XXI JANVIER
Le vingt-et-unième jour de janvier de l'an 16SS, mourut à Brzeznicz, en Bohême, le P. Georges Férus, le plus grand orateur peutêtre de la ville et de l'université de Prague, qu'il évangélisa durant trente ans. La sainte liberté et la force de sa parole le firent comparer tour à tour au grand docteur d'Antioche et de Constantinople, saint Jean Chrysostome, et au saint Précurseur de Jésus-Christ. La dissimulation des vérités et des menaces de l'Evangile lui semblait indigne d'un véritable ministre de Dieu ; il répétait avec la même hardiesse non licet, au peuple, aux grands et aux rois. Cette intrépidité le fit exiler de Prague et reléguer dans la petite ville de Prachatitz, à peu de distance du village où Jean Huss était né près de trois siècles auparavant. Le P. Férus profita de son exil pour combattre l'hérésie là même où elle avait eu son berceau. Tout le pays de Prachatitz était déjà rentré à sa voix dans le sein de l'Eglise Romaine, lorsque le peuple et la noblesse de Prague obtinrent que leur apôtre leur fût rendu. L'homme de Dieu reparut au milieu d'eux avec la même vigueur sacerdotale. Quand il croyait devoir attaquer quelque violation plus criante de la loi divine, il le faisait sans hésiter; il déclara plus d'une fois qu'il était prêt à partir de nouveau pour Prachatitz, mais qu'il ne tairait jamais la parole de Jésus-Christ.
Jaloux de consacrer tous les moments de sa vie au salut des âmes, le P. Férus sut encore trouver le loisir de traduire en langue vulgaire près de trente opuscules de piété des meilleurs auteurs ascétiques de la Compagnie. Il en composa presque autant lui-même, et popularisa dans toute la Bohême les règles de la vie chrétienne, les dévotions les plus autorisées de l'Eglise Romaine, les histoires des apôtres, des martyrs, des vierges, des saints artisans, et en particulier des plus illustres saints de la Bohême, depuis le temps où elle avait reçu les premières lumières de la foi. Le P. Férus mourut à l'àge de soixante-dix ans ; il en avait passé cinquante-trois dans la Compagnie.
SoTUELLus, Biblioth., p. 287. — Sommervogel, Biblioth., t. 3, p. 702.
— Crugerius, Sacri Pulveres Bohemiee, t. l, p. 97. — Franz Pelzel, Boemische Geleh?'te... aus dem Orden der Jesuiten... Prag, 1786, p. 15.
— Summar. vit;v defunct. Provinc. Bohem., (Arch. Rom.).
* Le ving-et-unième jour de janvier de l'an 1708, mourut très saintement à Ingolstadt le P. André Schwalb, bavarois. La haute opinion qu'il avait de la Compagnie et sa propre humilité l'empêchèrent longtemps, malgré ses désirs, de solliciter une place parmi les enfants de saint Ignace. Enfin l'appel de Dieu fut plus puissant que ses craintes, et à vingt-quatre ans, il alla frapper à la porte du noviciat. On vit bientôt que c'était une recrue de choix. Ses études terminées, le P. Schwalb occupa quinze années de suite, avec une grande réputation, la chaire de théologie morale ; puis ses éminentes vertus, sa rare connaissance des voies de Dieu lui