XIV DECEMBRE
Le quatorzième jour de décembre de l'an 161b, mourut dans la maison professe de Rome, le P. Pierre-Antoine Spinelli, fils du duc de Seminara, et l'un des serviteurs les plus dévoués de la très sainte Mère de Dieu. A sept ans, il lui avait consacré par vœu sa virginité ; à huit ans, il se levait toutes les nuits, même dans les plus extrêmes rigueurs de l'hiver, pour réciter le petit office ; à dix ans, il se donnait à elle pour fils, et la conjurait de remplacer auprès de lui sa pieuse mère que la mort venait de lui enlever. 11 commença même, vers cette époqvxe, à ne plus laisser passer une heure sans réciter à genoux VA(^e Maria. De son côté, la Reine des anges lui détachait doucement le cœur de toutes les choses créées. Reçu par le P. Salmeron dans la Compagnie à l'âge de dix-sept ans, il choisit la semaine sainte pour commencer à Noie son noviciat ; et depuis ce moment jusqu'à sa mort, il porta toujours suspendue au cou, une petite croix de bois, pour se rappeler sans cesse sa résolution de mener une vie crucifiée avec Jésus-Christ.
Quatre ans plus tard, il commençait à Naples sa théologie, et fondait en même temps, sous le titre de l'Immaculée-Conception, cette belle congrégation de Notre-Dame, qui comptait au bout de
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trente-huit ans, c'est-à-dire à la mort du P. Spinelli, plus de cinq cents de ses membres dans les différents Ordres religieux. La vie du serviteur de Marie est pleine de traits où paraît avec éclat sa tendre dévotion envers celle qu'il avait choisie pour sa mère. Nous y voyons en particulier comment, depuis l'époque de son élévation au sacerdoce, le P. Antoine ne laissa plus passer un seul jour sans lire ou écrire quelques lignes à la louange de la Mère de Dieu. Ainsi prépara-t-il peu à peu son admirable livre intitulé Maria Deipara Thronus Dei. Dans sa prison de Ximabara, le bienheureux martyr Paul Navarro demandait à Notre-Seigneur et il l'obtint, que son supplice fût différé jusqu'à ce qu'il en eût traduit jusqu'à la dernière ligne en langue japonaise. Le Vén. P. Realino disait de son côté n'avoir trouvé nulle part un ouvrage mieux fait pour embraser les cœurs de l'amour de Marie ; enfin le P. Pavone, en faisant valoir auprès de Notre-Dame les mérites de celui qui avait si bien parlé d'elle, obtint de mieux comprendre l'excellence de sa maternité divine, grâce qu'il avait vainement sollicitée depuis longtemps.
Ce travail, écrit jour par jour, pour ainsi dire, aux pieds de la Reine du ciel, ne faisait qu'inspirer une activité toujours plus grande au P. Spinelli, loin de l'entraver ou de le distraire au milieu de ses graves et incessantes occupations. Recteur du collège de Naples, Préposé de la maison professe, Recteur du Collège Romain, Instructeur des Pères du troisième an. Provincial de Rome et de Naples, il semblait faire revivre saint Ignace dans tout ce qu'il entreprit pour la gloire de Dieu, la sanctification de ses inférieurs et le salut d'une multitude d'âmes. Les seuls débuts de l'œuvre des missions dans les grandes villes, que nul encore n'avait osé