IX SEPTEMBRE. — P. FRANÇOIS-JOSEPH BUESSANI
monter sur un échafaud, élevé de terre d'environ six pieds, trempé dans son propre sang, qui coulait quasi de toutes les parties de son corps, exposé à un vent froid qui glaçait le sang sur sa peau.
« Quelqu'un par compassion lui ayant jeté quelque lambeau de soutane pour se couvrir, il s'en servait le jour, mais sur le soir on le lui ôtait ; et s'amassant autour de lui, l'un le piquait, l'autre le brûlait avec un tison, d'autres le cautérisaient avec des calumets ; les enfants jetaient sur lui de la cendre chaude et des charbons ardents, puis le faisaient marcher autour du feu, où ils avaient fiché de petits bâtons pointus et semé de la cendre chaude et du feu. Ils lui appliquèrent le feu aux doigts plus de dixhuit fois, et lui percèrent le pied gauche avec un bâton, et cependant il fallait chanter.
« Un mois entier se passa de la sorte. Toutes ces souffrances le mirent en un tel état, que chacun s'éloignait de lui ; il était plein de pus, et les vers fourmillaient dans ses plaies «. — « Mon Dieu, ajoute le saint martyr, que sera donc le purgatoire ! Voilà ce que je me répétais et ce qui adoucissait beaucoup nies douleurs ». Racheté par les marchands Hollandais du fort de la Nouvelle-Amsterdam, le P. Bressani fut remis en liberté et renvoyé en Europe par ses supérieurs. Mais dès l'année suivante, il obtint de retourner à ses chères missions. « Ses mains mutilées, écrit le P. Ragueneau, ses doigts coupés, son corps couvert de cicatrices, l'ont rendu, dès son arrivée, meilleur prédicateur que nous ne sommes ». Il avait été envoyé au milieu des peuplades huronnes, dont il ne savait pas encore la langue ; mais sa vue seule parlait éloquemment : « Il faut, disaient ces pauvres sauvages, que Dieu soit vraiment seul digne
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d'être servi, puisque la vue de mille morts ne peut arrêter ceux qui viennent nous annoncer sa parole. . . Montre-nous tes mains ; elles nous disent plus efficacement que tu ne pourras le faire quand tu sauras notre langue, que nous devons servir et adorer Celui dont tu attends la vie que tu as exposée pour lui et les doigts qu'on t'a brûlés ».
Pendant cinq années entières, le P. Bressani se dévoua au service de ces malheureuses tribus destinées à périr sous les coups de leurs implacables ennemis les Iroquois, et partagea toutes leurs épreuves. Quand leur ruine eut été consommée, le P. Ragueneau, supérieur de la mission, lui fit reprendre encore une fois le chemin de l'Europe. Le vaillant apôtre obéit sans murmure, mais non sans larmes et sans un douloureux déchirement de cœur. En Italie, comme au Canada, il s'estima redevable de tout lui-même aux âmes rachetées par Jésus-Christ ; et après de longues fatigues soutenues avec des fruits extraordinaires pendant plus de vingt ans, il alla se reposer enfin dans le sein de Dieu.
Bressani, Relation abrégée de quelques missions.. ., traduction française par le P. Martin, Montréal, 1852. — Relation des Jésuites . . . , missions . de la Nouvelle-France, année 1644, p. 43. — Patrignani, Menol., 9 seit., p. 59. — SoTUELLUs, Biblioth., p. 232. — Sommervogel, Biblioth., t. 2, p. 133.
* Le neuvième jour de septembre de l'an 1638, mourut à Trapani le P. Mathieu Gareto, religieux d'une vie humble et toute cachée en Dieu. Ce qui recommande sa mémoire, dit l'historien de la Province de Sicile, ce ne sont ni les chefs-d'œuvre sortis de