‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 272 sur 362 · III DÉCEMBRE. — P. ARDELIO DELLA BELLA · texte numérisé non relu

III DÉCEMBRE. — P. ARDELIO DELLA BELLA

de se refi'oidir pendant une si longue attente, n'avait lait que s'enflammer davantage. Jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, il soutint sans défaillir le poids des plus lourds travaux.

Seize diocèses furent tour à tour le théâtre de son zèle. Il faisait toutes ses courses à pied et sans chaussures, à travers les bois et les montagnes, exposé au soleil, à la pluie, à la neige. Le soir, il se retirait dans quelque pauvre cabane ou dans une église, et prenait un court repos sur le marchepied de l'autel ; sa nourriture consistait en quelques herbes et un peu de pain souvent moisi et qu'il avait mendié. Ses voyages par mer sur des barques de pêcheurs, n'étaient pas moins pénibles ni moins dangereux. Mais toutes ces fatigues lui semblaient légères, quand il considérait les fruits immenses de sanctification et de salut dont elles étaient récompensées. Innombrables furent les âmes qu'il arracha à l'enfer, par la salutaire pratique de la confession générale. Partout où il donnait des missions, il déracinait les abus et les scandales, ramenait les habitudes de piété et la fréquentation des sacrements. Les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister à l'ardeur de sa charité. 11 rencontre un jour quatorze bandits, voleurs de grands chemins ; il les aborde résolument, les confesse tous, et pour mieux assurer leur conversion, les réconcilie avec la justice humaine. Dans un village, deux factions hostiles allaient en venir aux mains ; il se jette au milieu d'elles et les sépare. Quelques esprits farouches que son intervention n'a fait qu'exaspérer, menacent de se venger sur lui. Sans s'émouvoir, il entr'ouvre sa soutane : « Voici mon cœur, dit-il ; frappez ; je ne crains ni vos menaces, ni la mort, pourvu que j'empêche l'offense de Dieu».

Le P. Délia Bella passait à Raguse ou à Spalato le temps qu'il

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ne consacrait pas aux missions ; il s'y livrait aux différents ministères de la Compagnie ; il allait dans les hôpitaux, les prisons, les galères ; il instruisait les enfants, préparait les moribonds à paraître devant Dieu, s'enquérait des pauvres et leur distribuait de larges aumônes. Les heures qui lui restaient étaient données à l'étude de la théologie morale, qu'il possédait à fond, à la composition de son dictionnaire, et à la prière. Pour prolonger plus à loisir ses entretiens avec Dieu, il prenait sur le repos de la nuit ; au reste sa prière était continuelle. Dans ses voyages, au milieu de ses occupations les plus absorbantes, il gardait sans cesse le souvenir de Dieu. Il avait une dévotion spéciale aux mystères où se révèle avec plus d'éclat la charité du divin Sauveur, la Nativité, la Passion, la sainte Eucharistie ; il se préparait par le jeûne à toutes les fêtes de la très sainte Vierge. D'ineffables faveurs furent la récompense de cet amour fdial pour Marie ; plus d'une l'ois il fut arraché par cette bienheureuse Mère à des périls évidents de mort.

Frappé vers l'âge de quatre-vingts ans d'une première attaque d'apoplexie, le P. Délia Bella dut renoncer au rude travail des missions. Il sanctifia l'état d'impuissance auquel il était condamné, par une résignation entière entre les mains de Dieu. Si parfois sa nature ardente se réveillait, il l'apaisait aussitôt en répétant cette oraison jaculatoire qui lui avait toujours été chère : « Que la sainte volonté de Dieu soit faite » ! Enfin après plusieurs années de cette douloureuse épreuve, le vaillant missionnaire alla se reposer dans le sein de Dieu ; il fut salué par les schismatiques eux-mêmes comme un saint. Il était âgé de quatre-vingt-deux ans et en avait passé soixante dans la Compagnie.

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