‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 214 sur 362 · IV NOVEMBRE · texte numérisé non relu

IV NOVEMBRE

Le quatrième jour de novembre de l'au 1621, le F. Michel Flo- RIO mourut au collèg-e de Syracuse en g-rande réputation de sainteté. II était né à Catane et g-agnait sa vie du travail de ses mains. Jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, il n'avait pas même eu la première pensée d'une vocation religieuse, lorsque un personnage inconnu le conduisit à la porte du collège de la Compagnie, et lui conseilla d'offrir ses services à ceux (jui demeuraient dans cette maison . Michel obéit ; il ne tarda pas à reconnaître qu'il avait trouvé le vrai paradis sur la terre. Admis peu après au rang des novices, il ne pensa qu'à travailler, à obéir, à souffrir joyeusement et à prier. Chargé de la culture des terres, il y trouvait une facilité merveilleuse à s'élever, par le spectacle et les transformations incessantes des créatures, à la contemplation des choses célestes ; et de savants théologiens s'étonnaient d'entendre cet homme sans lettres si bien parler des plus profonds mystères de Dieu.

Après les travaux du jour, le F. Florio ne voulant pas se traiter dans la Compagnie mieux qu'il ne l'eut fait souvent s'il était resté dans le monde, ne prenait un peu de repos qu'assis sur une chaise et tout habillé. De plus chaque soir, et sans même excepter

le jour qui précéda sa sainte mort, il se flagellait jusqu'au sang. Quand il s'approchait de la sainte table, son visage semblait se transfigurer en celui d'un ange. Au moment où il rendit le dernier soupir, plusieurs téiuoins très éloignés déclarèrent avoir vu le collège de S^-racuse environné d'une grande lumière, signe assuré de la gloire du saint Frère ; en même temps, au seul attouchement de ses restes, un grand nombre de malades recouvrèrent, dit-on, subitement la santé. Le F. Florio était âgé de quatre-vingt-deux ans ; il en avait passé cinquante-quatre dans la Compagnie.

Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 130. — Nadasi, Anniis dier. meinor., 4" nov., p. 2fil. — Divews, Fasti Soc. Jesii, 4" noi'., p. 431.

Le quatrième jour de novembre de l'an 1638, mourut dans les déserts qui séparent le Tonquin occidental du royaume de Laos, le P. Jean-Baptiste Bonelli, épuisé de fatigues et de misère, en cherchant à pénétrer chez de nouveaux peuples, pour les conquérir à Jésus-Christ. Voici en quels termes le zèle des âmes et la glorieuse mort de cet intrépide missionnaire sont racontés par le P. Alexandre de Rhodes, le fondateur et l'historien de tant de florissantes églises, à ces extrémités de l'Orient. « Le P. Bonelli, dit-il, touché d'un très ardent désir de secourir ces pauvres nations abandonnées, avec un corps assez usé déjà de ses travaux passés, mais avec un courage plus grand que les forces, se résolut d'aller par terre, accompagné de quelques catéchistes, jusqu'à la cour du roi de Laos. Ils se mirent donc en chemin, aux

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premiers jours d'octobre de l'an 1638 ; et ils s'avancèrent quelque temps, non sans beaucoup de peine, mais avec des consolations spirituelles qui faisaient sentir à leur unie ce qu'il y a de divine joie dans les souffrances, et qu'il n'est rien ici-bas de terrible à ceux qui espèrent en Dieu, ne respirant que le zèle de sa gloire. Toutefois, avant que le mois fût achevé, se trouvant dans les inontag-nes de la vaste solitude qui sépare le royaume du Tonquin de celui de Laos, dans des passages qui d'eux-mêmes faisaient horreur, ils commencèrent à être pénétrés d'un froid si rigoureux (principalement les nuits, qui étaient extrêmement froides, n'ayant pas porté de quoi se couvrir), que leurs corps en demeurèrent tout gelés et comme stupides. Le P. Bonelli en fut le premier saisi, et avec le plus de violence, la chaleur de ses esprits glacés de froid ayant entièrement défailli ; et voyant qu'il n'était encore qu'à la moitié de ce rude trajet, dans le sentiment intime que Dieu lui donnait que son heure était arrivée, il se prépara franchement et avec une grande douceur d'esprit à la mort ; l'agréant et l'embrassant toute telle que la lui présentait la main de Dieu, aussi joyeux d'expirer sur des rochers et sur un lit de glace que s'il eût reposé sur un lit de Heurs ».

DE Rhodes, Histoire du royaume du Tunquin . . . , traduite par le P. Henry Albi, S. /., Lyon, 1G51, p. 283. — de Maiuni, dcllc Missioni . . . nella Provincia ... di Tumkino . . . , Ronia 1603, p. 495. — So- TUELLUs, Biblioth., p. 408. — Sommeiivogel, Biblioth., t. 1, p. 1710.

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