‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 260 sur 327 · XXII MAI · texte numérisé non relu

XXII MAI

* Le vingt-deuxième jour de mai de l'an 1655, mourut à Prague le P. . Martin Santini, de Trente, religieux véritablement insigne, dit l'auteur de sa notice, et digne d'être compté parmi les hommes les plus éminents de notre Compagnie. Il enseigna les hautes sciences dans les universités de Gratz, Vienne et Prague, et gouverna ensuite le collège et la maison professe de cette dernière ville. Sa douceur, alliée à une sage fermeté, y fît régner à la fois une exacte discipline et la dilatation des âmes. D'un naturel enjoué, il voulait qu'on servît Notre-Seigneur et la Compagnie avec allégresse. Voyaitil l'un ou l'autre des siens le front triste et assombri, il s'empressait de le dérider et de l'épanouir par quelque saillie spirituelle et gracieuse. Cette humeur aimable s'accordait très bien avec les plus solides vertus, l'humilité, le recueillement, la mortification.

Le P. Santini était souvent favorisé, dans ses entretiens avec Dieu, de communications très élevées, récompense de sa générosité à se vaincre et à s'oublier. 11 ne voulait pas en effet séparer le renoncement de l'oraison ; celle-ci, disait-il, dépend de celui-là comme la lumière du soleil, la chaleur du foyer. C'est dans le même esprit qu'il considérait les épreuves comme la marque la plus précieuse de l'amour de Dieu ; il soutenait que nous devons, plus de reconnaissance à Notre-Seigneur quand il nous visite par l'affliction que

lorsqu'il nous réjouit par la consolation. On remarquait encore que le P. Santini, malgré sa grande charité, ne louait jamais personne en face. Tout ce qui sentait les compliments et la flatterie lui paraissait indigne d'un religieux ; il ne voyait que les seuls intérêts et la seule gloire de Dieu.

Il aimait la Compagnie d'un amour de fils. Dans sa vieillesse, on ne pouvait lui causer de joie plus douce que de lui apprendre l'entrée au noviciat de quelque jeune homme dont les vertus et les belles qualités promettaient pour l'avenir un excellent ouvrier. Il suivait avec une pieuse attention les événements qui concernaient 4a Compagnie ; il s'affligeait de ses épreuves et de ses revers, se réjouissait de ses triomphes et de ses succès. Il s'était fait un catalogue de nos principaux fondateurs et bienfaiteurs et priait souvent à leur intention. Vers la fin de sa vie, le dépérissement de ses forces l'obligeait à prendre les repas dans sa chambre ; mais «'il devait y avoir quelque discours, sermon ou exercice de classe au réfectoire, il voulait absolument descendre pour encourager ses jeunes frères par ce témoignage d'intérêt et de sympathie.

La mort ajouta un nouvel éclat à la réputation de sainteté dont le P. Santini jouissait déjà dans les deux Provinces de Bohême et d'Autriche, et auprès de tout le peuple. Une sécheresse obstinée désolait depuis longtemps les campagnes. Quelques-uns eurent la pensée de prier le serviteur de Dieu, au moment où il allait rendre le dernier soupir, d'obtenir la cessation du fléau lorsqu'il serait arrivé au ciel. Or dès le lendemain de sa mort, le ciel se couvrit de nuages ; une pluie abondante rafraîchit la terre et ramena la fécondité. Le P. Martin Santini était âgé de quatre-vingts ans, et en avait passé soixante-cinq dans la Compagnie.

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