XIX DÉCEMBRE. — F. JEAN-THOMAS LAURETANI
que changeant de résolution, il se décida à rester pour toujours à Lorette ; il obtint même du gouverneur de la ville la permission de se construire une cabane dans les environs et s'y enferma pour vivre en solitaire.
Il était depuis quelque temps dans son ermitage, tout occupé de la prière et de la pénitence, quand les désirs de vie religieuse se réveillèrent dans son cœur. 11 s'offrit aussitôt à suivre l'appel de Dieu ; mais par une répugnance instinctive, il excluait de son acceptation la Compagnie de Jésus ; il craignait que l'obéissance ne l'obligeât un jour à s'éloigner de son cher sanctuaire. Amurat Roberti agitait ces pensées, lorsque le 29 décembre -1569, fête de saint Thomas de Cantorbéry, il crut entendre une voix qui lui disait : « Pauvre enfant, tu ne peux rien de toi-même ; regarde-moi et écoute ». 11 lève les yeux et voit l'auguste Mère de Dieu, telle qu'elle est représentée à Rome dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Marie lui rappelle les faveurs dont elle l'a comblé, lui reproche de s'attacher à des murailles de pierre, aux dépens de sa perfection, et enfin lui commande d'entrer dans la Compagnie, et de s'y montrer fidèle à l'obéissance, fallût-il abandonner la sainte Maison : « Va donc, ajouta-t-elle ; c'est moi qui t'ai conduit ici ; je ne t'abandonnerai pas, et je te protégerai jusqu'à ta mort » . Amurat Roberti courut aussitôt au collège, et après les épreuves ordinaires, il fut admis au noviciat. C'est alors que pour consacrer le souvenir de la grâce qu'il avait reçue le 29 décembre, et pour témoigner son amour à Marie et à saint Jean, l'enfant privilégié et le gardien de Marie, il changea son nom en celui de Jean-Thomas Lauretani.
Le premier sacrifice demandé au nouveau disciple de saint
Ignace fut celui qu'il avait le plus redouté. Mais docile aux enseignements de la Mère de Dieu, il l'accomplit généreusement, et suivit à Rome le P. Vincent Bruni, nommé Recteur du Collège Romain. Son éducation et ses talents auraient pu lui permettre de prétendre un jour à l'honneur du sacerdoce ; par humilité, il sollicita la grâce de rester au rang des Frères Coadjuteurs. Jusqu'à la vieillesse, il s'occupa avec une ardeur et une perfection admirable aux plus bas offices de la maison. Il était si ami de la pauvreté et si oublieux de lui-même, qu'il n'avait pas même une chambre où reposer la nuit ; il se jetait dans un coin et y prenait un court sommeil, qu'il interrompait bientôt pour vaquer à l'oraison. Aussi la mort de ce fidèle serviteur de Marie fut précieuse devant le Seigneur, et sa mémoire est demeurée en bénédiction.
Sacchinus, Histor. Societ., part. 3», lib. 6, n. iZ seqq., p. 272 seqq. Patrignani, MenoL, 6 genn., p. 62.