‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 132 sur 362 · XI SEPTEMBRE. P. JEAN-PIERRE MUSTICA · texte numérisé non relu

XI SEPTEMBRE. P. JEAN-PIERRE MUSTICA

me le meilleur théologien de cette Province. Les honneurs que lui attirait sa réputation ne l'enivraient d'aucune fumée de vaine gloire. Voyant un jour entrer au collège son vieux père, humble paysan vivant du travail de ses mains, et de l'apparence la plus inculte, il courut aussitôt vers lui, joyeux de laisser voir à ses nombreux et brillants disciples la bassesse de sa naissance, et de leur présenter le pauvre vieillard auquel il se glorifiait devant eux de devoir la vie. Néanmoins Jean-Pierre Mustica n'était après tout qu'un bon religieux, bien éloigné encore de la perfection des saints, surtout du renoncement absolu et de la véritable haine de soi-même, lorsque dix ans avant sa mort, comme il venait de célébrer le saint Sacrifice pour l'àme du P. Jérôme Tagliavia, si célèbre par ses vertus, celui-ci lui apparut soudain et lui dit : « Oh ! Si vous saviez avec quelle sévérité le juge éternel scrute les replis de l'âme humaine, et quelle est la rigueur de son interrogatoire et de son arrêt » !

Le P. Mustica était alors âgé de soixante-trois ans. 11 n'en commença pas moins aussitôt une vie toute nouvelle , comme de ne plus avoir d'autre lit que la terre nue, de se flageller toutes les nuits , de passer plusieurs heures en oraison matin et soir, de garder un profond silence loin des visites des hommes, à moins qu'il ne s'agît de leur parler de Dieu ; de s'abaisser enfin sans relâche aux plus vils emplois et de se réduire dans sa cellule au plus extrême dénûment, se répétant sans cesse les premiers mots qui l'avaient décidé à un si généreux changement : « O si scires ! Oh ! si tu savais » !

Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 492, 758.

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* Le onzième jour de septembre de l'an 4608, mourut le P. Ser- TORius Caputo, l'apôtre d'Aquila. II dirigeait une petite école à Gosenza, près de son pays natal, quand nos Pères furent appelés dans cette ville pour y établir un collège. Il se lia bientôt d'une étroite amitié avec eux, leur offrit ses écoliers et se donna ensuite lui-môme. II avait alors vingt-quatre ans. Après son noviciat, il fit sa régence à Barletta d'abord, et ensuite à Aquila. Le collège de cette dernière ville, récemment fondé, était dans vme situation précaire ; les maîtres étaient assez mal vus. A l'arrivée du P. Caputo, que précédait une réputation de saint et de savant, tout changea de face ; et lorsque plusieurs années après, le nouveau régent, qui n'était pas encore prêtre, fut appelé à Naples pour y suivre les cours de théologie, toute la noblesse d'vVquila s'opposa à son départ, et ne céda enfin que sur la promesse formelle d'un prochain retour.

Mais Sertorius Caputo soupirait, de toute l'ardeur de ses désirs, après les missions de l'extrême Orient. Le P. Aquaviva, qui avait d'autres desseins, découragea du premier coup ses espérances et lui défendit même de revenir à la charge. Ce fut un de ses compagnons d'études, Camille Costanzo, qui fixa le choix du Père Général. En embrassant pour la dernière fois le futur martyr de Jésus- Christ, le P. Caputo fut saisi d'une sorte de transport propliétique : « Camille, lui dit-il, un autre feu vous attend bien différent de celui qui brûle dans votre cœur. Combattez comme un vaillant soldat de Jésus-Christ. Vous portez le feu de la charité ; les tyrans vous en préparent un autre allumé par la cruauté ». Pour lui, selon la parole donnée, il revint à Aquila ; il n'en sortit plus jus-

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qu'à sa mort. 11 y opéra toutes les merveilles de zèle et de vertu dont le Vén. P. Bernardin Realino remplissait en ce tempslà même la ville de Lecce. Au témoignage des historiens, il faisait le travail de trois ouvriers pleins d'activité. Il établit et dirigea jusqu'à huit congrégations, pour tous les âges et toutes les conditions ; la ferveur qui régnait en plusieurs d'entre elles, surtout dans celle dite du Ritiro ou Congrégation secrète, était digne des Ordres religieux les plus austères. Des plaintes furent même adressées à Rome sur ce que certains appelaient les indiscrétions et les imprudences du P. Caputo. Mais le P. Aquaviva donna pleinement raison à l'homme de Dieu, et déclara bien haut que sa conduite méritait des imitateurs plutôt que des censeurs.

Au soin des congrégations, le P. Caputo joignait les différents ministères d'un prêtre de la Compagnie. 11 remit tellement en honneur la fréquentation des sacrements, que chaque dimanche, disait-on, semblait un jour de Pâques. Aucun pécheur ne lui résistait. Par l'intercession de la bienheureuse Mère de Dieu, par la vertu de ses prières, de ses larmes et de son sang, il triomphait des volontés les plus obstinées. Ses mortifications avaient quelque chose d'effrayant ; il marchait toujours revêtu d'un long eilice qui l'enveloppait de la tête aux pieds ; il prenait un court sommeil sur une natte ou sur la terre nue, se flagellait tous les jours avec une discipline armée de pointes de fer, jeûnait trois fois par semaine au pain et à l'eau, et en même temps il était en proie à une fièvre incessante qui le minait sourdement, et à de continuelles douleurs de tête, d'estomac et d'entrailles. Au milieu de ce martyre, il se contentait de faire cette prière : « Mon Dieu, je ne vous demande point d'alléger mes souffrances ; donnez-moi

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seulement assez de forces pour travailler à votre gloire et au salut du prochain ».

Mais l'heure de la récompense était venue. Vainement la ville d'Aquila tout entière courut au pied des autels et se pressa aux processions de pénitence, pour obtenir la vie de celui qu'elle vénérait comme son apôtre. Pendant qu'on récitait à son chevet les litanies de la sainte Vierge, le vaillant missionnaire expira doucement, le visage illuminé d'une joie céleste, les lèvres collées sur son crucifix. Dieu glorifia dans la tombe celui qui s'était immolé comme une victime. Cinq ans après sa mort, on le trouva sans aucune trace de corruption, les membres flexibles, exhalant une odeur agréable ; et quand un peu plus tard, à la demande unanime de tous les magistrats de la cité, l'évêque d'Aquila commença le procès préparatoire à la cause de sa béatification et de sa canonisation, on put consigner dans les actes plus de trois cents grâces, réputées miraculeuses, obtenues par sa puissante intercession. Au moment où Dieu le rappela à lui, le P. Gaputo n'avait pas encore quarante-deux ans accomplis.

Barone, Délia vita del P. Sertorio Capulo . . . Napoli, 1691. — Juvkncius, Histnr. Societ. Jesii., part. 5» , lib. 25, §. 3, p. 854. — Schinosi, Istnr. délia Proviac. di Napoli, t. 2, p. H5, 178, 310. — Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 120 et suù>., 1G9 et suiv., 233 et suii>., 286 et suii>., 486 et suiv. ; t, 4, p. 144 et suiv. — Nadasi, Annus dier. menior., 11» sept., p. 158. — Duews, Fasti Societ. Jesu, ii^ sept., p. 355. — Patrignani, Menologio, 11 settemb., p. 78.

XII SEPTEMBPxE

Le douzième jour de septembre moururent pieusement, dans les Provinces de Naples et de Sicile, deux saints et laborieux ouvriers, dont Dieu fit pareillement éclater la gloire, le P. Decio Sansone, victime de sa charité à Noie en 1594, et le P. François FiMiA en 1671 au collège de Bivona.

Le P. Decio Sansone se trouvait à Noie, quand une de ces terribles inondations qui désolaient de temps en temps toute la contrée, la transformèrent en un immense marais ; les exhalaisons pestilentielles, sous les ardeurs de la canicule, semèrent bientôt la mort de toute part. Durant quarante jours et quarante nuits, à peu près sans interruption, il se dépensa tout entier au chevet des mourants, pour soulager leurs corps et leurs âmes ; et quand il eut rendu le dernier soupir, l'admirable servante de Dieu Jeanne d'Alessandro le vit monter au ciel, pour y recevoir la couronne de sa charité.

Le P. François Fimia, sous les dehors d'une vie commune, semblait avoir su jusqu'à sa mort dérober aux hommes les plus belles vertus des saints. Mais à peine son âme se fut-elle envolée au ciel, que par le simple attouchement de ses reliques et même du cercueil où il reposait, de nombreux miracles s'opérèrent ins-

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tantanément, pendant la célébration de ses funérailles. Notre-Seig-neur le fît voir, placé sur un trône d'honneur dans le chœur des vierges, et l'archange saint Gabriel le proclamait digne d'un si haut honneur pour son incomparable amour de la pureté.

P. Decio Sansone. — ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di Napol., t. 2, p. 386.

P. François Fimia. — Aguilera, Hislor. Proidnc. Sicul., t. 2, p. 925.

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