‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 65 sur 327 · VI FEVRIER · texte numérisé non relu

VI FEVRIER

Le sixième jour de février, l'an 1612, mourut à Rome le P. Christophe Clavius, né à Bamberg-, ville dont il est encore aujourd'hui l'honneur, et qui, de son vivant, offrit de lui élever une statue, s'il consentait à revenir de Rome y achever sa glorieuse carrière. Mais le Souverain Pontife Grégoire XIII l'avait choisi pour son principal coopérateur dans l'œuvre de la réforme du calendrier. Le P. Clavius eut la gloire de l'établir, et il ne cessa jusqu'à son dernier jour de le venger contre les attaques jalouses de l'hérésie. La modestie dont il usa dans sa défense contraste singulièrement avec les injures de ses adversaires, et de Scaliger en particulier, qui le traite « d'âne, dont toute la science est dans Euclide, de savant lourd et sans génie, qui n'a d'autre mérite qu'une lente patience; tel en un mot, ajoute-t-il, que sont tous les mathématiciens ». Et néanmoins ce savant, mais insolent apostat, avoue dans un de ses écrits qu'il tient plus à honneur d'être censuré par Clavius que d'être loué par beaucoup d'autres. Le P. Clavius eut encore l'honneur de compter au nombre de ses élèves le docte Grégoire de Saint-Vincent, regardé par Leibnitz comme un des trois plus grands géomètres des temps modernes, et le P. Mathieu Ricci, auquel la science devait ouvrir l'empire de la Chine, inaccessible jusqu'alors à tout autre moyen d'apostolat. A. G, I. — T. I. — 16.

Ce grand homme était aussi un parfait religieux. Pour ne rien dérober au temps ([u'il devait au soin de son âme et à Dieu, il s'était tracé, à l'époque où la réforme du calendrier l'absorbait tout entier, un règlement de vie dans lequel l'oraison et les autres exercices de piété avaient leur place marquée, et il l'observa avec une inviolable fidélité. Sa modestie était angélique. Un jour s'étant approché d'une des deux fenêtres de sa chambre, ses yeux tombèrent par hasard sur une femme qui habitait la maison en face. Pour se punir de cet acte irréfléchi de curiosité, le P. Clavius fit condamner la fenêtre, et s'interdit pour le reste de sa vie tout regard dans la rue. Il n'était pas moins ami de la pauvreté et de l'humilité religieuses. Il habitait sous les combles une cellule si misérable, que la pluie pénétrant à travers le toit le forçait de temps en temps à changer de place sa table et son lit, et ce fut même, assure-t-on, ce qui acheva de déterminer Grégoire XllI à faire reconstruire, avec une magnificence digne des plus illustres successeurs de saint Pierre, le nouveau Collège Romain. Le P. Clavius mourut dans la soixante-cjuinzième année de son âge et la cinquante-septième depuis son entrée dans la Compagnie.

JuvENCius, Histor. Societ. Jesu, part. 5^ , lib. 25, § 16, p. 877. — Nadasi, Ann. dier. inemorab., 6'^ febr., p. 73. — Drews, Fasti Soc. Jesu., 6» febr.., p. 49. — Sotuellus, Biblioth., p. 139. — Sommervogel, Bibliolh , t. 2, p. 1212. — Patrignani, MenoL, 6 febbr., p. 73. — Petavius, De doctrina temporum, lib. 5, c. 3, et passim. — Biographie univers. — Feller, Dictionn. histor., t. 2, p. 276. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 2, ch. 6, p. 260 et suii>. ; t. 4, ch. 4, p. 274. — Carayon, Bibliographie historique... n. 2811, p. 381.

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