XXX OCTOBRE
Le trentième jour d'octobre de l'an 1622, mourut à l'âge de trente-sept ans, et neuf mois seulement après ses premiers vœux, parmi les Scolastiques de Caltagirone, en Sicile, le P. François FarsiA, montré au doigt, jusqu'à l'Age de trente ans, comme un libertin presque sans rival, mais devenu subitement, à partir du jour de sa conversion, un prodige de pénitence et de pureté. Le matin môme de ce jour, il s'était encore livré aux derniers désordres, et quittait le soir sa demeure pour en aller chercher de nouveaux, lorsqu'il rencontra, comme par hasard, le saint Sacrement, que l'on portait à un moribond. Ce fut pour lui la vue et le rappel du bon Pasteur, dont il n'avait plus entendu la voix depuis son enfance. L'émotion de cette rencontre lui changea si complètement le cœur, qu'après trois jours de larmes et une douloureuse confession de sa vie entière, il se trouva délivré sans retour de tout penchant au mal et de toute suggestion même involontaire des vices dont il était demeuré si longtemps l'esclave. Mais aussi n'épargna-t-il aucune rigueur, durant les sept années qu'il vécut encore, pour venger sur lui les injures de Dieu. 11 se fit en même temps, dans un hôpital, le valet des malades et des mourants, dont il baisait et suçait les ulcères. Cette rude vie, di-
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sait-il, lui faisait goûter, particulièrement à la sainte table, des délices telles qu'il n'en avait jusqu'alors ni connu ni même soupçonné.
Après quatre années de cette nouvelle vie, comme il demandait à Notre-Seigneur ce qu'il devait faire de plus pour lui plaire, il en reçut l'ordre, à plusieurs reprises, de recevoir le sacerdoce et d'entrer dans la Compagnie . De grandes difficultés semblaient s'opposer à l'exécution de cet ordre ; mais elles s'aplanirent d'elles-mêmes ; il fut ordonné prêtre, et peu de temps après, admis au noviciat de Messine. Le plus g-rand sacrifice que son Père Maître parut d'abord exig-er de lui, fut de l'obliger à modérer un peu ses austérités ; par exemple, à ne plus jeûner tous les jours au pain et à l'eau , mais deux ou trois fois au plus par semaine, pendant le Carême. Ce n'était toutefois que pour éprouver l'esprit qui le dirigeait ; dès l'année suivante, la docilité parfaite du P. F'arsia au moindre signe de l'obéissance, et la très douce joie qui brillait dans sa conversation familière et sur son visage, lui firent rendre une pleine liberté de se crucilier luimême selon toute l'ardeur de ses désirs. Dès lors il ne mit plus de bornes à ses morlifications. Non content de ne se dépouiller ni jour ni nuit des instruments les plus douloureux, il ne les quittait pas même dans ses voyages à pied et dans ses maladies. Quand le P. Farsia eut rendu le dernier soupir, ceux qui l'ense- A^elirent le trouvèrent encore enveloppé de son cilice, et ceint de chaînes de fer.
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. % p. 138. — Nadasi, Aiin. dier. memor., 30» octob., p. 250. — Duews, Fasti Soc. Jesu, 30» octoô., p. 424.