XIV DÉCEMBRE. P. ÉVANGÉLISTE DE' GATTI
Comme s'il avait voulu racheter les longues années disputées à Dieu, il se livra sans réserve h l'action de la grâce. Pour mieux triompher du monde et de lui-même, il demanda et obtint d'aller mendier, la besace sur l'épaule, ou en conduisant un Ane, dans ce même quartier de Naples où sa parole avait si souvent retenti ; les enfants le couvraient de leurs huées, pendant que les hommes autrefois ses admirateurs le regardaient avec pitié comme un fou. Non content de ces mépris du dehors, il s'ingéniait de mille manières à s'attirer aussi les railleries de ses frères ; en même temps, il s'abandonnait aux plus rigoureuses pénitences. Mais bientôt ses rares qualités de prudence et de doctrine lui firent confier des charges importantes. L'archevêque de Salerne, obligé de faire un vo3^age en Espagne, se reposa sur lui pendant son absence de l'administration spirituelle de son diocèse; et grâce à l'activité, au zèle et à la vigilance du P. de' Gatti, on vit refleurir dans les cloîtres et dans le clergé les vertus religieuses et sacerdotales. Malheureusement les forces du serviteur de Dieu ne tardèrent pas à fléchir sous le poids de la fatigue ; il contracta une infirmité qui ne lui donna plus de repos jusqu'au dernier jour de sa vie, et il fut rappelé h Naples.
Alors, par une permission de Dieu, les plus cruelles épreuves de l'âme vinrent s'ajouter aux soufl^rances du corps. La source des consolations célestes qui n'avaient cessé de l'inonder depuis son noviciat, fut entièrement tarie ; des ténèbres épaisses envahirent son intelligence ; toutes ses actions lui paraissaient des fautes énormes ; il voyait sans cesse l'enfer ouvert sous ses pieds. Vainement redoublait-il ses pénitences : nulle lumière, nulle consolation ne lui venaient d'en haut. Une année entière se passa dans ces an- A. I. — T. II. — 79.
goisses ; puis tout à coup, le voile derrière lequel Notre-Seigneur cachait sa présence, se déchira, et le calme le plus complet succéda à la tempête. C'était une miséricordieuse attention de la Providence, qui voulait le préparer à supporter le redoublement de douleurs, ou comme l'appelle son biographe, la longue agonie dans laquelle sa vertu devait achever de s'épurer. En effet, pendant vingt années entières, le P. de' Gatti fut en proie au mal implacable qui le consumait et ne lui laissait de trêve ni jour ni nuit ; mais, comme l'apôtre, au milieu de sa tribulation, il surabondait de joie. Une assurance divine de son éternelle prédestination à la gloire mit le comble à toutes les faveurs du ciel ; averti de sa fin prochaine, il célébra une dernière fois le saint sacrifice deux jours avant de mourir, et il expira doucement à l'âge de soixante-quatorze ans, dont il avait passé trente-neuf dans la Compagnie.
Barone, Vita del P. Evangelista de' Gatti . . . , Napoli 1696. — Patri- GNANi, Menol., 14 die, p. 122. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 14» dec, p. 325. — Menol. Romano, 14 dec, p. 165.