‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 271 sur 362 · III DECEMBRE · texte numérisé non relu

III DECEMBRE

Le troisième jour de décembre de l'an 1644, mourut très saintement à Bologne le Vén. P. Georges Giustiniani, l'apôtre de cette ville, où depuis plus de trente années il faisait fleurir toutes les vertus. Sa famille avait autrefois régné sur l'île de Chio ; il y était né lui-même un peu après la conquête mahométane. 11 vint à Rome encore jeune ; et en 1587, à l'âge de dix-huit ans, il fut admis au noviciat par le P. Aquaviva. Presque aussitôt on reconnut dans ses exhortations et ses catéchismes l'insigne talent qu'il avait reçu pour annoncer la parole de Dieu. Comme les vertus intérieures et particulièrement l'humilité surpassaient beaucoup en lui l'excellence des dons naturels, il fut chargé, avant même son élévation au sacerdoce, d'annoncer la parole de Dieu dans un grand nombre de congrégations, d'églises publiques et de monastères. Parmi ses écoliers, plus de soixante renoncèrent au monde et embrassèrent la vie religieuse.

Pour se dérober à une réputation toujours croissante, il sollicita la grâce à la fin de ses études de retourner dans l'Archipel, et d'aller y soutenir le courage de ses compatriotes contre les dangers de l'apostasie. 11 se rendit donc à Venise, et en attendant le départ des vaisseaux de la République, il se mit à travailler au

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salut des âmes. Mais dès ses premières prédications, le peuple et les magistrats le supplièrent de demeurer au milieu d'eux ; et comme il déclinait cet honneur, le Sénat de Venise s'adressa, pour le retenir, au Père Général. Claude Aquaviva répondit qu'il ne voulait pas s'opposer aux vœux de la Sérénissime République ; il la suppliait toutefois, quand elle jugerait pouvoir se passer des services du P. Giustiniani, de le laisser partir pour Ghio. Le serviteur de Dieu resta près d'une année à Venise, prêchant souvent plusieurs fois par jour, et ranimant la ferveur de toutes les communautés religieuses. Enfin le Sénat et le Doge, bien à regret, lui permirent de s'embarquer ; et il alla renouveler à Ghio les mêmes merveilles. Puis rappelé en Italie, il évangélisa les populations d'Ancône, d'Ascoli et de Bologne. Gette dernière ville fut si touchée des fruits de son zèle, qu'elle ne voulut plus s'en séparer ; elle obtint du P. Mutins Vitelleschi la promesse solennelle que le P. Giustiniani ne sortirait jamais de son territoire, même pour une mission ou pour un carême, sans l'autorisation expresse des magistrats.

On aurait peine à se figurer le degré de ferveur auquel parvinrent alors, sous sa conduite, un grand nombre d'âmes de choix ; la population entière parut elle-même ranimée dans toutes les pratiques de la vie chrétienne. Pour nous borner à un seul trait : chaque fois que sonnait V Angélus, on voyait la foule dans les rues, et même les oisifs réunis autour des chanteurs ambulants et des saltimbanques, se mettre à genoux et prier dévotement, le visage tourné vers une image de Notre-Dame.

Il faudrait parcourir en détail l'histoire des treize congrégations de tout rang, de tout sexe et de tout âge, fondées et diri-

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et dirigées par le P. Giustiniani, pour avoir une idée des travaux qui lui ont mérité le titre d'apôtre de Bologne. Après sa mort, la ville fit les plus vives démarches pour le procès de sa béatification. Ce grand hommo mourut à l'Age de soixante-quinze ans; il en avait passé cinquante-sept dans la Compagnie.

Patrignani, Menol. , 3 dicemb. , p. 43. — Sotuellus, Bibliolh., p. 291. — SoMMERvoGEL, BibUotli., t. 3, p. 1491. — Nadasi, Ann. (lier, memor., 3* dec, p. 304. — Drews, Fasti Soc. Jesu., 3^ dec, p. 475. — Cassani, Varones ilustres, t. 1, p. 225 et suw. — Marazzani, Vita del .... P. Giorgio Giustiniani... Cf. Carayon, Bibliographie histor., n. 1S93, p. 263.

* Le troisième jour de décembre de l'an 1727, mourut très saintement à Busseto le P. Joseph Aicardi, de la Province de Venise, après soixante-neuf années de vie religieuse. Dans cette longue existence, consacrée à l'enseignement de la grammaire et aux différents ministères apostoliques d'un ouvrier de la Compagnie, le P. Joseph Aicardi fut constamment un modèle de régularité et de perfection religieuse ; mais on peut dire, écrit son supérieur, qu'il pratiqua d'une manière véritablement insigne les vertus de pauvreté et de mortification. Dans sa chambre, il ne souffrait rien d'inutile ou de superflu, il se refusait même beaucoup de choses nécessaires ; dans celles dont il avait absolument besoin de se servir, on voyait reluire partout l'image de la pauvreté. La mortification était la compagne de cet entier détachement ; le P. Aicardi était si étranger à toute recherche des sens, si indifférent à tout ce

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qui crucifie la nature, le froid, la chaleur, la faim, la soif, la maladie, qu'on l'avait surnommé l'homme insensible et impassible. Ce grand serviteur de Dieu s'éteignit doucement, presque sans agonie à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Lettre circulaire du P. Joseph-Philibert Barbieiu pour annoncer la mort du P. Joseph Aicardi^ « Busseto, 4 décembre 1727 » ( Archiv. Rom. ).

* Le troisième jour de décembre de l'an 1737, mourut à Spalato le V. Ardelio della Bella, l'apôtre de la Dalmatie, l'un de ces missionnaires qui ont travaillé avec tant de zèle à la gloire de Dieu dans les premières années du dix-huitième siècle. Il était né à Foggia, au royaume de Naples, et s'était d'abord destiné au barreau. La crainte de manquer à la vérité et à la justice dans l'exercice de ses fonctions, le fît renoncer à cette carrière, et à vingtdeux ans, il alla prendre place au milieu des novices de Saint-André à Rome.

Envoyé au collège de Raguse après ses premiers vœux, il conçut aussitôt un ardent désir de se consacrer au salut des peuples de la Dalmatie ; il étudia la langue illyrienne et commença dès lors son grand dictionnaire qui lui a mérité les éloges de savants même peu favorables à la Compagnie. Mais ce désir d'apostolat, Dieu le permettant ainsi, ne fut longtemps satisfait qu'à demi. A trois reprises différentes, le P. Della Bella appliqué à ses chères missions, fut autant de fois rappelé en Italie. Enfin après vingtdeux années de ces alternatives diverses, ses vœux furent pleinement exaucés. Il avait alors quarante-huit ans. Son ardeur, loin

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