‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 223 sur 362 · IX NOVEMBRE · texte numérisé non relu

IX NOVEMBRE

* Le neuvième jour de novembre de l'an 1621, mourut à Cranganor le P. Jean-Marie Campora, dont le P. François Roz, premier archevêque de cette ville, avait coutume de dire qu'en le perdant, le diocèse de Cranganor serait comme un homme dont on aurait coupé les pieds et les mains. 11 était né à Lucques en Toscane, et avait longtemps sollicité, sans l'obtenir, la faveur d'aller annoncer la bonne nouvelle aux peuples des Indes. Un jour, voyant le Père Général Claude Aquaviva sortir du Gesù pour aller dire la messe à Sainfe-Marie-Majeure, il eut la pensée de faire une nouvelle tentative ; et courant après lui, il le conjura de recommander à la divine Mère une intention qui lui tenait tant à cœur. Sa confiance ne fut pas trompée. De retour au Gesù, le Père Général manda le P. Campora et lui ordonna de se tenir prêt à partir pour l'Orient. Grande fut la joie du futur apôtre et sa reconnaissance envers Marie. Au moment oii il faisait ses adieux à la communauté, un Frère Coadjuteur d'une grande simplicité et sainteté de vie, lui remit une petite image de Notre-Dame, en l'assurant que s'il l'honorait avec piété, il apprendrait sans peine les langues de l'Inde. L'événement justifia cette naïve promesse. Le P. Campora se rendit maître avec une facilité et une perfection /i84

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étonnante des différents idiomes de ces contrées, snrtout des langnes syriaque et clialdaïque. Il travailla vingt ans au milieu des chrétiens de saint Thomé avec un zèle admirable et des fruits de sanctification et de salut, auxquels son archevêque a rendu un si glorieux témoignage. Peut-être l'excès des fatigues lu\ta-t-il sa fin. Il mourut frappé d'un coup soudain dans la quarante-septième année de son âge.

CoRDARA, Hislor. Societ. Jesii, part. G^ , lib. 6, a. 123, /;. 314.

* Le neuvième jour de novembre 1772, veille de la fête de saint André Avellino, auquel il avait une tendre dévotion, mourut frappé comme lui d'un coup d'apoplexie pendant qu'il offrait le saint sacrifice, le P. .Iacques Prato, de la Province de Naples. Il était entré dans la Compagnie n'ayant pas encore treize ans accomplis, et dans un âge si tendre il se signalait déjà par une étonnante maturité de vertu. Ses études et sa régence terminées avec de brillants succès, il obtint de se consacrer aux missions de campagne ; par son intrépidité à supporter toutes les fatigues, par sa mansuétude et son invincible patience à écouter les pécheurs au tribunal de la pénitence, il recueillit les fruits les plus abondants. Il dirigeait le collège de Molfetta, dans la terre de Bari, et y faisait lleurir la paix et l'union des cœurs, par la fidélité à la règle, quand la Compagnie fut proscrite du royaume des Deux-Siciles. Le P. Prato se retira à Yeroli dans l'État pontifical. Il y fut bientôt rejoint par d'autres exilés. Nommé supérieur, il s'appliqua tout entier à leur adoucir l'amertume de cette terrible épreuve, et leur

gagna tellement le cœur par sa charité et son dévouement, que lorsqu'il eut été déchargé de son emploi, tous d'une voix unanime le demandèrent comme Père spirituel au Provincial . Il resta dans cette importante fonction jusqu'à sa mort. En même temps, il faisait une classe de petits enfants et dirigeait une nombreuse congrégation que l'évêque de Veroli avait confiée à la Compagnie. Ces travaux continués sans relâche, et la vue de la guerre sans merci déclarée à l'Ordre de saint Ignace, avaient peu à peu miné ses forces ; mais il ne faisait entendre aucune plainte et ne demandait aucun repos. Frappé une première fois pendant qu'il parlait à ses congréganistes , et emporté mourant dans leurs bras, il reprit ses occupations dès que le mal fut apaisé. Il se traîna ainsi une année entière avec un courage admirable, saintement avide de mettre h profit, pour sa perfection et le salut des âmes, le temps qui lui était encore laissé. Mais le neuf novembre, comme il venait de monter à l'autel et commençait le Gloria in excelsis, il fut de nouveau renversé à terre, et ne tarda pas à rendre le dernier soupir, entouré des témoignages d'estime et de vénération des Nôtres et des étrangers. Le Chapitre de la cathédrale lui fit des funérailles solennelles et voulut qu'il fût enterré dans le caveau des chanoines. Le P. Prato était âgé de quarante-sept ans, et en avait passé près de trente-cinq dans la Compagnie.

Vita(ms.) del P. Giaconio Prato délia Provincia di Napoli { Archiv. Rom. )

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