IV SEPTEMBRE
Le quatrième jour de septembre de l'an 1637, mourut au collège de Catane le P. Vincent Raymondi, appelé par la sainte Vierge elle-même, à l'âge de quarante-deux ans, dans la Compagnie de Jésus. Il avait exercé jusque là, parmi ses concitoyens, les fonctions du saint ministère avec la réputation d'un prêtre voué à toutes les œuvres de miséricorde et de pénitence. Non seulement il avait défendu à ses domestiques de renvoyer jamais aucun mendiant sans lui donner quelque aumône, mais de plus il en recueillait chaque jour au moins un dans sa maison, le faisait asseoir à sa table, et tenait à honneur de manger avec lui dans le même plat, et de boire dans la même coupe. Les mardis, il invitait ainsi jusqu'à douze pauvres, en l'honneur de l'auguste Mère de Dieu, pour lui offrir, disait-il, son humble couronne, en souvenir de celle qu'elle avait elle-inême reçue des mains de son divin Fils. Ce saint homme n'accordait ici-bas ni repos ni trêve à son corps ; jamais il ne se dépouillait, ni d'un rude ciliée, ni d'une chaîne de fer très douloureuse ; ses jeûnes, ses veilles, ses disciplines l'avaient réduit à un si triste état, que son évêque se crut obligé devant Dieu à les modérer. Enfin sa réputation de sa- A. I. — T. II. — 33. 257
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gesse, lie science et de sainteté, s'était répandue hors de la Sicile, et le menaçait des honneurs de l'épiscopat. Pour échapper à ce péril, Vincent Raymondi eut recours aux sages conseils du célèbre directeur des âmes, le P. Octave Gaetano. Celui-ci l'engagea à faire les Exercices de saint Ignace ; et comme Raymondi y redoublait ses austérités et ses prières, Notre-Dame lui apparut le septième jour : « Vincent, lui dit-elle, tu ne saurais rien faire de plus agréable à Dieu que de renoncer au monde et à ses honneurs, et d'entrer dans la Compagnie. Ne crains rien ; je serai avec toi et te promets de tout aplanir ».
A cette annonce, le P. Gaetano ne put retenir un cri de joie bien propre à faire deviner l'estime qu'il avait déjà pour son disciple : « La très aimable Mère de la Compagnie, s'écria- t-il, veut donc nous consoler, par un tel présent, d'avoir perdu Bernard Colnago, qui vient de nous quitter pour aller recevoir sa récompense » ! Aussi le P. Mutins Vitelleschi n'observa pas les délais ordinaires pour admettre un homme de ce mérite au rang des profès. Parmi les plus belles œuvres du P. Raymondi à Messine, où l'obéissance le retint jusqu'à l'avant-dernière année de sa vie, l'Histoire de la Compagnie en Sicile cite en particulier les deux florissantes congrégations dites de la Mortification et des pauvres. La première se composait de quarante-cinq membres qui s'assemblaient tous les vendredis, et faisaient leur étude assidue de toutes les pratiques propres à retracer les douleurs et les ignominies de Notre-Seigneur dans sa Passion. La seconde réunissait pareillement une fois la semaine les pauvres mendiants, attirés par l'appât d'une légère aumône, à la seule condition de venir entendre l'homme de Dieu, qui leur enseignait à fuir le vice, et à