‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 112 sur 362 · XXX AOUT · texte numérisé non relu

XXX AOUT

Le trentième jour d'août de l'an 1706, mourut dans la maison professe de Rome le P. Philippe Grimaldi, noble Génois, âgé d'environ quatre-vingts ans, dont il avait passé plus de soixante dans la Compagnie, et trente-six dans la charge de Préfet de l'église du Gesù à Rome. Son portrait, conservé parmi ceux de nos plus illustres Pères, est accompagné de ces courtes mais significatives paroles : « Fnsignis siii niundique conternptor, insigne contempteur de luimême et du monde ». Dans l'oraison funèbre qui, avec l'approbation du Père Général, lui fut consacrée après sa mort, ces quatre maximes écrites de sa main, et dont il s'était fait une règle immuable, résumèrent tout son éloge: « Si vis esse clives, esto pauper ; si vis esse in deliciis, afflige te; si vis honorari, despice te; si vis esse in quiète, lahora ; si tu veux être riche, fais-toi pauvre ; si tu veux jouir des vraies délices, afïïige-toi ; si tu aimes l'honneur, méprise-toi ; si tu aspires à te reposer, fatigue-toi ». Conformément à de si généreuses résolutions, Philippe Grimaldi ne consentit jamais à être un de ces pauvres qui ne veulent manquer de rien ; on aurait eu peine à trouver une cellule plus dépouillée que la sienne ; pour nourriture, il se contentait d'ordinaire d'un morceau de pain, de quelques fruits et d'un verre d'eau, et joignait à un

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jeûne si rigoureux l'usage le plus assidu des veilles, des ilagellations et du ciliée. Les humiliations lui étaient si chères, qu'un jour ayant été brusquement déposé de sa charge de Préfet d'église sans aucun avis préalable ni aucun de ces égards qui semblaient lui être dus, son premier mouvement fut de courir à la chambre de son confesseur et de lui dire : « Mon Père, aidez-moi, je vous en prie, à remercier Notre-Seigneur de la grâce qu'il vient de m'accorder ».

Voici l'héroïque prière que le P. Grimaldi adressait de cœur à Jésus en croix : « Que les jeunes gens se moquent de moi ; que mes égaux me dédaignent et me méprisent. Si je dis vrai, qu'on ne me croie pas ; si j'appelle, qu'on ne m'écoute pas ; si je viens à tomber, que pas une main ne se tende vers moi. Si je me trouve dans la détresse, que personne ne me secoure. Qu'à ma sincérité, on réponde par des embûches, à mon innocence par des calomnies. Que nul ne me rende honneur durant ma vie, ni ne m'assiste même à la mort ». Enfin, la fatigue lui semblait si douce, pour l'amour de Dieu et des âmes, ou par charité pour ses frères, qu'à l'âge de quatre-vingts ans, il était encore le confesseur de tous les moments, surtout quand il s'agissait des pénitents les plus misérables ; et si par hasard quelques Pères se trouvaient dérangés à l'improviste, au moment de prêcher ou de faire la leçon de l'Ecriture sainte, le bon vieillard était toujours prêt à leur servir sans excuse de suppléant.

Pathignani, Menol., 30 agosto, p. 246.

238 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

* Le trentième joui' d'août, l'an 1759, mourut à Palerme le F. Joseph Provenzali, de Nicosie, novice Scolastique, d'une admirable générosité d'Ame. A peine entré au noviciat de Messine, à l'âge de dix-huit ans, il avait résolu de suivre Notre-Seigneur dans la pratique des vertus les plus difficiles et les plus contraires aux inclinations de la nature. Rien ne lui était plus ordinaire que de prendre son repos sur une planche et tout habillé, de mettre dans sa bouche des substances amères ou même répugnantes, pour mieux triompher de la sensualité. Mais il plaçait la mortification de l'esprit bien au-dessus de celle du corps : un jour il put répondre à son Père Maître, avec une naïve confiance, qu'il ne sentait plus les mouvements de la vaine gloire.

Cette vigueur spirituelle venait au F. Provenzali de la prière et surtout de la dévotion au très saint Sacrement. Notre-Seigneur dans l'Eucharistie était le centre de toutes ses pensées et de toutes ses affections. Il avait peine à s'éloigner de lui ; il l'appelait avec un ineffable sentiment d'amour son prisonnier ; il aurait voulu le visiter à toutes les heures du jour et de la nuit. Ses transports redoublaient quand il l'avait reçu dans la sainte communion ; souvent la douceur de ce pain des anges se faisait sentir à son palais, et tout le jour il en gardait la céleste impression. « Sa faim pour cette divine nourriture, disait son Maître des novices, était véritablement insatiable ».

Mais les forces de son corps ne répondaient pas à celles de son âme ; elles ne tardèrent pas à s'altérer. Pour prévenir une maladie de poitrine, les supérieurs jugèrent prudent de l'envoyer respirer l'air natal au milieu des siens. Dès qu'il fut remis, le F. Pro-

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venzali se hAla de prendre le chemin de Palerme et de se présenter au noviciat. II ne venait que pour mourir. Presque aussitôt son mal reparut avec une violence nouvelle. Mais la vie n'était rien pour lui au prix de sa vocation. « Pourvu que je sois dans la Compagnie, disait-il, j'aime mieux mourir, que vivre dans la maison paternelle, au milieu de mes proches ». Un de ses compagnons de noviciat, jeune homme plein d'espérances, se mourait du même mal que lui. Avec la permission des supérieurs, il offrit sa vie pour g-arder à la Compagnie celle de son frère ; mais Notre- Seigneur n'agréa que sa bonne volonté et rappela à lui les deux jeunes gens. Le dénouement approchait à grands pas. Toujours généreux, le F. Provenzali supporta sans se plaindre les douleurs et les angoisses de la maladie, fît aux âmes du purgatoire l'abandon de tous ses mérites et des suffrages qu'on lui appliquerait après sa mort; et comme le prêtre qui l'assistait lui suggérait cette invocation : « Plutôt mourir que d'offenser Dieu », il reprit vivement : « Plutôt être précipité dans l'enfer, que de commettre un péché véniel », et peu après, il remit à Notre-Seigneur son âme très pure.

Dalle Lettere anniie {Archiv. Rom.).

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