‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 109 sur 362 · XXVIII AOUT. — P. FRANÇOIS-MARIE TILLI · texte numérisé non relu

XXVIII AOUT. — P. FRANÇOIS-MARIE TILLI

situation présente contre tout ce qu'il y a de chaires en Europe ». Enfin il fut découvert par les satellites des persécuteurs, non loin d'Arima, jeté dans une étroite prison, et promené ignominieusement, pieds et poings liés, à travers les villes et bourgades, pour servir de jouet h la foule idolâtre ; son cœur surabondait de joie au milieu de ces opprobres, annonce et prélude de son prochain triomphe. En effet, il fut conduit à Ximabara ; et pendant trois jours soumis à l'horrible supplice de la fosse, il cueillit enfin cette palme, l'objet de tant de désirs. Avec lui et du même genre de mort, mais le lendemain seulement, périt son catéchiste, Jean KiDERA, japonais, élève de notre séminaire, et reçu dans la Compagnie pendant sa captivité. Le P. Giannoni était dans la cinquante-sixième année de son âge et la trente-septième depuis son entrée au noviciat.

Alegambe, Mortes illustres, anno 163.3, p. 421. — Bartoli, Il Giappone, lib. 5, p. 48 et suiv. — Nadasi, Annus dier. mentor.^ 28* aug., p. 129. — Dkews, Fasli Soc. Jesu, 28* aug., p. 333. — Patrignani, Menol., 28 agosto, p. 224. — Andrade, Varones ilustres, 2" e'dit., t. 1, p. 446. — ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di Napoliy t. 2, p. 347. — Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 28, 95 ; t. 4, p. 239.

* Le vingt-huitième jour d'août de l'an 1781, mourut à Rome, dans l'ancienne maison professe du Gesù, le P. François-Marie TiLLi, de Gastel-Fiorentino, en Toscane, modèle de patience au milieu des plus douloureuses épreuves de l'âme et du corps. Dès son noviciat, il s'était distingué par la maturité de sa vertu, et ses compagnons disaient de lui : « 11 nous devance tous ». Les études

230 ■ MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE b'iTALIE'.

ralentirent point ses progrès ; et quand il fut envoyé, selon l'usage, faire son cours de régence, il avait déjà la réputation d'un religieux accompli. Malheureusement sa santé, qui avait toujours été délicate, ne tarda pas à s'altérer. La vigueur de son âme le soutint ; en dépit de maux de tête continuels, il supporta pendant vingt-quatre ans, sans se plaindre, les fatigues d'une classe de petits enfants. Il avait profondément médité l'excellence de cet humble ministère, et pour le bien remplir, nul travail ne lui coûtait ; l'auteur de sa biographie remarque à sa louange que, dans un si long espace de temps, on ne surprit pas en lui une défaillance ni un signe de lassitude. Ce qui rend cette constance plus admirable encore, c'est que le P. Tilli, en proie aux souffrances du corps, était en même temps livré aux plus amères désolations dé l'âme. Il lui semblait que tout l'enfer était déchaîné pour le perdre ; il était assailli de mille pensées contre la foi, l'espérance et la charité, et ce qui le remplissait d'horreur et de confusion, contre la personne adorable de Notre-Seigneur au saint Sacrement de l'autel, et contre la très sainte Vierge Marie. A cette tempête se joignit celle des scrupules. Pour son âme, si jalouse de l'amitié de Dieu et qu'aucun péché grave n'avait jamais souillée, la crainte d'avoir prêté l'oreille à ces suggestions de l'enfer, était la source d'angoisses indicibles. Mais fidèle aux leçons de notre Bienheureux Père, il résistait vaillamment, et au plus fort de ces assauts, quand le ciel paraissait fermé au-dessus de sa tête, il s'écriait dans un sublime élan de confiance et d'amour, en contemplant son Sauveur crucifié : Etiamsi occideris me, ainabo Te, speraho in Te ; puis il s'offrait, si c'était le bon plaisir divin, à porter cette croix jusqu'au dernier jour de sa vie.

XXVlll AOUT. 1'. KHANÇOIS-MAHIK ÏILLI. 231

Cependant au milieu de ces luîtes continuelles, les forces de son corps avaient fini de s'épuiser. De plus, il avait perdu prescpie entièrement la vue. Il dut quitter SA classe et se retirer à l'infirmerie du Collège Romain ; c'est là que lui fut intimé le bref de suppression de la Compagnie. Contraint de chercher un autre refuge, le P. Tilli fut transporté au Gesù. La croix l'y suivit, plus lourde et plus douloureuse encore ; mais sa patience croissait avec ses maux. Devenu complètement aveugle, assiégé par les •douleurs de la goutte, condalmné à la réclusion et à l'immobilité, .livré pendant de longues nuits d'insomnie à l'incurie d'un homme h gage qui, loin de le veiller, le fatiguait d'un sommeil bruyant, fet ne répondit pas une fois à ses appels pendant une année entière: l'héroïque malade ne se plaignait jamais, content de souffrir tout ce qu'il plairait à son Seigneur. Il aimait à rriéditer et à s'appliquer à lui-même ces paroles d'une des hymnes de la Dédicace : Scalprl saluhris ictibus et tunsione pliirima. . . II était cette pierre informe que le divin architecte façonnait par l'épreuve pour la faire entrer dans l'édifice de la Jérusalem céleste. Enfin l'œuvre fut consommée : une paix radieuse se fit tout à coup dans son àme, dissipant toutes les inquiétudes et toutes les craintes; et le jour de . saint Augustin, comme il l'avait annoncé, le P. Tilli alla triomphant recevoir la récompense de ses longs corribats et de ses victoires. II était dans la soixante-neuvième année de son âge et la cinquante-et-unième depuis son entrée au noviciat.

Vita (ms) del P. Francesco-Maria Tilli délia Provincia Romana (Arch. Rom.).

Page 1