‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 139 sur 362 · XV SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XV SEPTEMBRE

Le quinzième jour de septembre de l'an 1622, dans le lieu nommé Tobira, sur les bords du détroit qui sépare la ville et la forteresse de Firando, mourut brûlé vif par les Japonais, le P. Camille CosTANZO, né à Bovolina en Galabre, et béatifié par le souverain Pontife Pie IX en 1867. Les belles congrégations de Notre- Dame qui avaient fait donner autrefois par la sainte Vierge ellemême au collège de Naples le nom glorieux de sa demeure de prédilection, furent la première école de vertu du jeune Camille. Pour mieux résister aux entraînements et aux pièges de l'adolescence, il s'approchait toutes les semaines des sacrements, jeûnait souvent, priait avec ferveur, et ne laissait passer aucun jour sans prendre la discipline. Des condisciples, jaloux d'une vie si pure, osèrent un soir de carnaval faire entrer une femme dans sa chambre ; comme cette malheureuse n'obéissait pas assez vite à l'ordre de se retirer, il la mit en fuite l'épée à la main ; et l'un de ses serviteurs, complice de cette infâme tentative, le traitant de barbare, il le chassa aussitôt de sa présence : « Quoi donc, lui dit-il, vous mangez mon pain et vous me sollicitez à offenser Dieu » !

Exilé du Japon une première fois, après neuf ans de travaux

apostoliques, il trouva le moyen d'y rentrer plus tard sous un déguisement de soldat. L'imprudence bien involontaire d'une femme chrétienne le fit découvrir ; comme il se trouvait caché au fond d'une barque, près de l'île d'Iquisuqui, plusieurs soldats en armes assaillirent le conducteur de la barque, demandant à g-rands cris qu'il leur livrât le bonze européen. Le P. Gostanzo parut alors ; mais telle était l'éclat de douceur et de majesté empreint sur ses traits, que les satellites demeurèrent d'abord immobiles et se contentèrent de lier ses compagnons, malgré les instances qu'il leur fit de l'enchaîner aussi pour l'amour de Dieu. Quand on eut appris dans la ville de Firando, que sur un ordre exprès de l'empereur, le serviteur de Dieu serait brûlé vif, une multitude immense accourut au bord de la mer pour être témoin de ce spectacle vraiment triomphal. Dès que le saint martyr eut été lié à son poteau, élevant la voix comme d'une chaire, au milieu des chrétiens et des infidèles, il commença un émouvant discours sur ces paroles de l'Évangile : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » 1 Et poursuivant d'une voix ferme au milieu des flammes et des tourbillons de fumée qui l'environnaient de toute part, il protesta qu'il mourait pour Jésus-Christ. Peu à peu la fumée se dissipa ; et tout le peuple alors fut témoin d'un spectacle qui le jeta dans la stupeur.

« Les flammes, raconte le P. Grasset, se partagèrent en deux ; et l'on aperçut le P. Gamille au milieu des feux, qui priait Dieu avec une douceur et une tranquillité admirables, comme les trois jeunes hommes dans la fournaise de Babylone. Puis il se mit à chanter d'un air fort doux et mélodieux : Laiidate Dominum, onines f^-entes ! . . . et comme un saint Laurent, il remerciait Dieu, le

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