XXIII NOVEMBRE
Le vingt-troisième jour de novembre de l'an 1610, le P. Jean- Marie Santgro, de la Province de Naples, mourut en grande réputation de sainteté au collège de Catanzaro. II était déjà prêtre, lorsqu'une mission donnée par deux de nos Pères à Gaserta, sa patrie, lui inspira le désir d'une perfection plus haute. Entré au noviciat à l'âge de vingt-neuf ans, il eut à soutenir des luttes terribles pour soumettre au joug de l'obéissance une certaine opiniâtreté naturelle de jugement et de volonté, qu'il apportait en toutes choses, et jusque dans les pratiques les plus saintes. Son Père-Maître ne négligea rien pour l'aider à se vaincre, et à conquérir cette souplesse si nécessaire aux enfants de la Compagnie, s'ils veulent être des instruments utiles entre les mains des supérieurs. Tour à tour il lui faisait quitter ou modifier ses habitudes, même les plus raisonnables ; il lui permettait à peine de célébrer le saint Sacrifice trois fois par semaine ; en toute rencontre, il lui préférait ou lui imposait pour supérieurs les novices que leur jeunesse ou leur inexpérience semblaient signaler comme les moins capables ; pour sujet ordinaire de méditation, il lui avait ordonné de prendre la lettre de saint Ignace sur l'obéissance. Jean Santoro se soumit à tout ; et quand vint le jour de ses premiers vœux,
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pas un novice n'était plus maniable, plus prêt à renoncer à sa volonté propre, et à suivre en toute chose la sainte volonté de Dieu.
Le P. Santoro parcourut ensuite pendant cinq ans les campagnes de la Galabre, pour y évangéliser les pauvres ; il allait toujours à pied, revêtu d'un cilice qu'il ne quittait pas même la nuit; il dormait sur une planche, ou sur la terre nue, sans aucun abri contre les injures de l'air ; plus d'une fois, il resta trois jours entiers sans prendre une bouchée de pain. Malgré une vie si austère, il ne fut pas épargné par la calomnie. On l'accusa auprès des supérieurs de prolonger ses courses apostoliques, moins par un motif de zèle que par amour de la liberté. Il reçut donc l'ordre de venir au collège de Catanzaro, et d'y exercer le saint ministère. Mais on ne tarda pas à se convaincre, en voyant sa fidélité à la vie commune, que loin d'aimer et de rechercher son indépendance, le saint missionnaire n'avait rien tant à cœur que de se renoncer sans cesse et en toute chose, pour plaire uniquement à Jésus-Christ. Le P. Santoro mourut à l'âge de quarante-huit ans ; il en avait passé dix-neuf dans la Compagnie.
Santagata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 385.
* Le vingt-troisième jour de novembre rappelle la mémoire de la précieuse mort du P. Marc Soldano, arrivée à Prague l'an 1613. Entré dans la Compagnie à l'âge de vingt-et-un ans, il fut envoyé dans la Province de Bohême, où la pénurie des ouvriers se faisait
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alors sentir. La ville de Prague fut le champ assigné à son zèle. Il y établit une congrégation de la sainte Vierge en faveur des Italiens, que le commerce attirait en grand nombre dans cette ville. Les Bohémiens, témoins des heureux fruits de cette congrégation se présentaient en foule pour y être admis. Le P. Soldano jugea plus convenable d'en établir une seconde pour eux, sous le titre de l'Assomption. Après avoir pourvu aux besoins spirituels de ses compatriotes, l'homme de Dieu n'oublia pas leurs intérêts corporels. A l'aide des aumônes qui furent mises h sa disposition, il fit construire un magnifique hôpital pour leurs pauvres et leurs malades.
Ces œuvres et d'autres du même genre firent bénir son nom et le rendirent à Prague l'objet de l'estime et de la vénération universelles. Mais ce qui mit le comble à l'affection des habitants de cette ville , fut la charité héroïque avec laquelle il se consacra plusieurs fois au service des pestiférés. Son zèle à procurer des secours aux malades et à soulager la misère des indigents, lui mérita I3 nom de père des pauvres. Enfin s'étant dévoué pour la quatrième fois pendant la peste de 4613, il fut atteint du mal après s'être dépensé cinq mois entiers au chevet des moribonds, et reçut de Dieu la récompense de son admirable générosité. Peu de jours avant sa mort, il se vit entouré d'une troupe glorieuse de saints de notre Compagnie, ayant à leur tête les bienheureux Ignace et François Xavier, qui l'invitaient à venir partager leur bonheur. Le P. Marc Soldano était âgé de soixante ans et en avait passé trente-neuf dans la Compagnie.
538 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
JuvENCius, Histor. Soc. Jes.^ part. 5^ , lib. 16, n. 23, p. 376. — Alegambe, Heroes et Victim. charitat.^ anno 1613, p. 180 seqq. — Patrigna.ni, Menol., 23 nov.^ p. 165. — Nadasi, Ann. dîer. memor. , 2^^ nov., p. 288. — Id., Pretiosœ Occupation., c. 15, n. 9. — Drews, Fasti Soc. Jes., 23» nov. , p. 459. — Guidée, Ménol., 23 nov., p. 372.
N. B. — C'est la rédaction du P. Guidée, sauf quelques légères modifications, que nous avons reproduite ci-dessus.
* Le vingt-troisième jour de novembre de l'an 1621, au collège de Castiglione, récemment fondé par François de Gonzague et ses deux sœurs, mourut le P. Hector Lupatino, que l'innocence de sa vie fît comparer à l'angélique patron de la jeunesse. A l'époque où il suivait les cours de philosophie à l'université de Padoue, des condisciples sans conscience et sans honneur avaient tendu à sa vertu un piège abominable. Le très pur jeune homme était sorti victorieux de la tentation comme saint Thomas d'Aquin et saint François de Sales ; mais efTrayé du péril qu'il venait de courir, il alla peu de temps après demander un asile et un abri à la Compagnie de Jésus. 11 y porta la même attention jalouse à se garder de tout ce qui aurait pu altérer la fleur de sa pureté. Cependant sa sollicitude ne dégénérait point en scrupule ; et plus tard quand il fut devenu prêtre, il ne se refusa à aucun des ministères de sa vocation. Mais on admirait avec quelle exactitude rigoureuse il s'entourait de toutes les précautions prescrites par nos règles aux ouvriers apostoliques.
Ses autres vertus n'étaient pas moins remarquables : profondément humble, il mettait sa joie à remplir les plus bas offices de la
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maison ; son obéissance était sans réserve ; à l'exemple de Louis de Gonzague, il n'aurait pas voulu prendre à son usage une feuille de papier ou le plus mince objet sans permission. Il avait une sorte de culte pour la règle ; pendant les huit années qu'il exerça la charge de préfet des classes au collège de Gastiglione, il ne toléra pas une seule fois, assure-t-on, la moindre dérogation au règlement des études. Une maladie douloureuse, pendant laquelle il ne fît pas entendre une plainte, l'emporta dans la quarante-sixième année de son âge, et la vingt-troisième depuis son entrée dans la Compagnie.
Lilter. ann. Provinc. Venet. { Archiv. Rom. ). — Nadasi, Ann. dier. memorab., 23* nov., p. 289. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 23 «op., p. 459.