‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 49 sur 327 · XXV JANVIER. — P EUSÈBE TRUCHSES · texte numérisé non relu

XXV JANVIER. — P EUSÈBE TRUCHSES

* Le vingt-cinquième jour de janvier de l'an 1713, mourut au collège de Munich le P. Eusèbe Truchses, d'une famille qui comptait parmi les plus illustres de l'Allemagne ; son père était grand-sénéchal héréditaire de l'empire, et sa mère, princesse de Hohenzollern, était de famille royale. Dieu ne tarda pas à lui demander le sacrifice des espérances que son nom et sa fortune lui promettaient dans le monde. Après de brillantes études au Collège Germanique couronnées par l'acte public de théologie, Eusèbe Truchses se sentit appelé à embrasser l'humilité de la croix dans la Compagnie de Jésus. A cette voix d'en haut, toute sa nature frémit d'abord et se révolta ; puis lorsqu'il fut sorti vainqueur de ces luttes intimes, il eut d'autres combats non moins redoutables à soutenir contre ses proches et le Souverain Pontife lui-même, qui ne se résignait pas à priver l'église d'Allemagne des services qu'elle pouvait attendre d'un homme doué de si rares qualités.

Enfin toutes les oppositions tombèrent, et à vingt-cinq ans, Eusèbe Truchses alla se mêler aux novices de Saint-André. Il s'étudia dès le premier jour à se perdre au milieu d'eux, à être le plus humble et le plus petit de tous. Mais sa vertu déjà formée et ses grands talents ne lui permirent pas de rester longtemps caché, et presque au lendemain de son noviciat, il fut élevé aux premières charges de sa Province et de la Compagnie. Nous le voyons tour à tour professeur de philosophie à l'université d'Ingolstadt, Substitut du Secrétaire de la Compagnie sous le gouvernement du P. Oliva. Recteur du collège d'Augsbourg, Provincial et enfin Assistant d'Allemagne. A la xiii* Congrégation générale, assemblée pour donner un successeur au P. Charles de Noyelles, vingt-cinq suffrages

se réunirent sur son nom. Au milieu de tant de témoig-nages d'estime rendus à son mérite, le P. Truclises demeura toujours fidèle à sa vertu de prédilection. Jamais on ne l'entendit parler de ce qu'il avait été dans le monde, et il ne souffrait pas qu'on y lit allusion devant lui. Lorsqu'il eut cessé d'être Assistant, il demanda comme une grâce de passer ses derniers jours au collège d'Augsbourg, dans les exercices de la prière et de la vie commune. Sa grande consolation était d'aller voir et réjouir les malades du collège ; et quand ses forces épuisées ne lui permirent plus de marcher, il se faisait traîner auprès d'eux, pour remplir jusqu'à la fin ce ministère de charité. Le P. Truclises s'endormit dans le Seigneur à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

Summar. vita' def'unct. Proviiic. Germaii. Super. {Archiv. Rom. j. — SoTUELLis, Biblioth., p. 198. — Sommervogel, Bibliotk., t. 8, p. 2ii7. — Patrignani, Menolog., 2.") genn.., p. 254. — Gard. Steinhuber, S. J., Geschichte des Collegiuin German. Hungaric, Freiburg., 1895, t. 1, p. 408. — Mederer, Annales Ingolstadiens. ncadeni., part. 2^ , p. 348.

*,Le vingt-cinquième jour de janvier de l'an 1730, mourut dans le district de Krassova, aux confins de la Hongrie, le P. Michel Lovi- NiCH, que le maréchal de camp de Temeswar, après l'avoir vu à l'œuvre, ne craignait pas d'appeler « un homme incomparable ». Le P. Lovinich avait été envo3'é porter secours aux populations illyriennes et valaques qui habitent les montagnes entre la Valachie et la Hongrie. Ces pauvres gens, depuis longtemps abandonnés, n'avaient guère retenu de la religion que le signe de la croix ; ils

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étaient adonnés à toutes les superstitions et menaient une vie presque sauvage. Le P. Lovinich en fît des hommes d'abord et ensuite de fervents chrétiens. Mais au prix de combien de travaux, de prières et de pénitences ! Il allait de cabane en cabane, enseignant le catéchisme et les prières, formant des enfants cpii lui servaient ensuite d'auxiliaires. Mais ce qui donnait par-dessus tout de l'efficacité à sa parole, c'était l'exemple de sa sainte vie. Il se nourrissait d'ini peu de pain cuit sous la cendre, faisait toutes ses courses à pied, à moins de quelque nécessité pressante. Il lui arriva plus d'une fois de passer les nuits en oraison en plein air sous un ciel glacial ; il était toujours armé d'un cilice dont les pointes avaient pénétré dans sa chair. Aussi la vénération universelle avait-elle liiii par s'attacher à cet homme de Dieu : on le saluait dès iju'on l'apercevait au loin ; on s'agenouillait en l'approchant pour lui baiser la main. Les hérétiques eux-mêmes subissaient le charme île cette sainteté, et plusieurs, interrog'és sur leurs croyances, répondaient qu'ils adoraient le Dieu du P. Michel.

D'admirables faveurs surnaturelles récompensèrent le missionnaire de sa vie d'immolation et de dévouement. Il en a consigné plusieurs dans un petit cahier trouvé après sa mort ; entr'autres les apparitions fréquentes de son bon ange, qui venait le consoler après ses luttes sensibles contre l'ennemi des âmes, l'instruire de ce qu il avait à faire, ou même le reprendre de ses manquements. Le P. Lovinich construisit, avec le concours des habitants, une belle église, la première qui s'éleva dans la région; pour lui, il habitait une misérable cabane grossièrement travaillée de ses mains. C'est là qu'il rendit le dernier soupir, à l'âge de quarante-huit ans, assisté par un des Pères de la mission de Temeswar.

Immense et presque inconsolable fut la douleur de ses enfants spi rituels ; ils écrivirent au Père Provincial d'Autriche une lettre touchante pour le conjurer de leur envoyer un autre Père Michel ; « car autrement, disaient-ils, ils allaient retomber dans leur ancienne barbarie et leur ignorance des choses de Dieu ». Le P. Lovinich avait passé vingt-deux ans dans la Compagnie.

Litterœ annux Proviac. Austrias, anno 1730 (Arc/iiv. Rom.]. — Stôger, Scriptor. Provinc. Auslr., p. 211. — Sommervogel, Bibliot/i.., t. 5, p. 58.

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