VIII SEPTEMBRE
Le huitième jour de septembre de l'an 1577, mourut à Polizzi, en Sicile, le jeune Frère Scolastique Jean la Farina, appelé au ciel, dit-on, par la sainte Vierge elle-même, pour prix de son angélique vie. Le sang des deux familles Vintimiglia et d'Aspromonte coulait dans ses veines. Dès le berceau, sa pieuse mère lui avait fait envisager, comme le souverain mal ici-bas, tout ce qui aurait pu ternir son innocence. Reçu à dix-neuf ans parmi les novices de Palerme, il y eut pour maître l'un des compagnons de noviciat de saint Stanislas ; il résolut aussitôt d'imiter tout ce qu'il entendrait raconter d'un si beau modèle. La faiblesse de son tempérament ne lui parut pas un obstacle aux saintes rigueurs de la mortification. Les instruments ordinaires de pénitence, même les plus rudes, ne satisfaisaient pas ses désirs : ainsi quand il allait à la cuisine laver la vaisselle, on le vit plus d'une fois plonger ses mains dans une eau presque bouillante ; et comme un de ses frères lui en faisait d'aimables reproches : « Que voulez-vous ? répondit-il, n'est-il pas bon que je fasse d'avance l'essai des souffrances du purgatoire » ?
L'obéissance du F. La Farina était à la lettre celle que recommande saint Ignace ; au premier son de la cloche, il quittait tout
aussi promptement que s'il eût entendu la voix même de Jésus- Christ. On vint un jour, au moment de l'oraison, lui dire de prier jusqu'à nouvel ordre pour une intention spéciale : il resta trois heures de suite en prière, et il y serait demeuré encore plus longtemps, sans songer seulement à interpréter un pareil ordre, si on ne lui eût dit quelle était la pensée des supérieurs. Une de ses maximes était cette parole : a In. silentio et spe erit fortitudo tua ! le silence et l'espoir en Dieu feront ta force » ! Il l'avait trouvée écrite le jour de son entrée au noviciat sur la porte d'une cellule, et à l'heure même, il l'avait choisie pour règle de toute sa vie. Mais la devise de saint Ignace : « Ad majorem Dei gloriam ! à la plus grande gloire de Dieu » ! se trouvait plus souvent encore sur ses lèvres ; durant plusieurs années de son noviciat et de ses études, il en fit la matière de son examen particulier. Cependant le démon, jaloux d'une telle fidélité à la grâce, eut recours à sa ruse la plus dangereuse ; il se transforma en ange de lumière. Comme pour seconder les aspirations du F. La Farina vers une perfection toujours plus haute, il lui suggéra la pensée d'embrasser la règle des Chartreux, où il pourrait plus librement vaquer à l'oraison et au silence ; d'ailleurs les bulles des Souverains Pontifes en donnaient la liberté aux religieux de la Compagnie. La fidélité du jeune religieux à ne rien cacher à ses supérieurs de tout ce qui se passait en son âme, le sauva d'un piège si habilement tendu. A peine eut-il découvert la pensée qui le tourmentait, qu'elle se dissipa en un moment. Toutefois le Père Provincial, pour achever de l'éclairer, voulut qu'il allât faire, durant un mois, l'essai de cette vie solitaire, dans une métairie du collège de Palerme, située au milieu des bois. L'épreuve fut