‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 213 sur 362 · III NOVEMBRE · texte numérisé non relu

III NOVEMBRE

Le troisième jour de novembre Je l'an 1042, mourut très saintement au collège de Gatane le P. Paul Francesco, âg-é de soixante-quinze ans, dont il avait passé plus de cinquante dans la Compagnie et trente-deux dans la ville de Gatane, où jusqu'aux dernières heures de sa vie, la grande congrégation des nobles iie cessa d'être, sous sa conduite, l'école de toutes les vertus. Reçu à vingt-cinq ans parmi les novices de Messine, il avait signé de sa main l'engagement de n'aspirer jamais à aucun autre office dans sa Province, qu'à celui d'enseigner la lecture, l'écriture et \c. catéchisme aux petits enfants des classes élémentaires. Get obscur emploi plaisait singulièrement à l'humilité du P. Francesco ; il se réjouissait aussi à la pensée d'y trouver plus facilement Notre-Seigneur ; car rien ne l'empêchait d'y conserver ses exercices de prière et de pénitence comme au noviciat. 11 portait dès lors en eff'et, et ne quittait ni jour ni nuit, à moins de quelque maladie grave, un très long et très rude ciliée, qui lui descendait depuis les épaules jusqu'aux genoux ; et son repos le plus agréable était de consacrer cinq ou six heures par jour à ses entretiens avec Dieu.

Mais l'étroite enceinte de sa classe ne put longtemps cacher les hautes et rares qualités de l'homme de Dieu : tout à coup, à son

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grand déplaisir, il se vit contraint par l'obéissance d'aller prendre le gouvernement du collège de Reggio, puis de celui de Termini. Aucun sacrifice ne pouvait lui être plus pénible. Bien que sa douceur, son zèle des unies et sa vigilance fissent également fleurir parmi ses inférieurs l'amour de la perfection religieuse et toutes les œuvres qui intéressent la gloire de Dieu, le P. Francesco redemanda si instamment à vivre inconnu, que ses prières furent exaucées. Nommé de nouveau, dans sa vieillesse, Recteur du collège de (latanc, il se disposait à écrire au P. Mutins Vitelleschi pour le supplier de lui épargner cette dignité, lorsque la Reine du ciel lui fit déclarer par un saint religieux de l'Ordre des Frères Mineurs que, s'il voulait lui plaire, il devait s'abandonner sans rései've à la disposition de ceux qui lui tenaient la place de Dieu. Du reste Nolre-Seignenr sut bien satisfaire à plusieurs reprises la soif d'humiliations de son serviteur . Il lui demanda môme un jour durant l'oraison un sacrifice si absolu de sa réputation aux yeux des hommes, ([ue le P. Francesco craignit d'abord de compromettre par sa réponse Thonneur même de la Compagnie ; mais après une mûre élection : « Seigneur, dit-il, que votre bon plaisir s'accomplisse; et quant à l'honneur de la Compagnie, vous saurez bien le sauver du naufrage, car personne ne l'aime autant que vous » ! Or h peine avait-il achevé ces paroles, qu'un messager lui apporta l'ordre de partir pour Palerme et de s'y présenter au tribunal de l'inquisition. IMais après l'examen le plus sérieux, l'accusation dont il était chargé se dissipa pleinement, et les juges le renvoyèrent à Catane avec tous les honneurs dus à un saint.

Parmi les grâces extraordinaires dont cette générosité fut récompensée, le P. Tornamira, dans sa vie manuscrite du serviteur de

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Dieu, cite de noiul)reux entreliens avec notre liienlieureux Père et avec le grand apôtre des Indes, lîien souvent aussi les âmes du purgatoire venaient implorer le secours de ses suffrages et de ses pénitences.

Etant encore jeune, le P. Francesco aimait extraordinaircment li^s fruits. Voyant un jour une superbe grappe de raisin qui pendait à une treille en face de sa chambre, il se laissa vaincre ii la tentation, et descendit au jardin pour la cueillir. Mais au moment où il étendait la main, il fut saisi d'un tel regret et d'une telle horreur de sa faute, qu'il prit l'engagement de ne jamais toucher à aucun fruit, et jusqu'à son dernier jour il fut fidèle à sa résolution. Suivant la prière qu'il en avait souvent faite à Notre-Seigneur, il s'éteignit presque subitement, heureux d'épargner ainsi toute fatigue à ses frères. La ville de Catane lui fit des funérailles magnifiques comme à un saint. Sept mois environ après sa mort, il apparut rayonnant de gloire à une de ses pénitentes qui était dangereusement malade et redoutait la rigueur des jugements de" Dieu: «Que craignez-vous? ma fille, lui dit-il. Nous avons un Maître dont la douceur surpasse toute parole et toute pensée ».

AguilkujV., Istor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 399 scrjq.

* Le troisième jour de novembre de l'an 1779, le P. Michel del BuoNO mourut à Viterbe, où il sétait retiré après la suppression de la Conqîagnie en Sicile. Il s'était donné à Dieu dès l'âge de quatorze ans ; malgré cette grande jeunesse, il avait jeté dans son noviciat les fondements d'une perfection si solide, que nulle épreuve ne put jamais l'ébranler. Après avoir occupé la chaire de phi-

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losophie à Syracuse et à Palerme, il fut chargé d'enseigner la rhétorique aux jeunes religieux de la Province de Sicile ; il remplit cet emploi quarante années de suite, également attentif à préparer de bons ouvriers à la Compagnie, et par ses leçons dans l'art de bien dire et par les exemples de sa vie . Ses disciples ne se lassaient pas d'admirer sa modestie aimable et joyeuse, son amour de la vie commune, son esprit de pénitence et d'abnégation.

Mais la vertu caractéristique du P. del Buono paraît avoir été la charité pour le prochain, fruit d'un très parfait amour de Dieu. 11 en avait médité et il en gardait avec une sollicitude jalouse toutes les délicatesses. Jamais on ne surprit sur ses lèvres un mot qui sentît le blâme ou la critique. Les dispositions des supérieurs, quelles qu'elles fussent, étaient également sacrées à ses yeux ; et à l'occasion, il en prenait ouvertement la défense sans respect humain. Quand le Souverain Pontife Clément XIV publia le Bref Dominus ac Redeniptor, le P. del Buono ne put pas ne pas ressentir le coup sous lequel succombait la Compagnie ; mais en digne fils de l'obéissance et de saint Ignace, il ne se permit pas un murmure, et jusqu'à son dernier jour, malgré les ennuis et les souffrances de l'exil, il demeura fidèle à ce respect vis-à-vis du représentant de Jésus-Christ. Le P. del Buono mourut dans la quatrevingt-deuxième année de son âge et la soixante-huitième depuis son entrée au noviciat.

Vita (ms.) del P. Michèle del Buono délia Provincia di Sicilia { Archw. Rom. ).

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