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dans l'hôpital de Florence, le Père qui le remplaçait au collège, lui fît savoir qu'il était à bout de ressources et ne savait où prendre l'argent dont il avait besoin : « Cherchez au prie-Dieu », lui répondit le P. Albergotti. Le Père, entendant ces paroles au pied de la lettre, courut au prie-Dieu du saint homme ; mais il n'y trouva pas un denier. Se ravisant alors, il comprit la leçon qui lui était donnée ; il s'agenouilla, et dans une prière fervente exposa sa détresse à Notre-Seigneur. Dès le lendemain, des aumônes abondantes et imprévues mirent le collège hors d'embarras.
Le P. Albergotti se traitait avec une rigueur impitoyable. Si fréquentes étaient ses flagellations, qu'il était devenu presque insensible, comme il l'avoua lui-même à un de ses confidents, et qu'il avait peine à trouver une place où les coups les plus rudes lui fissent éprouver quelque douleur.
Quand la peste de 1630, après avoir promené ses ravages en France et dans le nord de l'Italie, menaça la Toscane et Florence, il s'empressa de s'offrir au Père Provincial pour voler au secours des malades, aussitôt que le fléau se serait déclaré. Sa demande n'ayant pas été agréée, il porta ses instances aux pieds du Père Général, Mutins Vitelleschi. « Mon Père, lui écrivait-il dans une lettre admirable que le P. Alegambe nous a conservée, il me semble que je puis dire avec le martyr saint Ignace : Ego scio quid mihi expédiât; je sais ce qui me convient. J'ignore en vérité si dans toute ma vie j'ai plus désiré chose au monde que de mourir, pour ne plus offenser mon Dieu. Viennent sur moi et les feux, et les croix, et les bêtes et tous les tourments de ce monde et de l'autre, pourvu que je ne pèche plus. 0 Père très aimé, quel bien vous pouvez me faire en me répondant ce seul mot : Ita, oui ». Le A. I. — T. II. — 62.
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Père Général prononça la parole désirée, et le jour même, le P. Albergotti, rayonnant de joie et d'espérance, entrait dans la carrière du dévouement et du sacrifice. Il y trouva bientôt le sort qu'il ambitionnait. Atteint le onzième jour par le redoutable mal, il expira en bénissant Dieu d'être enfin soustrait à l'empire du péché. 11 était âgé de quarante-cinq ans et en avait passé vingtsix dans la Compagnie.
CoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6*, lib. 15, n. 1, p. 349. — Ale- GAMBE, Mortes illustres, anno 1631, p. 334 scqq. — Patrignani, Menologio, 10 nov.^ p. 60. — Nadasi, Ann. dier. meinor.., 10 nov., p. 268. — Drews, Fasti Societ., 10^ «oc, p. 440. — Rho, Variée virtut. Histor.., p. 20. — Tanner, Societ. Jesu Apostolor. imitatrix., p. 610.
* Le dixième jour de novembre de l'an 1648, mourut à Bologne, sa patrie, le P. Albert Angelelli, fondateur du noviciat de Saint- Ignace et de l'Université de Sainte-Lucie. Orphelin dès l'âge de quinze ans, il avait pris d'une main ferme le gouvernement de sa grande fortune ; mais bientôt, désabusé du monde, il avait sollicité une place parmi les enfants de la Compagnie. Pour protester contre une calomnie qu'il avait souvent entendu répéter, et à laquelle il avait d'abord ajouté lui-même quelque créance, il ne voulut rien apporter avec lui de ses biens ; et par un acte solennel, il en fit l'abandon complet à son unique frère. Son entrée au noviciat fut sévèrement jugée, et plus d'une fois on le pressa de reprendre sa liberté. Un jour que les instances avaient été plus vives, il
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déconcerta ses interlocuteurs par cette simple réplique faite d'un ton joyeux : « J'ai porté pendant vingt-et-un ans le joug du monde ; laissez-moi le même temps essayer celui de Jésus-Christ ; je verrai alors celui qu'il me convient de choisir ».
Cependant son frère mourut sans avoir fait de testament ; toute la fortune lui revenait donc de plein droit. 11 étudiait alors la rhétorique à Plaisance; il se rendit à Bologne, pour y mettre ordre à ses affaires. Sa pensée était de prélever sur la totalité de l'héritage une certaine part qu'il donnerait à la Compagnie, et d'abandonner le reste à ses parents. Mais ceux-ci convoitaient la fortune entière ; ils se refusèrent à tout arrangement ; ils prétendaient qu'Albert, ayant embrassé la vie religieuse, était incapable de posséder ; ils menaçaient de porter le débat devant les tribunaux. Albert Angelelli n'avait pas encore fait ses premiers vœux, les prétentions des siens étaient donc sans fondement ; cependant dans l'espérance de les amener à un compromis, il attendit quatre années entières ; ce fut en vain.
Une pensée étrange, qu'il condamna vivement dans la suite, mais qu'il crut alors inspirée de Dieu, lui vint à l'esprit : ce fut de sortir pour un temps de la Compagnie, afin de dérouter par ce coup d'éclat les indignes convoitises de ses proches, et de disposer à son gré de son patrimoine. Le P. Mutins Vitelleschi, instruit de son projet, s'efforça de l'en dissuader : « Mon fils, lui écrivait-il, pour le bien de la Compagnie, j'estime plus la persévérance au service de Dieu d'un seul de mes enfants, que tous les avantages et tous les biens du monde ». Albert Angelelli avait consulté plusieurs théologiens ; aucun n'avait nié son droit strict à suivre son idée. Le 17 juillet 1616, après avoir fait la sain-
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te communion , il demande à sortir du collège et se rend à la maison paternelle. De là, il écrit au Père Recteur pour lui donner avis de l'acte qu'il vient d'accomplir, dépose avec respect sa soutane et la garde comme une relique ; puis sans que personne puisse ou ose lui faire opposition, il reprend avec autorité l'administration de ses biens.
Cependant son cœur était toujours rempli du souvenir de la Compagnie ; il ne cessait de penser aux moyens de lui témoigner son filial attachement. Aucun ne lui parut plus convenable que la fondation d'un noviciat. Il priait un jour au tombeau de saint Dominique, et au nom de l'amour qui unit entre eux les fondateurs d'Ordres, il conjurait ce grand saint de l'aider dans son projet et de lui faire trouver une maison convenable. Il n'avait pas encore achevé sa prière, qu'un seigneur de Bologne l'emmène avec lui et lui montre une grande maison qui était à vendre. Albert Angelelli l'achète aussitôt ; il la fait réparer et meubler, la pourvoit d'une rente annuelle ; et quelques mois plus tard, les novices viennent l'occuper avec le Père Alexandre Boselli, leur premier Maître.
Ce n'était encore que la moitié de ce que le généreux bienfaiteur se proposait de faire. En attendant qu'il pût réaliser pleinement ses desseins, il sollicita la faveur de redevenir l'enfant de celle qu'il n'avait quittée que pour mieux la servir; mais toutefois reconnaissant qu'il avait commis une imprudence et une faute, il exprima le désir d'être reçu au rang des Frères Coadjuteurs. Le Père Général n'accepta pas cette offre de son humilité ; il lui ordonna même de se préparer au sacerdoce ; et dès qu'il l'eut reçu, Albert Angelelli reprit dans la joie de son cœur le vêtement de salut qu'il avait laissé seize ans auparavant. Son noviciat terminé.
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il fit ses études de théologie à Parme, passa brillamment ses examens, et fut jugé digne de la profession solennelle. C'est alors qu'il mit le dernier couronnement à ses projets. Le collège de Bologne n'avait que les cours inférieurs de littérature et de grammaire; il y fonda des chaires de philosophie et de théologie, et en fit une université ; il assigna aussi des revenus annuels pour l'entretien d'un certain nombre de Scolastiques de la Compagnie.
Au milieu de cette munificence, toute son attention était de se faire oublier. Par humilité autant que par délicatesse envers la Compagnie, et pour n'offrir aux siens aucun sujet de revendication, il refusa de prononcer les vœux de profès et demeura toujours simple Scolastique. Cependant le Père Général, pour reconnaître ses vertus autant que ses sei'vices, le nomma Recteur de ce même collège de Sainte-Lucie, enrichi par ses largesses Avant d'entrer en charge, le P. Angelelli supplia sa Paternité de lui permettre d'exposer ses raisons pour décliner un tel honneur. Dieu parut seconder ses désirs. Car avant d'avoir reçu la réponse du Père Général, il tomba gravement malade. Quand on lui annonça que son mal semblait sans remède : « Oh ! la bonne nouvelle, dit-il. Vous ne pouviez m'en annoncer de plus heureuse ; c'est à ce terme que j'ai dirigé toutes mes pensées et toute ma vie ». Et quelques jours après, il remit doucement son àme à Dieu. Il était âgé de cinquante-sept ans, et en avait passé seize dans la Compagnie, depuis sa seconde entrée au noviciat.
CoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6" , lib. 16, n. 31, /;. 456 seqq. — Ristretto délia vita e virtu ciel P. Alberto Angelelli d. C. d. G. , defonto in Bologna a' di 10 noc. dell. anno 1648 / Archiv. Pronnc. Taurin }. — Patrignani, Menol., 10 noi>., p. 62 et suiv.