VIII NOVEMBRE. P. BERNARDIN PICCINO
grande grâce au Père Recteur de parcourir la ville dans l'attirail et avec l'air d'un fou.
Mais on le vénérait d'autant plus, qu'il travaillait plus à s'anéantir. Pour se soustraire à des démonstrations qui pesaient trop à son humilité, il demanda au P. Aquaviva de pouvoir achever sa vie dans quelque petit collège, où il mourrait inconnu. Le Père Général, pour le consoler, accueillit sa prière, et l'envoya professer la dernière classe de grammaire au collège de Tivoli. Le P. Piccino n'en sortit que peu de semaines avant sa mort, quand brisé sans retour par la maladie e t la pénitence, il reçut l'ordre de se rendre au Collège Romain. Notre-Seigneur le traita pareillement à peu près selon ses désirs ; il lui fit partager dans une large mesure les tristesses et les abandons de son agonie et de sa croix : l'humble religieux ne trouvait de consolation et d'espérance que dans son ardent désir d'aimer Dieu. Durant les nuits entières, il gémissait et répétait avec larmes : « Où donc êtes-vous, ô Seigneur ! et comment ne pas vous aimer » !
A ces épreuves de l'àme et à des douleurs de tête continuelles et si violentes qu'il crut devoir demander, par l'entremise de la très sainte Vierge, une demi-heure de soulagement chaque matin pendant la célébration du saint Sacrifice, le P. Piccino joignait les souffrances volontaires les plus rigoureuses. Du matin au soir, il ne quittait pas un moment la chaîne de fer qui lui serrait étroitement les reins, ni le ciliée qui lui enveloppait tout le corps. La nuit, il ne reposait guère qu'assis sur une chaise et tout habillé. Jamais il ne consentait à se garantir de l'intempérie des saisons, ni de la morsure et de l'importunité des insectes ; il ne voyait en eux, disait-il, que de fidèles et très aimables vengeurs de leur
Dieu contre lui. Toute sa consolation, en un mot, était précisément d'être désolé, anéanti et crucifié. Mais cet amour de la croix n'altérait en rien l'amabilité pleine de tendresse qui attirait vers lui toutes les âmes. La foule accourait à sa rencontre pour toucher ses vêtements comme ceux d'un saint; on se pressait aux fenêtres et sur les terrasses, rien que pour le voir passer. Le P. Piccino mourut dans la quarante-sixième année de son âge et la vingt-sixième depuis son entrée dans la Compagnie.
Aguiler\, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 1 seqq. — Nada.si, Ann. dier. memorab., 8* nov., p. 265. — Drews, Fasti Soc. Jesu^ 8* nov., p. 438, — Patrign\ni, Menol.y 8 nov., p. 46. — Sciiinosi, Istor. délia Provinc. dïNapoli, t. l, p. 421 et suiv. — Santagata, Istoria délia Prov. di Napoli, t. 3, p. 450. — Uho, Varias virtutum Histor. ., p. 56, 812, 847.
* Le huitième jour de novembre de l'an 1622, mourut à Messine le P. César Cosso, que ses vertus religieuses et ses éminentes qualités de gouvernement firent admettre à la profession solennelle des quatre vœux par le P. Claude Aquaviva. Il avait étudié dans les universités de Naples et de Padoue, et jusqu'à l'âge de trentehuit ans, exercé à Messine la profession d'avocat avec une grande réputation de savoir, de prudence et d'intégrité ; Marc-Antoine Colonna, gouverneur de la Sicile, voulut l'élever à la première charge de la magistrature dans l'île. 11 lui en donna l'annonce au milieu même d'une fête qu'il avait préparée aux novices de Messine, et à laquelle assistait le brillant avocat. Mais César Cosso avait
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alors de bien autres pensées ; il remercia le g-ouverneur, et bientôt après, renonçant au monde c!t à ses niagnifiques espérances, il embrassa l'humilité de la croix dans la Compagnie. Il apportait à la vie religieuse une vertu depuis longtemps formée ; il acquit en peu de temps une si rare connaissance des voies spirituelles, que presque au lendemain de ses premiers vœux, il fut jugé capable; à son tour de les enseigner comme Maître des novices. Au reste, toute sa vie désormais va se passer dans les charges. Il semblait fait pour elles, disent ses biographes. Il réduisait à deux ses principes de gouvernement : donner lui-même l'exemple en toutes choses à ses inférieurs, et exercer à leur égard la charité, en veillant avec sollicitude, non seulement à leur santé, mais encore dans la mesure des convenances religieuses, à leur bien-être. Il réservait toutes ses rigueurs pour lui-même. Outre les jeûnes ordinaires de l'avent et du carême, il en gardait deux autres de quinze jours chacun, avant les fêtes de l'Assomption et de saint Michel ; le samedi, en l'honneur de la sainte Vierge, il ne prenait rien de chaud ni de cuit. Il dormait à peine quatre heures chaque nuit, et consacrait le reste du temps à la prière ; ses disciplines étaient quotidiennes et sanglantes.
Dans les dernières années de sa vie, le P. Cosso fut atteint de cécité ; cette épreuve ne lui fut pénible que parce qu'elle le privait de la consolation de dire la sainte messe et de réciter son bréviaire ; aussi quand deux ans après, un habile praticien lui eut fait avec succès l'opération do la cataracte, il remercia vivement Notre-Seigneur de ce qu'il pouvait remonter à l'autel et reprendre le saint office. A le voir toujours serein et comme perdu en Dieu, personne n'eût soupçonné les tempêtes de scrupules et de défian-
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ce qui désolaient son âme. Quand il fut sur le point de rendre le dernier soupir, tous les nuages se dissipèrent, et il s'endormit dans le Seigneur, rayonnant de joie et d'espérance. En témoignage de la haute estime qu'il s'était acquise par ses vertus, son éloge fut prononcé au réfectoire ; et chose rare parmi nous, observe le P. Cordara, son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb. Plusieurs grâces merveilleuses furent obtenues au contact de ses reliques et par son intercession. Le P. Cosso était âgé de soixante-seize ans, et en avait passé trente-huit dans la Compagnie.
Cordara, Histor. Sociel. Jesu, part. 6a, lib. 7, n. 29, p. 353. — Aguilera, Histor. Provinc. Sicul. t. 2, p. 142 secjq. — Nadasi, Annus dier. memorab., 7^ nov., p. 264. — Drews, Fasti Soc. Jes., 7» noi>., p. 436.
* Le huitième jour de novembre de l'an 1657, mourut au service des Pères et des Frères du Collège Romain atteints de la peste, le Frère Coadjuteur Benoit di Bernardini, modèle achevé, dit le P. Nadasi, de toutes les vertus de son degré. Jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, il n'avait été qu'un pauvre villageois, presque un mendiant, obligé pour vivre de promener sa hotte dans les rues de Rome en vendant de la laitue. Mais il avait une foi vive et un cœur pur. La vue de nos Pères prêchant sur les places publiques, lui inspira le désir d'embrasser la même règle. 11 fut admis au noviciat. Cette faveur le remplit de joie et de reconnaissance ; il se dévoua corps et âme au service de la Compagnie et à l'œuvre