‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 141 sur 362 · XVI SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XVI SEPTEMBRE

Le seizième jour de septembre de l'an ibSO, mourut à Rome, en odeur de bénédiction, le jeune F. Janvier Duchi, Scolastique, né à Brescia. Les plus suaves délices de sa jeunesse avaient été la sainte communion ; toutes les fois qu'il recevait Notre-Seigneur, la place où il faisait son action de grâces, était à la lettre baignée de ses larmes.' Aussi ne soupirait-il qu'après le bonheur de se donner tout à Jésus-Christ. Mais les dissensions intestines qui divisaient les membres de sa riche et puissante famille, lui firent différer cette grâce pendant quatre années ; si ardent était le feu des haines, que plus d'une fois il dut passer lui-même la nuit sous les armes. Le F. Duchi vécut à peine sept ans dans la Compagnie, et si l'on en excepte les premiers mois de son noviciat, toute sa vie religieuse ne fut qu'un long exercice de résignation et de patience. Mais dans cette accablante langueur, oii la nature devient si sensible et est d'ordinaire sujette à tant de caprices, il montrait une surprenante énergie pour toutes les prescriptions de l'obéissance. Quand on lui ordonnait de quitter l'étude, il demandait, sous prétexte de se distraire, mais en effet par un amour de prédilection pour les offices les plus humbles, à se mettre au service du cuisinier.

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Dans les dernières semaines de sa vie, la crainte de n'avoir pas satisfait à la justice de Dieu pour les fautes de sa jeunesse, le tourmenta cruellement. Mais le jour de la Nativité de Notre-Dame, après s'être approché de la table sainte, il reçut au fond de son cœur la douce assurance que tous ses péchés lui étaient remis. Notre-Seigneur, sur sa demande, voulut bien lui donner une preuve que ce n'était pas là une illusion. En effet, dès qu'il se préparait à recevoir l'absolution ou la sainte communion, toutes ses douleurs étaient suspendues comme par enchantement ; et quand l'infirmier lui disait de finir son action de grâces, elles revenaient aussitôt l'assaillir avec la même violence qu'auparavant. Un peu avant sa mort, les médecins tentèrent un dernier effort pour le sauver. Ce fut de lui ouvrir dans le côté une large blessure. Comme le danger de quelque mouvement involontaire engageait à le lier : « Ce n'est pas nécessaire», répondit-il, et sans pousser un gémissement, tout en ressentant les angoisses de l'agonie, comme il en fit l'aveu à son confesseur, il demeura néanmoins immobile dans la contemplation de Jésus en croix.

Saccuinus, Histor. Soc. Jes., part. 4» , l. 8, nn. G2 seqq., p. 260. — PAT«IG^'ANI, Mctiol.., 16 sell., p. 132. — Nadasi, Ann. clier. mcmor., 16* sept.., p. 169. — Drews, Fnsti Soc, 16* sept.., p. 363.

* Le seizième jour de septembre de l'an 1628, le P. Bernardin Pecci, d'une illustre famille de Sienne, fut massacré en haine de la foi à Jafanapatan, sur la côte septentrionale de l'île de Ceyian. Il travaillait depuis plus de vingt ans dans cette contrée, oii la

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Conipag'nie avait converti plus de cinquante mille infidèles, lorsque le désir de répandre son sang- pour le nom de son Maître, lui fit solliciter l'honneur d'aller occuper un poste aux frontières du pays, plus exposées aux incursions des barbares de l'intérieur. Au moment où il se mettait en route, son compagnon lui ayant souhaité la gloire du martyre : « Depuis de longues années, répondit-il, je n'ai point d'autre ambition ». Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés.

Le roi de Candy, profitant de la mort du gouverneur portugais qui jusque là avait su le tenir en respect, lança des bandes armées sur la terre de Jafanapatan. Le P. Pecci fut surpris au milieu de la nuit. Les barbares, après lui avoir fait subir divers tourments avec une cruauté inouïe, lui tranchèrent la tête, et mirent ensuite le feu à sa pauvre cabane. Ils déclarèrent eux-mêmes qu'ils n'en avaient voulu qu'au propagateur d'un culte odieux ; et pour mieux affirmer leur intention, ils se retirèrent, leur œuvre consommée, sans causer d'autre dommage. Les restes du saint martyr, avec ceux du P. Matthieu Fernandez, tué le même jour et pour le même motif dans une chrétienté voisine, furent retrouvés quelques jours après, et déposés avec honneur dans notre église de Jafanapatan. Le P. Pecci était âgé de quarante-neuf ans ; il en avait passé trente dans la Compagnie et vingt-six dans la mission.

CoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6* , lib. 13, nn. 176 seqq., p. 226. — Alegambe, Mortes illustres, anno 1628, p. 288. — Patrignani, Menol., 15 settemb., p. 123. — Nadasi, Ann. dicr. memorab., IS» sept., p. 168. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 15» sept., p. 361.

N. B. — Nous avons suivi la chronologie du P. Cordara, qui fixe au 16 septembre le martyre du P. Pecci.

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