‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 206 sur 327 · XX AVRIL. P. LUC KOLICH · texte numérisé non relu

XX AVRIL. P. LUC KOLICH

rite envers ceux qui lui étaient confiés. Il n'avait Je sévérité que pour lui-même : les abstinences, les cilices, les flagellations étaient ses pénitences de tous les jours ; elles s'ajoutaient aux souffrances d'un mal caché qui fît de sa vie un continuel martyre.

Mais toutes ces vertus, dit encore le P. Tanner, ne sont qu'une ébauche et une ombre, si on les compare à celles dont il donna l'exemple comme aumônier militaire, pendant dix-sept ans, au régiment du général comte Sereni. Ce que le P. Tanner en rapporte semble en efTet dépasser toute créance. Sous la direction du P. Kolich, le régiment était devenu une école de vertu ; la prière s'y récitait en commun matin et soir et était suivie d'une courte instruction. Pendant les marches, pour empêcher les entretiens licencieux, la récitation du chapelet à haute voix alternait avec le chant des cantiques. Dans l'action et sur le champ de bataille, le P. Kolich se jetait au plus fort de la mêlée pour secourir les blessés, et montrait un courage qui enlevait l'admiration de toutes les troupes. Aux hôpitaux et dans les ambulances, il était pour les malades mater, servus et infirniarius. Aussi tous les soldats l'aimaient comme leur père. A la prise de Bu de sur les Turcs en 1686, le zélé serviteur de Dieu, plein d'une sollicitude inquiète pour les âmes, s'élança des premiers dans la ville avec les troupes victorieuses, afin d'arracher à la mort ou du moins de baptiser les malheureux enfants des Turcs que les soldats, dans l'effervescence de la lutte, ne savaient pas toujours épargner.

Le P. Kolich passa les deux dernières années de sa vie à Hermannstadt, où il ne trouva en arrivant qu'une seule personne catholique, et où il resta jusqu'à la fin le seul prêtre. A sa mort, il laissait dans la ville une belle église construite par lui, une

école florissante, une communauté catholique déjà nombreuse, et qui n'attendait pour se développer qu'une plus grande liberté de conscience. Témoins des merveilles qu'il accomplissait parmi eux surtout pour l'éducation de leurs enfants, seul, sans ressources, avec une santé ruinée, les hérétiques étaient dans une sorte de stupeur. Ils ne furent pas les derniers à pleurer la perte de celui qu'ils appelaient le saint et l'ami de Dieu. Le P. Kolich était âgé de soixante-trois ans ; il en avait passé quarante-quatre dans la Compagnie.

Ma.th. Tanner, Societas Jesu apostolorum imitatrix, p. 936-944. — Pa- TRiGNANi, Menolog., 20 april.^ p. 187. — Drews, Fasd Societ. Jesu, 20 april., p. 149.

Page 1