‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 25 sur 362 · XV JUILLET · texte numérisé non relu

XV JUILLET

Le quinzième jour de juillet de l'an 1583, moururent près de Goa, dans la presqu'île de Salsette, les Bienheureux PP. Rodolphe Aquaviva et Pierre Berna, massacrés à l'instigation des prêtres idolâtres, en haine du nom de Jésus-Christ, avec le B. Pacheco, espag-nol et les BB. Francisco et Aranha, portugais.

Rodolphe Aquaviva, neveu du P. Claude Aquaviva, et fils du duc d'Atri, avait eu l'enfance d'un ange, et devait s'envoler au ciel avec l'innocence de son baptême. Parmi les délices de la cour, et dès sa tendre jeunesse, il jeûnait, au moins tous les samedis, en l'honneur de la sainte Vierge ; il prenait si peu de nourriture tout le reste de la semaine, que sa pieuse mère, dont il ne faisait pourtant que suivre l'exemple, eu vint à craindre pour sa vie. En môme temps, il donnait tous les jours trois ou quatre heures à l'oraison, et l'on eut lieu de croire à quelques aveux qui lui échappèrent, que dès lors son apostolat et son martyre lui avaient été expressément révélés. Dès lors aussi, tous les affligés du pays n'appelaient ce petit enfant que leur père ; il était touchant de le voir au milieu d'eux, recevant leurs suppliques pour les porter à son père ou à sa mère, et leur distribuant en aumônes tout ce dont il pouvait disposer, et en par-

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ticulier les aliments dont il se privait. Peu de temps après, la pieuse duchesse fut atteinte d'une maladie mortelle ; Rodolphe l'assista lui-même le crucifix à la main, et lui parla de Dieu jusqu'à son dernier soupir ; puis se tournant vers les assistants, qui fondaient en larmes : « Ne pleurez pas ma mère, leur dit-il, puisqu'elle s'en va jouir de Dieu » ! A dix-sept ans, vainqueur de toutes les oppositions du monde et de sa famille, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, que s^aint François de Borgia venait d'ouvrir à Saint-André du Quirinal ; il y trouva son oncle, Claude Aquaviva, et l'angélique Stanislas Kostka, qui l'avaient précédé de quelques mois.

Bientôt tous ses désirs l'emportèrent vers les missions des Indes ; mais de puissants obstacles se dressaient devant lui : la délicatesse de sa santé et ses vertus elles-mêmes dont on avait peine à priver l'Europe. Il multiplia ses prières et ses flagellations, et enfin il eut la joie de fléchir la volonté de ses supérieurs. Arrivé à Goa, l'an 1578, il partit des l'année suivante pour la cour du Grand Mogol, le fameux Akbar, qui avait demandé des missionnaires. Il y passa trois années, et s'il ne put pas obtenir la conversion du monarque, enchaîné par ses passions et par les raisons d'état, il eut du moins la consolation d'avoir proclamé la vérité et prêché le nom de Jésus Christ, en face des sectateurs de Mahomet. Rappelé alors à Goa, il fut bientôt après envoyé au secours des chrétiens de Salsette ; c'est là que la palme du martyre l'attendait. Au moment où il tombait sous les coups des infidèles, il fit entendre ce cri de miséricorde qui avait retenti autrefois sur les lèvres du divin Crucifié: « Mon Père, pardonnez-leur )) ; puis il ajouta : « Je remets mon âme entre vos

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