V NOVEMBRE
Le cinquième jour de novembre de l'an 1S90, mourut au collège de Syracuse le P. Michel Letavalle , vénéré de son vivant et après sa mort de tout le peuple de cette ville comme un de ses plus saints et de ses plus puissants protecteurs auprès de Dieu. 11 avait quitté à dix-huit ans la petite ville de Moriaccio, sa patrie, pour mener une vie plus parfaite. Peu de jours avant son départ, il fît savoir par un crieur public, que si quelqu'un pensait avoir reçu le moindre tort de lui ou de sa famille, il était prêt à en donner une prompte et entière satisfaction. Passant à Rome en 4S50, il y connut comme par hasard notre Bienheureux Père, et conçut aussitôt un ardent désir d'être reçu parmi ses enfants. Ignace l'accepta de grand cœur et le trouva dès les premiers jours d'une vertu déjà si miire, que sans attendre même six mois, il l'envoya de Rome à Messine travailler au salut des âmes, en qualité de catéchiste et de professeur. Or voici en quels termes le P. Annibal Codret, Recteur du collège, rendait compte de ses débuts au saint fondateur de la Compagnie : « Michel Letavalle, par son obéissance, son renoncement à lui-même, sa dévotion et sa charité fraternelle pleine d'une aimable simplicité, satisfait ici tout le monde, 46G
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et rend à cette maison les plus grands services. Nous nous sentons tous merveilleusement animés à louer Dieu notre Seigneur, en voyant les soins et la sainte allégresse qu'il apporte à instruire les petits enfants ; il est d'un dévouement toujours égal, et d'un cœur toujours joyeux au travail)).
Doué de talents assez médiocres, mais d'un sens droit et d'une vertu à toute épreuve, le P. Letavalle apportait dans ses discours un ton si pénétré des saintes vérités qu'il annonçait, il était si rempli de l'esprit de Dieu, qu'on ne se lassait pas de l'entendre. Pendant les trente-cinq ans qu'il fut l'apôtre de Syracuse, il était souvent invité à prêcher en un jour jusqu'à six fois. De temps en temps, comme pour se reposer, il parcourait les campagnes voisines, visitait les chaumières des bergers et des laboureurs, et instruisait familièrement ces pauvres gens et leurs familles de toutes les pratiques d'une vie chrétienne. Ces excursions apostoliques peuvent faire juger de l'austérité de toute sa vie, car il les appelait son temps de repos ; cependant il lui arrivait parfois de passer alors trois jours de suite sans prendre ni un morceau de pain, ni un verre d'eau.
A l'âge de soixante-dix ans, l'intrépide vieillard, toujours avide de se dévouer , conjura le Père Général de l'envoA'er en Chine , moins pour y porter lui-même la bonne nouvelle, il s'en reconnaissait incapable, que pour s'y faire le serviteur des apôtres. Seize ans après sa mort, l'évêque de Syracuse, ému par le nombre et l'éclat des miracles attribués à son intercession, fît dresser un procès authentique de ces grâces extraordinaires et des vertus de l'homme de Dieu, et l'envoya à Rome avec des lettres dans lesquelles, en son nom et au nom de toute la ville de Syracuse,
468 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
il suppliait le Souverain Pontife Paul V d'inscrire le P. Letavalle au nombre des Bienheureux.
Sacchinus, Histur. Socict. Jesii, pari. 5" , lib. 10, n. 71, p. 511. — Aguileda, Histor. Provinc. Sicul., t. 1, p. 282 serjrj. — N.vdasi, Aiin. (lier, memor., 5» octoh., p. 207, et 5» noi>., p. 2G2. — Drews, Fasti Societ. Jcsu, ija octob., p. 389. — Patrignani, Menai., 5 noK'., p. 26. — Rho, Varia', virtut. histor.., p. 19, 49.
* Le cinquième jour de novendîre de l'an 1593, à Ghao-tcheou en Chine, mourut le jeune et apostolique P. François de Pétris, compagnon du P. IMathicu Ricci, qui pleura longtemps sa fin prématurée. « Car, écrivait-il au Père Général Claude Aquaviva, bien peu l'égaleront pour l'ensemble de ses qualités, pour sa sainteté et ses mœurs angéliques ». François de Pétris devait sa vocation à la très sainte Vierge, comme il en lit un jour lui-même l'aveu à un de nos Frères Coadjuteurs, pour l'animer à la persévérance. 11 suivait les cours de pliilosophie au Collège Romain , et se sentait incliné à embrasser le genre de vie de ses maîtres ; mais il temporisait toujours et ne se décidait pas à prendre une résolution définitive. Or le jour de l'Assomption, comme il était seul dans sa chambre, absorbé par ses pensées, il entendit derrière lui une voix distincte qui disait : « N'hésite plus ; entre dans la Compagnie de mon Fils, et demeures-y jusqu'à la fin ». Il se détourna brusquement, et ne vit personne ; il n'y avait derrière lui qu'une image de la Reine du ciel suspendue à la muraille ; il ne douta point que ce ne fût cette bonne Mère qui lui avait adressé elle-