XIV SEPTEMBRE. P. DOMINIQUE BRUNO
pour lui obteuir la grâce d'uue conversion sincère, il joignit à ses exhortations de très rigoureuses macérations ; puis avant de partir, lui remettant en main sa discipline toute sanglante, avec une chaîne de fer, et trois images de sainte Madeleine, de sainte Marie Egyptienne et de saint François Xavier : « Voilà pour vous, lui dit-il, les clefs du ciel ; usez-en pour vous l'ouvrir, avec toute la générosité de ces trois grandes àmcs ». Le F. Gruppini et ses compagnons eurent cruellement à souffrir sur la flotte de Goa. Leur vaisseau était encombré d'une foule de criminels qui avaient pour la plupart mérité la corde, et dont le supplice était commué en la simple peine de l'exil. Le F. Gruppini en amena cependant plusieurs à se confesser, surtout par sa charité, que nul abaissement ne rebutait. Ce fut en assistant les malades qu'il trouva la mort ; quand il la vit approcher, après avoir prononcé ses vœux au moment de recevoir le saint viatique : « Oh ! quel bonheur ! quel bonheur ! quel bonheur ! s'écria-t-il, je vais donc dans quelques instants voir mon Dieu » !
Patrignani, Menol., 14 sett., p. 111.
* Le quatorzième jour de septembre de l'an 1730, mourut à Naples le P. Dominique Bruno, l'apôtre de Bari, également insigne par son mépris de lui-même et par son zèle pour le salut des âmes. Pendant de longues années, il ne cessa de parcourir, toujours à pied, la province de Bari, la Capitanate et la terre d'Otrante, semant la parole de Dieu et opérant de nombreuses conversions. Son invariable coutume, après avoir fait sa première visite à l'é- A. I. — T. II. — 39.
glisc et rendu ses devoirs à l'Ordinaire du lieu, était d'aller prendre log-ement à l'hôpital ; il partageait la nourriture des pauvres et payait son maigre entretien en consacrant aux plus bas offices tous les loisirs dont il pouvait disposer. Le reste du jour il était aux âmes, sans cesse occupé à prêcher, à faire le catéchisme, à confesser. Plus d'une fois, des misérables attentèrent à sa vie, pour se venger de ce qu'il leur avait arraché les objets de leurs passions ; mais rien ne l'effrayait quand il s'agissait d'empêcher l'offense de Dieu. A l'occasion du jubilé de 1725, des troupes de pèlerins se rendirent de tous côtés à Rome ; ces réunions confuses n'étaient pas toujours exemptes de désordres. Le P. Bruno obtint de se joindre, tantôt à l'une, tantôt à l'autre, pour les entretenir dans l'esprit qui convenait à leur sainte expédition, et son longvoyage à travers la Basilicate, la terre d'Amalfi et les Abruzzes, fut comme une mission perpétuelle. Son œuvre accomplie et sa propre dévotion satisfaite, il reprit le chemin de Bari, sans même jeter un regard sur tant de monuments qui font la gloire de la Ville éternelle.
Au collège, le P. Bruno gardait le même esprit de zèle et d'abnégation. Pendant trente ans, il n'eut d'autre chambre que l'extrémité d'un corridor ; mais tout y respirait la propreté ; son abstinence était rigoureuse ; il jeûnait tous les vendredis au j)ain et à l'eau ; à peine donnait-il quelques heures au sommeil ; le reste de la nuit, il priait et étudiait. Telle était son exactitude dans l'observation de toutes nos règles, qu'avant de mourir, il put se rendre le témoignage de n'en avoir jamais transgressé aucune volontairement. Les pauvres, les malades dans les hôpitaux, les malheureux de toute nature avaient ses préférences. La veille des fê-