XV AVRIL
* Le quinzième jour d'avril de l'an 1793, mourut près de Gsakaturn en Croatie le P. Ignace Szentmartonyi, hongrois. Il enseignait les mathématiques au collège de Gratz, lorsque le roi de Portugal Jean V demanda au P. François Retz, Général de la Compagnie, quelques-uns de ses religieux pour dresser la carte des pays situés le long du fleuve des Amazones et déterminer les limites exactes des possessions espagnoles et portugaises. Le P. Szentmartonyi fut chargé de cette mission et partit pour l'Amérique avec le titre d'astronome du roi. 11 s'occupa sept années entières de ce long et difficile travail.
Il était sur le point de le terminer, lorsque, par ordre de Pombal, il fut arrêté en 1760 avec tous les missionnaires de la Compagnie au Brésil et, pour récompense de son dévouement, jeté comme un malfaiteur dans les cachots du fort Saint-Julien. Aux premiers jours de l'année suivante, il fut transféré dans la prison d'Azeitao, de l'autre côté du Tage et, après huit années d'incroyables souffrances et privations, ramené une seconde fois à Saint- Julien, après avoir vu vingt-trois de ses compagnons périr de misère, victimes de la haine de leur persécuteur.
Quand le bref de Clément XIV eut été promulgué, l'impératrice
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d'Autriche Marie-Thérèse fit des démarches pour obtenir la mise en liberté du P. Szentmartonyi et des autres jésuites allemands. Pombal répondit que ceux qu'il retenait n'étaient pas des jésuites, mais des voleurs, des brigands et peut-être des parricides. Il fallut que l'odieux ministre tombât en disgrâce, à l'avènement de la reine Marie, pour que les portes des cachots s'ouvrissent aux captifs. Le P. Szentmarton}^ n'avait pas vu le jour depuis dix-sept ans. Marie-Thérèse voulut entendre de sa bouche à Vienne le récit de ses longues souffrances ; elle en fut émue jusqu'aux larmes. Le P. Szentmarton^^i se retira près d'un de ses neveux, curé dans l'île de Csakaturn en Croatie. C'est là que, partageant ses journées entre l'oraison, les travaux du ministère apostolique et le soin des pauvres, le confesseur de Jésus-Christ acheva saintement sa vie, dans la soixante-quinzième année de son âge et la cinquante-huitième depuis son entrée au noviciat.
Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 353. — P. Eck\rt, S. J. Les prisons du marquis de Pombal (Collée t. du P. Ca.ra.yon, Documents inédits), p. 169, 256 [note], 276. — Christophe Von Murr, Journal, t. 8, p. 285 ; t. 9, p. 223. — Biographie univers., t. 44, p. 547. — Sommervogel, Biblioth., t. 1 , p. 1775.