‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 113 sur 362 · XXXI AOUT · texte numérisé non relu

XXXI AOUT

Le trente-et-unième jour d'août de l'an 1656, mourut à Naples, martyr de la charité, le P. François Corcioni, qui en dépit de ses soixante-dix-neuf ans, se dévouait encore, avec toute l'intrépidité d'un jeune homme, au service des pestiférés. Il avait longtemps dirigé la belle confrérie du Saint-Sacrement, fondée à Naples par nos premiers Pères, du vivant même de saint Ignace. Sous sa conduite, elle jeta un éclat si vif de zèle et de sainteté, qu'une grande partie de la noblesse napolitaine, plusieurs prélats et cardinaux, des vice-rois, des princes souverains, et l'empereur Ferdinand III lui-même tinrent à honneur d'en faire partie. Grâce à son intelligente initiative, les confrères du Saint-Sacrement, non contents de pourvoir généreusement au soulagement des pauvres et à la splendeur du culte divin, l'aidèrent encore à créer et à doter plusieurs œuvres d'une haute importance pour le salut et la sanctification des âmes. Ce furent d'abord deux conservatoires pour les femmes et les jeunes filles, que l'on formait tout à la fois à la vie chrétienne et aux travaux propres de leur sexe ; puis une fondation suffisante pour recevoir gratuitement tous ceux qui voudraient faire les Exercices de saint Ignace, et une autre pour l'entretien de quelques Pères destinés à l'apostolat des campagnes. 2^^0

XXXI AOUT. — P. l'RANÇOIS COKCIONI. 241

Le P. Gorcioni, au milieu de tant de travaux, était arrivé à un âge où il semblait en droit de goûter enfin quoique repos, quand la peste éclata à Naples avec une violence inouïe. Le généreux vieillard saisit avec un joyeux empressement cette occasion de donner sa vie au service des membres souffrants de Jésus-Christ. Peu de jours avant de succomber, voyant un des plus jeunes Pères, que la frayeur paralysait comme malgré lui et empêchait de se dévouer : « Ne craignez rien, mon fds, lui dit-il ; ce fléau ne vous ôtera pas la vie ». Rassuré par une promesse si ferme, le religieux s'offrit aussitôt, et survécut presque seul à ses compa-

gnons.

Alegambe, Heroes et VictimH- charit.^ p. 521. — P\TRiGN\Nr, MenoL, 31 agosto, p. 250.

OE

ASSTST/VNCK D'ITALIF.

I«r SMPTKMIÎRK

Le premier jour de septembre de l'an 1605, mourut dann la maison professe de Palerme le P. Pirrre Gambacorta, célèbre surtout par son zèle à défendre la sainte Eglise et à racheter les pauvres esclaves de la captivité musulmane. Il avait puisé dans les leçons de son Maître des novices, le P. Elpidio Ugolelti, un tel amour des âmes et du renoncement, qu'envoyé de Sicile à Rome pour y achever ses études, à l'âge de dix-sept ans, il demanda la permission de faire tout le voyage à pied, sans viatique, à travers les Calabres et la Terre de Labour, s'arrôtanl dans tous les villages pour expliquer au peuple le catéchisme, et l'exhorter à la pratique des vertus chrétiennes. Scolastique au (jollège Romain, et bientôt professeur de théologie morale, il s'acquit

244 AlÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

la réputation d'un des plus savants hommes de son temps. Les lois nouvelles de l'Angleterre créaient alors aux fidèles enfants de l'Église des difficultés presque insolubles. Le P. Gambacorta, consulté par les ambassadeurs des princes comme l'oracle de la cour pontificale, vint à bout, par sa science, de porter la lumière dans de si épaisses ténèbres et d'assurer le triomphe de la vérité. La rage d'Elisabeth peut donner une idée du service que ce grand homme rendit alors à la cause de l'Eglise ; car un décret de cette princesse promit trois mille écus d'or à celui qui apporterait à Londres la tête de Gambacorta. Comme on pressait celui-ci de quitter au plus tôt la ville de Rome, où le concours de tant d'étrangers pouvait favoriser l'audace des assassins : « Je serais trop heureux en vérité, répondit-il, si ma tête tombait sous les coups d'une reine hérétique, et pour les droits du Vicaire de .Jésus-Christ ».

Renvoyé cependant dans sa patrie par le P. Claude Aquaviva, qui le nomma inspecteur général de l'observation des règles, dans toutes nos maisons de Paterme et des côtes septentrionales de la Province, Gambacorta eut encore, avant de mourir, la gloire de créer deux œuvres nouvelles, monuments insignes de sa science et de son zèle. L'une fut, à Palerme, la belle congrégation de la Rédemption, qui dans la première moitié du dix-huitième siècle, au temps du P. Aguilera, se glorifiait d'avoir rendu la liberté à plus de mille esclaves des pirates barbaresques ; l'autre fut d'assurer à jamais l'existence honorable des prêtres siciliens, qui ne subsistaient auparavant qu'en pressurant le peuple des campagnes, et en lui faisant payer l'usage le plus nécessaire des choses sacrées.

jcr SEPTEMBRE. F. JEAN-BAPÏISTE URBANO. 2''l5

Aguilkra, Histor. Provinc. SicuL, t. l, p. \lk '^(^(JfJ- — Sotuellus, Bibliolh., p. 673. — SoMMERvoGEL, Uibliot/i., p. 11.51. — Litlcr. anti. Soviet., anno 100.5, p. 2. — Mongitoue, liihliolli. Sivid.^ f. 2, p. 140.

* Le premier jour Je .seplembre de l'an 4636, mourut le F. Jean- Baptiste Urbano, étudiant en philosophie au coHègc de Palerme. C'était un jeune homme doué des phis heureuses qualités; sa gaieté, les grâces de son esprit faisaient le charme des conversations ; en même temps, par la supériorité de son iiUellig-ence et la facilité avec laquelle il pénétrait les plus dilïiciles questions, il tenait le premier rang entre ses condisciples. Ces succès, que le F. Urbano ne savait pas assez ramener à Dieu, l'enivrèrent de vanité;-il se relâcha dans l'observation de la règle, et finit même par perdre l'estime et l'amour de sa vocation. La miséricorde de Dieu seule l'empêcha de franchir le dernier pas et de demander sa dimission.

Le P. .lérôme Tagliavia, cet habile directeur des âmes, était alors Père spirituel des Scolastiques au collège de Palerme. 11 mit tout en œuvre pour arrêter le malheureux Frère sur la pente fatale qui l'entraînait à sa perte ; à force de prières et de charité, il parvint à gagner sa confiance et lui dessilla les yeux. A la vue de l'abîme où il allait tomber, le F. Urbano fut saisi d'horreur ; mais considérant que le malheur auquel il venait à grand' peine d'échapper, pouvait le menacer encore, s'il se retrouvait en face des mêmes tentations, il conjura Notre-Seigneur avec larmes, si jamais il devait retomber dans sa folie, de le faire plutôt mourir. Avec l'agrément de son directeur, il renouvela tous les jours cette

héroïque prière. Il fut exaucé ; bientôt il lut atteint d'une maladie de poitrine. Alor.s sa joie ne connut plus de bornes ; il ne se lassait pas de rendre g-ràces à l'amoureuse providence de Dieu, qui lui donnait ce g'ag'c de son éternelle prédestination, et au guide sage et dévoué qui l'avait ramené dans le droit chemin. 11 ne tarda pas à expirer dans ces effusions de reconnaissance et d'amour.

Agiulekiv. Histnr. Prnvinc. SiciiL, t. '1. p. 4V)1.

* Le premier jour de septembre de l'an 1731, mourut à Santiago dans la Province du Chili, le P. Dominique Marini, Sicilien, vénéré pendant sa vie et après sa mort comme un homme rempli de l'esprit de Dieu. Cependant, telle était son attention à cacher sous le voile de l'humilité les dons les plus éminents, que lorsqu'il se présenta déjà })rêtre pour entrer au noviciat, les supérieurs hésitèrent ((uelquc temps à le recevoir, tant il paraissait dépourvu des qualités nécessaires à un ouvrier de la Compagnie. Ils n'eurent pas à regretter leur condescendance.

A peine eut-il terminé son temps d'épreuve, qu'il demanda les missions lointaines et obtint celle du Chili. Là, les riches trésors de son àme ne tardèrent pas à se montrer au grand jour. Au lieu de l'envoyer parmi les tribus indiennes, les supérieurs le retinrent à Santiago et lui confièrent la chaire de théologie. L'éclat et la solidité de son enseignement attirèrent bientôt à ses leçons une foule brillante d'auditeurs et en firent l'oracle de la ville et de tout le pays. L'art du gouvernement n'était pas plus étranger

I*^"" SEPTEMBRE. V. DOMINIQUE MAlUNl. 247

au P. Marini que les hautes spéculations de la science : il l'ut tour à tour Recteur de plusieurs collèg-es, et Provincial ; et dans tous ces emplois, il sut, par un admirable tempérament de sagesse, de douceur et <le fermeté, faire fleurir la discipline religieuse.

Mais il ne pouvait <létacher son eoiur et sa pensée des Indiens; c'est pour eux qu'il avait traversé les mers, il aspirait au bonheur d'ai-roser leurs terres de ses sueurs et de son sang. Enfin la carrière lui l'ut ouverte : nuls périls, nulles privations, nulles fatigues ne rétonnèrent ; il eut la joie, après de longs efforts, d'amener une peuplade entière au bercail de .Jésus-Christ. Il courut aussitôt plus loin à la conquête d'autres âmes. Plus d'une fois Dieu confirma sa parole par des prodiges. Il prêchait un jour à des idolâtres ; ces pauvres gens, dans leur grossière insouciance, ne faisaient (jue rire et se moquer de ce qu'il leur annonçait. Alors le missionnaire, cédant à une impulsion du Saint-Esprit, s'adresse à une nuée de corneilles qui s'étaient abattues sur un marais voisin : tt Puisque ceux-ci refusent d'entendre parler de Dieu, vous, s'écria-t-il, venez toutes ici, et écoutez-moi ». Et à l'instant, les oiseaux prennent leur vol, se rangent en bel ordre autour de lui, et pendant qu'il leur parle, agitent doucement leurs ailes comme pour applaudir à ce qu'il disait. A cette vue, les barbares sont changés ; il se laissent instruire et deviennent chrétiens.

Le P. Marini passa les dernières années de sa vie à Santiago dans l'exercice de toutes les vertus ; il s'éteignit doucement à l'âge de quatre-vingts ans, dont il avait passé cinquante-et-un dans la Compagnie.

BoE«o, E:r Elog. de.f'unctor. Provinr. Chilcnsis (Arch. Rom.).

Il SEPTEMBRE

Le deuxième jour de septembre de l'an 1598, mourut à Naples le F. Coadjuteur François Lacci, tailleur du collège depuis vingttrois ans, et surnommé par les séculiers le serviteur de la sainte Mère de Dieu. L'histoire d'une seule de ses journées fut à peu près celle de toute sa vie religieuse. Il se levait chaque matin régulièrement deux heures avant la communauté, pour prolonger d'autant son oraison ; et chaque soir il consacrait encore une heure à ce saint exercice avant de prendre son sommeil. Mais dans les jours consacrés au souvenir des souffrances du Sauveur, ses prières continuaient, dit-on, toute la nuit. Deux fois par jour au moins, il prenait une rude discipline, et recouvrait ensuite son corps d'un cruel ciliée, qui renvelo[>pait des pieds à la tête. Sa pureté angélique lui avait fait accorder la grâce de communier au moins trois fois par semaine, et cette divine nourriture, au milieu de ses jeûnes rigoureux et continuels, soutenait merveilleusement ses forces. Comme la petite cellule où il travaillait, toujours en silence et sans perdre la présence de Dieu, se trouvait proche de l'église, il suivait attentivement au son des clochettes les messes qui se célébraient dans la matinée, et l'on pouvait alors, au feu de ses yeux et de son visage, reconnaître les élans de l'amour

Il SEPTEMBRE. — P. r.OUIS MANSONI. 249

divin qui le consumait. La même ardeur éclatait encore dans ses traits, dès qu'il parlait de la Reine du ciel. Malgré les efforts de son humilité pour dérober aux hommes les grâces de choix dont il était comblé, Dieu voulut qu'on le vît environné de lumière un jour qu'il priait devant l'autel de sa divine protectrice. Aussi le F. Lacci était-il regardé de tous comme un saint. Durant les dixsept mois de sa dernière maladie, nos Pères et Frères s'étant aperçus qu'il éprouvait quelque soulagement à respirer un air un peu plus frais, obtinrent de se relever, jour et nuit, auprès de sa couche pour éventer sa bouche et sa poitrine brûlante, dans l'espérance qu'une fois au ciel, le bon Frère ne manquerait pas de les payer très libéralenient par ses prières de cet ofTice de charité. A l'heure précise où le F. Lacci rendit sa sainte âme à Dieu, un Frère Coadjuteur du collège de Salerne le vit tout rayonnant de gloire s'envoler au séjour des bienheureux, en la Compagnie de la très sainte Vierge, qui était venue recevoir son dernier soupir.

ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di Napol., t. i, p. 291 et suiv. — Pa- TRiGNANi, Menol., 2 sett. p. 6.

* Le deuxième jour de septembre de l'an 1610, mourut à Messine le P. Louis Mansoni, « religieux, dit le P. Aguilera, véritablement insigne et fait pour les plus grandes choses ». La seule énumération des charges qu'il remplit dans la Compagnie, suffirait à justifier cet éloge. Entré au noviciat de Palerme, à l'âge de quatorze ans, A. I. — T. II. — 32.

250 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

et formé aux vertus solides par un disciple de saint Ignace, le P. Elpidius Ugoletti, il donna bientôt de telles preuves de la maturité de son esprit et de l'étendue de ses connaissances, que tout jeune encore, il fut chargé de la chaire de théologie au collège de Palerme, et occupa ensuite successivement celles de Naples, de Milan et du Collège Romain. Il n'avait pas de moins remarquables qualités de gouvernement; on le voit tour à tour Recteur h Gênes, à Milan, à Rome, au Collège Germanique, et au Collège Romain ; Provincial à Naples et à Milan, Visiteur en Sardaigne, et enfin comme pour mettre le comble à tant de distinctions, nommé par le Souverain Pontife Clément VIII légat a latere en Irlande, avec les pouvoirs les plus étendus. Déjà il était à Lisbonne, prêt à prendre la mer, lorsque des événements imprévus le firent rappeler en Italie, avant qu'il eût rempli sa mission. II passa ses dernières années à la tête de la maison professe de Palerme. Dans tous ces emplois, exercés pour la plupart en dehors de sa Province, le P. Mansoni, par un admirable tempérament de douceur et d'autorité, se concilia constamment l'estime et la confiance ; il s'attachait surtout à être le père de ses inférieurs, et il en obtenait sans peine les plus difficiles sacrifices.

Ce qui le soutenait dans l'accomplissement de son devoir, et lui communiquait une force merveilleuse pour ne se laisser aller à aucune négligence, c'était la pensée toujours présente du compte redoutable qu'il devrait rendre un jour à Dieu. Longtemps, raconta-t-il lui-même au P. Paul de Franciscis, il avait demandé à Notre- Seigneur la grâce de le contempler tel qu'il paraîtra, quand à la fin des siècles, il viendra juger les vivants et les morts. Or, un jour, fixant ses regards sur la sainte hostie, qu'on portait en pro-

Page 1