XX AVRIL. — P. NICOLAS DE CUSA
noviciat à l'âge de vingt-sept ans. Trois ans après, il fut appliqué à l'œuvre des missions de campagne, pour lesquelles Dieu lui avait donné des aptitudes remarquables, jointes à une haute sainteté. Pendant plus de trente ans, il ne cessa de parcourir en apôtre l'Allemagne et la Lorraine, recueillant partout des fruits abondants de conversion et de sanctification. Les contradictions de toute nature, calomnies, menaces même de mort ne lui firent pas défaut. II avoua pins d'une fois à son supérieur qu'au moment de sortir du collège pour aller les affronter, il tremblait de tous ses membres ; mais dominant par les pensées de la foi et l'amour des âmes ces terreurs involontaires, il partait quand même plein d'ardeur et de confiance en Dieu. Il faisait toutes ses courses à pied, son bagage sur les épaules, dormait sur la dure, ne prenait qu'une nourriture grossière et en si petite quantité qu'il lui arrivait parfois de tomber d'épuisement sur le chemin. Mais cette vie humble et mortifiée lui donnait une puissance extraordinaire sur les âmes.
Quand le P. de Gusa rentrait au collège après ses expéditions apostoliques, il se montrait le plus obéissant, le plus fidèle observateur de la règle. Très uni à Dieu, il avait en un haut degré le don d'oraison et celui des larmes. Son livre L'École chrétienne est, au jugement du P. Nieremberg, un abrégé de toute la théologie scolastique. Après l'avoir parcouru, le suffragant de l'évêque de Metz en fut si satisfait, qu'il prescrivit à tous les curés du diocèse d'en faire publiquement la lecture dans leurs églises à la place du prône.
Le P. de Gusa mourut à l'âge de soixante-deux ans ; il en avait passé trente-cinq dans la Gompagnie,
SoTUELLus, Biblioth.^ p. 628. — Sommervogel, Biblioth., t. 2, p. 1745.
— NiEREMBERG, Vcifoiies ïlustres, 2^ édit., t. 6, p. 57. — Patrignani, Menolog., 20 april., p. 182. — Nadasi, Ann. (lier, memor., 20 april., p. 218.
— Drews, Fasti Societ. Jesu, 20* april., p. 149.
* Le vingtième jour d'avril de l'an 1690, mourut à Hermannstadt en Transylvanie le P. Luc Kolich, d'Ewanowitz en Moravie, épuisé par dix-sept années de fatigues au milieu des armées impériales. Au moment d'entrer dans la Compagnie à Brûnn où il avait fait ses études sous la direction de nos Pères, il dut, à l'appel du comte de Souches, gouverneur de la ville, prendre le mousquet avec ses condisciples pour concourir à la défense de la place assiégée par le général suédois Torstenson. Cette jeunesse se comporta vaillamment ; et quand l'ennemi se fut retiré, le gouverneur proclama hautement que l'honneur de la victoire lui revenait en grande partie.
Devenu soldat dans la milice de saint Ignace, Luc Kolich se signala dès le premier jour par une ferveur, une humilité, un dévouement, une abnégation qui, au témoignage du P. Mathias Tanner, allèrent grandissant jusqu'au dernier jour de sa vie. Rien ne lui paraissait trop pénible ou trop bas, dès qu'il était question de se renoncer ou de rendre service à ses frères. Le collège de Brzesnitz qu'il gouvernait était pauvre et avait des charges considérables ; mais fort de sa confiance en Dieu, le P. Kolich ne pensa jamais que ce fût une raison de resserrer son cœur ni sa main. Son premier souci fut même en arrivant de recommander au Père Ministre d'examiner et de lui faire connaître ensuite par quels moyens et quelles industries il pourrait le mieux exercer la cha-