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et tandis que les autres captifs laissaient éclater leur douleur, lui seul conservait un air de calme et de douce joie, qui au moment de leur descente à terre, frappa vivement l'attention d'un riche marchand vénitien. « Quelle est votre condition ? lui demanda le marchand ; d'où vous vient dans les fers cette étrange sérénité »? — « Je suis de la Compagnie de Jésus, lui répondit Antoine ; n'estce pas Dieu qui dispose toute chose ? que faut-il de plus ? S'il trouve bon que je sois esclave, quand ce serait pour un million de siècles, je suis tout prêt à faire sa volonté ». Ravi de cette réponse, le Vénitien paya sur-le-champ sa rançon. Antoine Gumis, de retour dans sa patrie, n'eut rien de plus pressé que de quêter, surtout dans sa famille, l'or nécessaire au rachat de ses compagnons, et de retourner aussitôt à Alger, avec le P. Jules Mancinelli, pour les arracher à leur tour aux angoisses de l'esclavage. Puis, voulant se dédommager en quelque sorte de tout ce qu'il n'avait pu souffrir sous le bâton et les outrages des infidèles, il obtint peu après d'aller passer le reste de ses jours parmi les sauvages du Nouveau-Monde, où nous savons seulement qu'après dix-huit ans de fatigues, il mourut, avec la réputation d'un saint.
Sanïa.ga.ta, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 4, p. 81 cl auiv.
* Le vingt-neuvième jour d'août de l'an 1637, mourut à Mondovii
sa patrie, le P. Christophe Fekrero, après neuf années seulement
de vie religieuse. Sa jeunesse, qu'il avait mise sous la protection
spéciale de la Reine des vierges et de saint Jean l'Evangéliste,
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s'écoula tout entière dans une merveilleuse innocence. Il occupait avec éclat une chaire de droit, lorsque le désir de se donner plus pleinement à Dieu loin des dangers et des séductions du monde, lui fit solliciter la grâce d'entrer dans la Compagnie. C'était un homme gracieux, modeste, affable ; il mit sa perfection dans une fidélité inviolable à toutes les règles.
Le P. Nadasi nous a conservé deux traits plus saillants de sa vertu ; ils attestent, l'un son attachement à sa vocation, l'autre son héroïque charité.
Son père venait de dresser son testament ; avant de le clore d'une manière définitive et de le sceller, il le lui envoya avec prière de le modifier comme il lui semblerait bon. Un article était ainsi conçu : « Au cas où le P. Christophe Ferrero, mon fils unique, par maladie ou pour une autre cause ne persévérerait pas dans la religion, je casse et annulle tout ce que dessus, et l'établis héritier universel de tous mes biens ». Le P. Ferrero prit aussitôt la plume, et profitant de la liberté qui lui était laissée, il pria son père de modifier ainsi l'article en question : « Au cas où Christophe Ferrero, mon fils unique, par maladie, ou pour toute autre cause, serait assez insensé, assez ingrat envers Dieu, assez vil, pour laisser la Compagnie et retourner au siècle, je le déclare indigne d'entrer en succession de mes biens et d'être mon héritier ».
L'autre trait n'est pas moins édifiant. Étant encore dans le monde, il avait vu son frère unique tué par un gentilhomme, et luimême avait été menacé du même sort. Heureusement, les choses s'étaient arrangées, et peu après il s'était fait religieux. Or lorsqu'il eut reçu le sacerdoce, il apprit que ce gentilhomme venait
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chaque jour assister à sa messe, et se déclarait prêt à se jeter à ses pieds pour lui demander pardon. « Je l'en félicite, répondit le P. Ferrero ; mais qu'il sache aussi qu'à cette même messe, je ne manque pas un seul jour de le recommander nommément h Notre- Seigneur «.
Nadasi, Annus dicr. memor., 29a aug., p. 132. — Drews, Fasli Soc. Jesu, 29a nug., p. 334. — Patiugnani, Mcnologio, 29 agosto, p. 239.