XXVII AOUT
Le vingt-septième jour d'août de l'an 1666, mourut martyr de sa charité sur le vaisseau qui l'emportait de Lisbonne aux Indes, le jeune P. Fkançois Castiglia, de la Province de Sicile, à peine âgé de vingt-deux ans. Peu de faits sont aussi célèbres dans l'Histoire de la Compagnie à Palerme, que sa guérison miraculeuse par sainte Rosalie, et les événements qui en furent la suite. Les Bollandistes les ont rapportés tout au long dans les Actes de la glorieuse vierge. François Castiglia semblait avoir sucé, avec le lait, de sa mère, une tendre et fervente dévotion pour cette admirable sainte. Il avait fui le monde, à son exemple, vers l'âge de quinze ans, et s'était enrôlé au service de Jésus-Christ dans la Compagnie. Son ardeur à se vaincre, en s'acquittant de tous ses devoirs d'étude et de piété, montrait une âme uniquement attentive à tout ce qui pourrait plaire à Dieu ; quand tout à coup les plus graves accidents l'assaillirent, au commencement de sa dix-neuvième année. Les ravages du mal furent si terribles, qu'en moins de trois jours, il fut successivement privé de la vue, de l'ouïe, du mouvement, et de tout signe de connaissance ; il semblait sur le point de rendre le dernier soupir, quand Notre-Seigneur lui apparut assis sur son trône et prêt à le juger. A sa droite se tenait la Rei-
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ne «lu ciel ; puis un peu plus bas sainte Rosalie, les yeux et les mains élevés en posture de suppliante; près d'elle, de chaque côté, saint Ignace et saint François Xavier, tous deux contemplant le malade avec le plus aimable sourire, et lui montrant du doigt le ciel ; enfin à l'écart, tremblant et enchaîné, le monstre iniernal, dont les yeux pleins de sang trahissaient la rage et le désespoir, à la vue de la proie qui lui échappait. Alors sainte Rosalie s'approchant du F. Gasliglia. « François, lui dit-elle, votre vie ne tient plus qu'à un fd ; cependant mon Seigneur consent à m'accorder votre guérison, pour travailler à sa plus grande gloire. Mais vousmême, que désirez-vous » ? François se voyait si près du ciel, qu'il lui semblait dur de retomber au milieu des hasards du monde. Il triompha cependant de ses désirs, et répondit : « Je ne veux qu'une seule chose, ce qui plaira le plus à mon Dieu ». — Eh bien ! reprit alors Rosalie, prononcez après moi le vœu que je vais vous dicter : Je me dévoue pour toute ma vie à être votre esclave, et m'engage à propager fidèlement, selon l'étendue do mes forces, votre gloire et vos louanges dans le monde entier », Elle lui promit ensuite de l'aider à obtenir de ses supérieurs la grâce des missions étrangères, et disparut, le laissant pleinement guéri.
Peu de mois après, François Castiglia, en dépit des obstacles presque insurmontables suscités par sa famille, quittait la Sicile et arrivait au Collège Romain. Le Père Général Jean-Paul Oliva l'examina lui-même avec soin, et lui permit de partir pour les Indes malgré sa jeunesse. Mais un ordre sévère des rois de Portugal interdisait alors le passage sur leurs vaisseaux à tout missionnaire étranger. Le bruit du miracle de sainte Rosalie, déjà publié
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dans presque toutes les langues de l'Europe, et parvenu aux oreilles du fils de Jean IV, fit tomber ce nouvel obstacle. François Castiglia eut de plus la joie de voir sa bienheureuse patronne donnée solennellement pour protectrice, par la royale maison de Bragance, à tous les domaines du Portugal en Amérique et en Asie. Une autre grâce fut encore accordée au jeune apôtre avant son départ de Lisbonne. Par une bien rare dispense du Souverain Pontife Alexandre Vil, il fut élevé au sacerdoce, deux mois avant sa vingt-deuxième année.
Sur la flotte de Goa, ses compagnons crurent voir en lui un second Xavier. Les maladies qui se déclarèrent parmi l'équipage et les passagers lui donnèrent lieu de déployer un dévouement admirable. Mais comme si les fatigues de l'apostolat et de la mer n'eussent été qu'un jeu pour lui, il ne laissait pas de se flageller encore toutes les nuits, et de trouver, aux dépens de son repos, plusieurs heures qu'il consacrait à la prière. Ses forces se conservaient néanmoins dans toute leur vigueur ; et si la mort le moissonna enfin, ce ne fut que par un nouveau prodige. Jean Nunès da Cunha s'était embarqué sur la flotte en qualité de viceroi dos Indes. Ravi des vertus du P. Castiglia, qu'il appelait l'ange tutélaire de la traversée, il avait résolu, par amour pour lui, d'employer en Asie toute sa puissance à propager le culte de sainte Rosalie. Mais il tomba malade à son tour, et fut bientôt à l'extrémité. François Castiglia offrit alors généreusement sa vie à Notre- Seigneur et à sa chère sainte, pour prix de la guérison de Nunès ; et portant à celui-ci le saint viatique, il lui fit confirmer par vœu, en présence de son Seigneur qu'il allait recevoir, toutes ses anciennes promesses, si la santé lui était rendue. Or le jour mê-
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me, sainte Rosalie exauçait la double demande de son serviteur. Le vice-roi se trouva subitement hors de danger, et le jeune apôtre, consumé d'un feu dévorant qui n'avait absolument rien de commun avec les maladies de ses compagnons, ne fit plus que languir durant quarante-huit heures. On eut tout lieu de croire qu'au dernier moment, sa sainte patronne vint elle-même recevoir son âme bienheureuse. Quant à Nunès, il tint fidèlement parole à son ami, et dès son arrivée h Goa, il lui rendit des honneurs funèbres, tels que l'Orient n'en avait peut-être pas vu depuis la mort du grand Xavier.
Agijileiu, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 861 seqq. — Bolland., Acta SS., 2» sept., p. 375 seqq. — Mancuso, Istoria delV ammirabile Vita di S. Rosalia.
* Le vingt-septième jour d'août de l'an 1575, mourut à Ferrare, sa patrie, le P. Fulvius Androzio. Il était chanoine de la sainte Chapelle de Lorette, quand il sollicita l'honneur, à trente-deux ans, de suivre Jésus-Christ pauvre et humilié dans la Compagnie. Il parcourut d'abord en apôtre les campagnes de la Marche d'Ancône, avec de grands succès et la réputation d'un homme de Dieu ; puis il fut chargé du gouvernement du collège de Ferrare. C'est là qu'il passa le reste de ses jours, et on peut dire, assure le P. Sacchini dans l'Histoire de la Compagnie, qu'il a bien mérité de cette cité. Il penchait plutôt vers une certaine rigueur ; mais tels étaient les exemples de sa sainte vie et la sagesse de ses conseils, qu'une multitude d'âmes, môme parmi les personnes du plus haut
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rang, s'étaient placées sous sa direction. Le P. Androzio profitait de son autorité pour les dégager de l'esprit du monde, et les amener à une vie sérieusement chrétienne.
Le duc de Ferrare aurait aussi voulu lui confier le soin de sa conscience ; mais l'homme de Dieu se refusa à toutes les sollicitations, afin de rester plus, libre de se dévouer à ses ministères. Il avait un don particulier pour assister les moribonds et les préparer au dernier passage ; on regardait comme une grâce de l'avoir à son chevet dans ce moment redoutable, et jamais il ne se refusa à cet office de charité.
Dans les charges qu'il eut à remplir, le P. Androzio montra toutes les vertus d'un supérieur de la Compagnie, plus jaloux d'entraîner ceux qui lui étaient confiés, par l'autorité de l'exemple que par celle de la parole. On admirait sa prudence, sa charité, sa parfaite droiture de cœur, sa pauvreté, son humilité, enfin son union à Dieu, dont il a laissé un beau témoignage dans ses Méditations sur la vie et la mort de Notre-Scigncur, et dans son Traité sur la fréquente communion.. Le P. Androzio mourut dans la soixantième année de son âge et la vingt-huitième depuis son entrée dans la Compagnie.
Sa.cchinus, îlislor. Soc. Jcsu, part. 4» , lid. 3, un. G4 seqq., p. 77. — SoTUELLUs, Bihliolh., p. 269. — Sommebvogel, Biblioih.., t. 1, p. 3^81 et siiH'. — Nad.vsi, Ann. dier. niemor., 27* ^"ô-> P- 126. — Drews, Fasti Soc. Jes., 27a aiig., p. 331. — Patrignani, MenoL, 27 agosto, p. 217.