‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 66 sur 327 · VI FÉVRIER. P. PAUL SSESTAK · texte numérisé non relu

VI FÉVRIER. P. PAUL SSESTAK

Le sixième jour de février de l'an 1649, le P. Paul Ssestak, né en Moravie, fut massacré en Pologne par les cosaques scliismatiques, avec tous les Pères et Frères qui se trouvaient alors au collège d'Ostrog. Les corps mutilés des serviteurs de Dieu, recueillis précieusement après le départ des barbares, furent déposés par honneur dans une ci\ypte à part. Malheureusement les détails de leur vie et de leurs tourments ne sont point arrivés jusqu'à nous; leurs noms mêmes, à l'exception de celui du P. Ssestak, ne semblent pas avoir été conservés sur la terre, mais ils sont inscrits dans le ciel, nous avons tout lieu de l'espérer, parmi ceux des saints martyrs qui ont versé leur sang pour Jésus-Christ.

Jo. ScHMiDL, S. J., Histor. Provinc. Bohein., t. 5, part. 4», lib. T), n. 130^ p. 553.

* Le sixième jour de février de l'an 1676, à Mindelheim, mourut le P. Gaspar Peil, de Munich, consumé par une maladie de langueur. Il n'avait guère rempli d'autre office que celui de professeur de grammaire, et s'y était dépensé sans réserve. A sa mort, on vit quelles racines profondes avait jetées dans son âme le double amour de sa vocation et de la croix. Au moment d'entrer en agonie, il demanda sa soutane ; et la baisant avec respect, il protesta qu'au milieu même des plus pesants travaux, l'amour de Jésus lui avait toujours rendu ce béni vêtement aimable et léger. 11 se fit lire ensuite la règle onzième du Sommaire des Constitutions ; il en écouta la lecture avec attention et une douce joie qui se peignait

dans ses traits. Quand on eut terminé : « Oh ! la chère règle, dit-il à deux reprises : la chère règle » ! Et peu après, il expira à l'âge de quarante-quatre ans dont il avait passé vingt-six dans la Compagnie.

Sumrnar. Vitas def'unctor. Provinc. German. Super. {Archiv. Rom.).

Le sixième jour de février de l'an 1767, mourut très saintement au collège de Mayence le Frère Goadjuteur Jacques Rors, de Ribeauvillé en Alsace. 11 n'est aucune vertu de son degré, dit l'annaliste de la Province du Haut-Rhin, « qu'il ne se soit rendue familière, et dans laquelle il n'ait excellé ». S'agissait-il d'accompagner les Pères dans la visite des malades, surtout des pauvres, nul n'était plus empressé, plus joyeux. Il n'avait de sévérité que pour lui-même ; les jeûnes, les cilices, les disciplines sanglantes, lui étaient des pénitences habituelles. A peine prenait-il quelques heures de sommeil la nuit sur une simple natte. On assure même que ces rigueurs abrégèrent sa vie ; mais il se réjouissait de voir tomber en ruines la prison qui retenait son âme captive, pour aller jouir de Dieu. Sur le point d'expirer, il ne se lassait pas de répéter avec un inexprimable sentiment de joie : « Deus meus et oninia, mon Dieu et mon tout » ! Et ces paroles encore sur les lèvres, pour ainsi dire, il rendit l'esprit, dans la soixante-deuxième année de son âge et la trente-septième depuis son entrée dans la Compagnie.

Litterœ annuœ Provinc. Rheni Superior., ann. 1767 (Archiv. Rom.).

vu FEVRIER

* Le septième jour de février de l'an 1680 le P. Henri Crombach mourut à Cologne sa patrie, où il avait passé de nombreuses années dans l'enseignement de la théologie morale et la conduite spirituelle des âmes. Sa réputation de doctrine, de prudence et de vertu, son empressement à répondre au premier appel, attiraient à son confessionnal, de tous les rangs de la société, une foule toujours considérable. Il avait une grâce particulière pour inspirer aux jeunes gens une piété solide, appuyée sur des principes de foi ; nombre de ceux qu'il avait amenés à la Compagnie se plaisaient à reconnaître plus tard que, s'ils avaient gardé quelque ferveur et générosité, c'était à lui après Dieu qu'ils en étaient redevables.

Grîice à une sévère distribution de son temps, le P. Crombach trouvait encore le loisir de se livrer aux travaux de la plume. Il célébra surtout les gloires religieuses de sa patrie, les rois mages, la vierge sainte Ursule et ses compagnes, saint Gérard, martyr ; de plus, il laissa des manuscrits considérables sur l'histoire de l'église de Cologne depuis son origine jusqu'au xvu*^ siècle, et sur la vie des fondateurs des collèges, missions et noviciats de la Compagnie de Jésus dans la Province du Bas-Rhin.

Une grande vertu relevait les dons de l'écrivain et du directeur

des Ames. Nul n'était plus pauvre, plus obéissant, plus attaché à la vie commune ; toute exception lui était odieuse ; dans ses dernières années, il refusa qu'on mît un poêle dans sa chambre, disant que cette délicatesse serait d'un mauvais exemple en un vieillard ; il se contentait du chaufîoir commun. Il ne vo3ait que la Providence de Dieu qui ordonne tout au bien de ses élus ; à chaque contradiction, épreuve ou injure, il n'avait que ce mot sur les lèvres: « Beiiedictus Deus! Dieu soit béni » ! Le P. Crombach mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans ; il en avait passé soixante-trois dans la Compagnie.

SoTLELLVs, Biblioth., p. 335. — Hautzheim, Bibliotheca Coloniensis, p. 133. — SoMMERvoGEL, BibUotli., t. 2, p. 1G93.

Le septième jour de février 1733, mourut au collège de Bamberg sa patrie, le P. Marquard Rotenhan, de la Province du Haut- Rhin. Dès le temps de sa régence au collège de Fulda, il avait la réputation d'un saint. Après son élévation au sacerdoce, il choisit saint F'rançois Régis comme patron spécial. Dévoré comme lui du zèle des âmes, il n'aspirait qu'à se dépenser dans les travaux apostoliques. Mais les supérieurs le retinrent d'abord dans l'enseignement, et lui confièrent la chaire de philosophie au collège d'Erfurt. Il ne laissa pas de prêcher, et telle était la puissance et l'efficacité de sa parole, qu'en peu de mois il ramena dans le sein de la véritable Eglise plus de soixante-dix hérétiques, malgré les cris de rage et les menaces de mort des ministres de l'erreur. D'Erfurt il fut envoyé à Mayence où il recueillit des fruits encore

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plus considérables, .\ussi quand l'obéissance le retira de cette ville pour le donner à Baniberg, il trouva, à la porte du collège au moment du départ, une foule nombreuse d'hommes de toute condition, pauvres, soldats, riches et nobles, qui à sa vue se jetèrent à genoux et lui demandèrent sa bénédiction ; puis lui formant un cortège d'honneur l'accompagnèrent jusqu'au-delà des murs, et ne se séparèrent enfin de leur apôtre bien-aimé que par force et en versant des larmes.

A Bamberg, se renouvellent les mêmes merveilles de zèle, d'ardente sympathie et de conversions. « Ouvrier infatigable, operarius indefatigabiUs », comme l'appelle son éloge envoyé au Père Général, le P. Marquard Rotenhan ne se donne aucun repos ; à toute heure du jour et de la nuit, il est prêt à voler au secours des malades et des moribonds. Les Frères du collège nommés pour l'accompagner, fatigués déjà par leurs autres occupations, ne pouvaient le suivre dans ses courses et demandaient grâce. C'est pourquoi le doyen de l'église impériale conçut le projet de constituer un revenu fixe, destiné à l'entretien d'un Frère dont l'unique emploi serait de lui servir de compagnon ; mais ce F'rère lui-même fut bientôt obligé de crier merci et de se faire remplacer. Cependant le P. Rotenhan ajoutait encore les plus rigoureuses austérités à ce travail accablant et continuel. Les pauvres étaient les privilégiés de son zèle. Avec les secours spirituels, il leur procurait d'abondantes aumônes pour subvenir à leurs besoins matériels. Il distribuait partout des images, des médailles, auxiliaires de ses prédications, et de l'eau de saint Ignace, qui opérait une multitude de guérisons.

Un acte de charité couronna cette vie consacrée tout entière aux œuvres de la charité. En assistant un infirme atteint d'une maladie

contagieuse, le P. Rotenhan contracta lui-même le mal, et après quelques jours, il expira. Sa mort fut un deuil public ; une foule immense accourut au collège pour le vénérer, lui baiser les pieds et les mains. Nul ne doutait qu'il ne fût déjà dans la gloire parmi les bienheureux. Un religieux d'un autre Ordre, prédicateur et professeur de théologie en grand renom, après avoir prié quelque temps auprès de la glorieuse dépouille, se leva tout à coup, et traduisant à haute voix ses sentiments et ceux de tout le peuple, s'écria : Ora pro nobis, Pater Marquarde ! Le P. Marquard Rotenhan n'était âgé que de quarante-deux ans ; il en avait passé vingtquatre dans la Compagnie.

Summar. vilse defunctor. Provinc. Rheni Superior, (Arc/n'v. Rom.). — Littéral annuse Provinc. Rheni Super, ann. 1730 {Archiv. Rom.]. — Som- MERVOGEL, RibUotli., t. 7, p. 208. — G. A. Gertner, Vita Marquardi de Rotenhan, Cf. Carayon, Bibliogr. historique, n. 2534.

* Le septième jour de février de l'an 1788, mourut à Polostk le F. Charles Pader Coadjuteur temporel, né à Raab en Hongrie, modèle accompli et presque sans égal du Frère infirmier, dit l'auteur de son éloge. Il avait des connaissances peu communes en pharmacie, et même en chirurgie et en médecine. A la suppression de la Compagnie, les commissaires impériaux, qui n'ignoraient pas sa rare capacité, lui offrirent la direction de la pharmacie de la cour. Le F. Pader refusa, afin d'être libre de sa personne si la Providence, comme il l'espérait, lui ménageait un jour le moyen de reprendre le joug béni que le bref du Souverain Pontife venait de

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