XV DECEMBRE
Le quinzième jour de décembre de l'an 1618, mourut à Palerme, après avoir prononcé les vœux de la Compagnie sur son lit de mort, François Raï, Président de la Cour suprême de justice, qu'il dirigeait depuis trente-six ans. C'était l'un des types les plus remarquables de ces vieux magistrats chrétiens, dont tous les arrêts étaient pesés dans la balance même de Dieu, sans mélange d'aucune considération humaine. On l'appelait le père des veuves et des orphelins ; et si parfois les exigences de la justice ne lui permettaient pas de leur donner gain de cause, il suppléait à leur détresse par d'abondantes aumônes. François Raï, si fidèle à Dieu sur son tribunal, ne l'était pas moins dans l'intérieur de sa famille et dans la pratique intime de toutes les vertus. 11 faisait oraison, jeûnait et se flagellait comme un religieux. La Compagnie n'avait pas en Sicile de conseiller et d'ami plus dévoué. Quand parvenu à l'âge de près de soixante-quinze ans, il eut rendu les derniers devoirs à sa femme, il forma le projet de renoncer à tous ses honneurs ; et il écrivit à Rome pour demander à être reçu comme novice. Cette grâce lui fut accordée. Mais deux vice-rois de Sicile se plaignirent successivement à Madrid, disant que son éloignement de la Cour suprême serait un malheur pour le royaume. 11
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ne put donc alors que mener en secret la vie religieuse, et fut contraint d'attendre, pour se lier publiquement par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, jusqu'à la veille de sa bienheureuse mort ; il ne parut que dans son cercueil revêtu des insignes de la Compagnie.
Aguilera, Histor. Provint'. Sicul., t. 2, p. 69.
* Dans le courant de l'année 1579, s'éteignit pieusement au collège de Naples le Frère Scolastique Clément Ressa, dont la vocation à la Compagnie et la mort précieuse sont également marquées au sceau de l'aimable Providence de Dieu. Il était né à Triggiano, près de Bari. Après avoir terminé ses études littéraires, il se sentit un immense désir de s'avancer dans les sciences supérieures. Apprenant que nos classes à Naples étaient librement ouvertes à tout le monde, il prend aussitôt le chemin de cette ville et va droit au collège. Il entre dans une petite cour intérieure et s'y promène, l'air grave, la tète remplie de mille projets. Dieu voulut qu'au même moment, le P. Salmeron, Provincial de Naples, se promenât aussi contre son habitude dans une galerie en face. A la vue de ce jeune homme, couvert d'un large manteau, de grandes bottes aux pieds, il est assez surpris ; il le fait venir, et après quelques questions sur son pays, ses études, ses projets, il lui demande brusquement sous quel habit, le sien ou celui de la Compagnie, il entendait suivre les cours. Clément Ressa répondit qu'il s'en remettait pleinement à sa décision, et quelque instance