution des missionnaires se fut répandue, les chrétiens accoururent en foule à la prison pour leur dire adieu. C'est le P. Gratz qui fut chargé de leur répondre. Après avoir rappelé que ses compagnons et lui avaient tout quitté pour venir leur enseigner le chemin du salut, il les exhorta à la persévérance : « Ne vous laissez pas aller au découragement, ajouta-t-il, à l'occasion de notre mort. Nous montons au ciel ; là nous connaîtrons encore mieux le prix de vos âmes, et nous vous aimerons encore mieux ».
Les saints martyrs allèrent au supplice avec une allégresse qui jetait les payens dans la stupeur : « Quelle est donc cette loi, disaient-ils, qui enseigne h mépriser la vie, et à recevoir la mort avec tant de joie ?» Le P. Kratz se mit à genoux, baisa avec respect le