II SEPTEMBRE. — P. LOUIS MANSONI
cession, il vit le visage du Sauveur empreint d'une majesté si sévère et si terrible, qu'il se mit à trembler do tous ses membres, et tomba à terre évanoui. « A partir de ce moment, ajoutait-il, j'ai commencé à déclarer à toutes mes inclinations mauvaises une guerre sans merci, et à ne plus penser qu'aux choses éternelles. A chaque heure, au souvenir de cette vision, je descends en moimême et je me dis : Si une simple représentation de la colère du Seigneur, représentation que tu as toi-même demandée, t'a causé une telle frayeur, que deviendras-tu quand il te faudra paraître en accusé au tribunal de ce juge intègre et sévère, devant les peuples et les nations » ?
L'épreuve mit le couronnement suprême à une vie qui s'était passée tout entière dans les premières charges de la Compagnie. En arrivant à Palerme, il y fut accueilli comme toujours avec des démonstrations extraordinaires d'estime, non seulement par les Nôtres, mais par les étrangers et par le vice-roi de Sicile lui-même. Mais un conseil donné avec trop de franchise lui attira l'animadversion de ce seigneur, qui obtint son éloignement de Palerme et de la Sicile. Pendant que le P. Mansoni attendait à Solonto l'occasion de s'embarquer pour Rome, épuisé par ses travaux et des chaleurs excessives sur un rivage insalubre, il tomba dans une langueur irrémédiable, et en arrivant à Messine quelques jours après, il dut s'y arrêter, hors d'état de continuer son voyage ; il expira bientôt en bénissant Dieu de lui avoir donné quelque participation à sa croix. 11 était dans la soixante-quatrième année de son âge et la cinquantième depuis son entrée dans la Compagnie.
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Aguileha, Histor. Provinc. Sicul., t. i, p. 551. — Litter. ann. Soc, Jesu, anno 1610, p. 7. — Sotuellus, Biblioth., p. 568. — de Backer, Bibliotli. des Ecrivains.., 1*™ édit., t. 3, p. 483. — Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 387. — Mongitobe, Biblioth. Sicul. y t. % p. 20.
la »
m SEPTEMBRE
Le troisième jour de septembre de l'an 1595, mourut à Naples le P. Emeric de Bonis, né à Guastalla et reçu dans la Compagnie par saint Ignace, qui le forma de ses propres mains. C'est à lui que le bienheureux fondateur, pour le punir d'une légère interprétation des ordres de l'obéissance, imposa de se tenir debout au réfectoire durant six mois entiers, et d'y répéter à voix haute au commencement de chaque repas : « Vola et nolo non habitant in hac clomo « . Mais avant même sa seconde année de noviciat, Ignace le jugea si bien affermi dans toutes les vertus religieuses, qu'il l'envo^'a porter à Naples, sous la conduite du P. Salmeron, le nom et les œuvres de la Compagnie. Salmeron combattait les hérétiques du haut de la chaire, et faisait revivre parmi les fidèles le fréquent usage des sacrements \ Emeric de Bonis enseignait aux enfants et aux ignorants les mystères de la foi, la prière, la vie chrétienne ; et tous deux, selon les prescription s d'Ignace à ceux qii'il envoyait travailler au salut des âmes, se faisaient, à la grande édification du peuple, les serviteurs des pauvres et des malades, et vivaient eux-mêmes d'aumônes.
Élevé peu après au sacerdoce, Emeric de Bonis devint^ le premier missionnaire de la Compagnie dans l'ancienne Lucanie et
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dans la Fouille. Il les parcourut en tous sens, durant l'espace d'environ trente ans, et sa parole, dit un biographe, embrasait les populations comme la flamme. Souvent même sa vue seule remuait les Ames ; l'histoire nous en a conservé un bel exemple. Les habitants de la petite ville de Lavello n'avaient accueilli qu'avec dédain l'annonce de ce prédicateur étranger, bion résolus à ne pas même le laisser monter en chaire ; et en effet dès qu'il parut, on lui signifia de se retirer au plus tôt. Mais avant de partir, l'homme de Dieu entra dans une église pour y célébrer le saint sacrifice. Ceux qui le virent à l'autel, furent si profondément émus de l'air de sainteté dont son visage et toute son attitude étaient empreints, qu'ils parcoururent la ville en disant que Dieu ne leur avait pas envoyé un homme ordinaire, mais un ange, et ils le supplièrent de rester parmi eux.
Notre-Seigneur lui avait donné une grâce de persuasion toute particulière pour détacher les âmes mondaines de leurs vains ornements, trop incompatibles avec la pratique d'une vie d'oraison et même de modestie chrétienne. Souvent de' pauvres pécheresses venaient se jeter à ses genoux, le suppliant de les retirer du vice; et sachant combien la misère est une tentation redoutable, il ne rougissait pas d'aller humblement demander l'aumône pour mettre tout à la fois leur avenir et leur salut en sûreté.
ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di NapoL, t. i-, p. 146. — Sa.nt\ga.ta, Istor. délia Prov. di NapoL, t. 4, p. 158 et suiv. — ■ Sacchinus, Histor. Soc. Jes., l. 5, n. 78 p. 179; l. 7, n. 18, p. 271. — Bartom, Vita di S. Jgnazio, l. 3, n.. 26.
m SEPTEMBRE. K. LOUIS CERRL'TI. 285
Le troisième jour de septembre de l'an 1612, mourut à Naples, à l'âge de vingt-et-un ans, le F. Louis Cerruti, Scoiastiquo, modèle d'innocence et de pénitence dans un degré éminent. Il avait su apporter tant de vigilance au passage délicat, et si souvent critique, du noviciat aux éludes littéraires, et des études à l'enseignement, que durant le cours de toute une année, on ne surprit pas l'ombre d'une imperfection dans sa conduite. , Amant passionné de la croix, il s'armait, tous les matins, d'une ceinture de fer à pointes aiguës, et travaillait ainsi tout le jour ; la nuit, il dormait souvent sur la terre nue ; l'obéissance seule modérait les élans de son ardeur à se crucifier.
Professeur de grammaire au collège naissant de Capoue, ily fonda, malgré son extrême jeunesse, deux ferventes congrégations d'écoliers, qui exercèrent sur leurs condisciples la plus salutaire influence. Mais sa santé ne résista pas longtemps au climat ; une fièvre maligne se déclara et mit bientôt ses jours en danger. Dans l'espoir de le sauver encore, on le transporta au collège de Naples. En entrant à l'infirmerie, le F. Cerruti dit sans hésiter qu'il ne donnerait à ses frères la peine de le soigner que quarante-huit heures; il mourut en effet le surlendemain. Au moment où il expirait, un grand serviteur de Dieu qui ne le connaissait pas même de nom, vit tout-à-coup monter au ciel un jeune religieux de la Compagnie, la tête ceinte d'une couronne de fleurs blanches et rouges, symbole, disait-il, de sa pénitence et de sa pureté. Conduit le jour même, par son confesseur, auquel il venait de faire part de cette apparition, près des restes inanimés du Frère Cerruti : « Voilà,
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s'écria-t-il aussitôt, voilà le bienheureux jeune homme que j'ai vu et qui m'a parlé ».
Santagata, Tstor. délia Prov. di Sicil., t. 3, /;. 457 et suiv.
* Le troisième jour de septembre rappelle l'heureuse mort du F. Pierre Sïopelli, Coadjuteur temporel, arrivée l'an 1601 au collège de Brera, à Milan. Il s'était toujours signalé par une admirable égalité d'Ame, une continuelle abnégation de lui-même, par l'amour du travail et un esprit de prière qui pénétrait et animait toutes ses actions. Un jour qu'il était dangereusement malade et prêt à rendre le dernier soupir, on assure qu'il vit paraître la très sainte Vierge, le visage rayonnant d'une douce majesté ; le temps du repos n'était pas encore arrivé, lui disait la Mère de Dieu ; il avait à travailler encore longtemps pour ses frères et pour Dieu. En effet, contre toute espérance, le F. Stopelli recouvra promptement ses forces ; il les consacra avec une ardeur nouvelle au service de Notre-Seigneur et de la Compagnie. Et lorsque dix années après, le bon serviteur fut appelé à la récompense, il ne se lassait pas, dans les dernières heures de son agonie, bien que sa langue fut enchaînée pour toute autre parole, de répéter avec amour et reconnaissance le nom de Marie, sa protectrice et sa mère, et ce nom béni sur les lèvres, il expira.
Lillenc ann. Societ. Jesu, anno 1601, p. 65. — Nauasf, Annus dier. meniorab., !>« sept., p. 140. — Drews, Fasli Soc. Jesu, 3* sept., p. 342.