XI JUILLET
Le onzième jour de juillet, mourut à Rome, l'an IGâi), après avoir prononcé ses vœux de dévotion en recevant le saint viatique, le F. Antoine-Marie Ubaluini, jeune écolier du Séminaire des Nobles, et depuis cinq jours seulement novice de la Compagnie. Ses premiers jeux avaient été non seulement d'imiter les cérémonies de l'Eglise, mais aussi de passer des heures à genoux sur les marches de ses petits autels, priant de tout son cœur devant les saintes images dont il les ornait. A huit ans, il récitait tous les jours le petit office de la sainte Vierge, et il y joignit bientôt les sept psaumes de la pénitence, pour, obtenir une souveraine horreur du péché. A douze ans, il s'approchait au moins tous les mois de la table sainte, et ce jour-là, afin de mieux goûteiles délices du ciel, il ne prenait qu'un morceau de j)ain pour nourriture, et distribuait à quelque pauvre ce qu'on lui avait préparé. Cette ferveur n'avait encore subi, à la vérité, l'épreuve d'aucun orage, mais elle allait bientôt rencontrer la lutte dans la vie publique du collège. Notre-Seigneur acheva de le préparer au combat par les soins d'un jeune surveillant du Séminaire des Nobles, qui lui enseigna l'art de méditer suivant les différentes méthodes
de saint Ignace.
42 MÉNOLOGE S. J . — ASSISTANCE d'iTALIE.
Par ses conseils, le pieux enfant sollicita même et obtint la faveur de faire à part quelques jours de retraite. Mais il y fut assailli par une tempête de désolations qu'il n'avait jamais connues. Pour en triompher plus victorieusement, il eut recours à la pénitence, ne couchant que sur le plancher de sa chambre, prenant la discipline et jeûnant au pain et à Peau. Il sortit une fois si pâle du réfectoire, qu'un de ses maîtres lui ordonna d'y retourner. L'enfant obéit sans balancer, puis rentrant dans sa chambre, il se prosterna aux pieds de Jésus en croix, et s'offrit à endurer jusqu'à la mort toutes les désolations qu'il plairait à Notre-Seigneur de lui envoyer, sacrifice de si agréable odeur devant Dieu, qu'à l'instant toutes ses peines se dissipèrent. Ce qui soutenait surtout le courage d'Antoine Ubaldini, c'était son désir d'entrer dans la Compagnie, dès qu'il aurait fini ses études, comme il en avait reçu la promesse formelle. En attendant qu'il pût porter l'habit des novices, il prétendait rivaliser avec eux de ferveur et de générosité. Leurs humiliations en particulier le rendaient saintement jaloux. On peut voir dans sa vie, combien il était habile à se les procurer, et joyeux de les recevoir. Rien ne saurait exprimer sa joie quand il se vit enfant de saint Ignace et de la Compagnie ; jusqu'à son dernier soupir, il ne cessa point de louer et de bénir Dieu.
CoRDARA, Histor. Societ. Jes., part. 6* , l. 14, n. 4, p. 274. — Patri- GNANi, Vite di alcunî nobili Conviltori del Seminario Romano, Torino^ 1824, t. 1, p. 263 et suiv. — Le parfait écolier, Amiens 1805, pp. i-52. — Carron, Les e'coliers vertueux, t. 1, p. 190-216.
XI JUILLET. — P. BARTHÉLÉMY ROSTIU. ^iZ
* Le onzième jour de juillet rappelle l'heureuse mort du P. Barthélémy RosTRi, arrivée l'an 1684 au Collège Romain. Pendant trente-cinq ans, le P. Rostri, malgré plusieurs invitations extraordinaires de la grâce, s'était contenté d'une vertu commune ; il avait rempli les différents emplois de sa vocation avec un certain honneur et un certain fruit, mais sans prétendre à une perfection très haute, et surtout sans se mettre en peine de pratiquer cette abnégation et cette mortification continuelle que demandent nos règles. Or, dans une retraite, il fut éclairé d'une lumière si vive, et il pénétra si profondément les m^^stères de la Passion, qu'il résolut de changer de vie et de prendre Jésus crucifié pour son unique modèle. Sa transformation fut complète et durable ; désormais son livre de prédilection fut la croix ; il n'eut d'autre pensée que de reproduire en lui-même les vertus qu'elle enseigne, l'obéissance, l'humilité, le sacrifice.
Le prodige que la grâce venait d'opérer apparut bientôt à tous les yeux; les supérieurs nommèrent le P. Rostri Père spirituel des Nôtres au Collège Romain. On ne saurait dire tout le bien qu'il fit au milieu de cette jeunesse, la fleur et l'espérance de la Compagnie, par ses conseils, ses exhortations et les exemples de sa vie. Il plut à Dieu de l'admettre à participer plus largement, dans ses dernières années, au calice de la Passion. Une paralysie presque complète le condamna à l'immobilité, et le cloua sur son lit comme sur une croix. Mais l'àme toujours vaillante, le P. Rostri ne cessait de bénir l'aimable Providence de cette ressemblance qu'elle lui donnait avec le Sauveur, et il remplit jusqu'à son dernier jour les devoirs de son emploi ; et comme un rc-
ligieux s'excusait de s'être présenté à une heure importune : « Non, non, reprit-il ; n'ayez point d'égard à cela, et si vous me trouvez endormi, réveillez-nioi ; c'est mon devoir de vous entendre ». Ce bon serviteur de Dieu s'éteignit, au milieu des regrets et des témoignages de vénération de tout le Collège Romain, dans la quatre-vingt-quatrième année de son âge et la soixante-huitième depuis son entrée dans la Compagnie.
Patiuonam, Menai., Il liiglio, p. 8.5.
* Le onzième jour de juillet de l'an 1761, mourut à Rome, dans la maison professe, le P. Jean-Antoine Timoni, Secrétaire de la (lompagnie. Né à Chio, une des îles de l'Archipel, il entra, dès l'âge de seize ans, au noviciat de Saint-André, et par l'exemple de ses vertus, gagna plusieurs de ses compatriotes à la Compagnie. Il exerça tour à tour les charges les plus considérables, et fut désigné par le P. Centurione mourant comme Vicaire général ; en cette qualité, il convoqua la dix-neuvième Congrégation, qui élut le P. Laurent Ricci ; il fut alors nommé Secrétaire de la Compagnie et demeura dans cet office jusqu'à la fin de sa vie.
On admirait surtout dans le P. Timoni son amour do notre Institut ; la sollicitude également ferme et douce avec laquelle il veillait à l'observation de la discipline ; la charité digne de saint Ignace dont il entourait tous ses inférieurs et surtout les malades; la pauvreté sévère de sa chambre et de ses vêtements, unie à une exquise propreté ; sa mortification rigoureuse ; enfin son égalité
XI JUILLKT. 1'. JEAN-ANTOINK TIMONI. ^lî)
(î'àme ([ue les événements les plus imprévus et les plus fâcheux ne pouvaient troubler. Quand il était Vicaire général, il apprit, malgré lo secret dans lequel on essayait d'envelopper Taflaire, «[u'à la demande de Pondial, le caidinal Saldanha allait être nommé Visiteur de toutes les maisons de la Compagnie situées sur les terres de la domination portugaise. Cette visite, dans l'intention du puissant ministre, avait pour but non la réforme, mais la déconsidération d'abord, et ensuite la ruine de la Compagnie, en l^ortugal et dans tout l'univers. Le P. Timoni pénétra sans peine (îe perfide dessein ; et pour conjurer le coup, s'il était possible, il mit en œuvre tous les moyens ; il s'offrit même à faire en personne la visite réclamée ; ses propositions ne furent pas accueillies, et il prédit dès lors avec une assurance qui fut trop justifiée, la terrible tempête dans laquelle peu d'années après sombra la Compagnie. Il mourut à l'âge de soixante-et-onze ans.
Vùa del P. Gio.-Antonio Timoni délia Provincia Roniana [Arch. Rom.). — Carayon, Les Prisons du marquis de Pombal, Paris, 1865, p. 32 et suîv. — Crétineav!-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 5, c/i, 3, p. 141.