XX DÉCEMBRE. — P. ANDRÉ ALCENAGO
prendre passage, venait de mettre à la voile. Rappelé dans sa Province, il fut chargé de l'enseignement do la philosophie et de la théologie dans notre collège de Venise, et appliqué ensuite au ministère apostolique. Le serviteur de Dieu y consuma le reste de sa vie au milieu de travaux continuels. Il faisait deux parts de son année : l'une était consacrée aux missions de campagne. Il évangélisa tour à tour plus de cent villages. Le Père qui lui servait de compagnon, témoin de ses fatigues, de ses pénitences, des fruits de salut opérés dans les âmes, a résumé d'un mot son éloge : « J'ai la même estime pour les vertus du P. Alcenago que si j'apprenais qu'il eût ressuscité plusieurs morts ». La seconde partie de l'année se passait à Venise. « Les prédilections de l'homme de Dieu, écrit son supérieur, et en quelque sorte « sa passion dominante étaient pour les pauvres, pour les prisonniers, les forçats, les malades abandonnés » ; il avait pour tous ces malheureux des entrailles de miséricorde ; il leur prodiguait avec une infatigable sollicitude les secours spirituels et temporels ; aussi, quand il apparaissait au milieu d'eux, s'écriaient-ils pleins de joie : « Voici notre Père ». Si on venait l'avertir, pendant qu'il était à son confessionnal presque toujours entouré d'une foule brillante, que quelqu'un de ces pauvres gens le demandait, il partait aussitôt : « Les riches, disait-il, ont près d'eux leur confesseur qui les assiste les nuits entières et les prépare à bien mourir ; je veux que les pauvres en aient autant ». Son inépuisable charité se faisait solliciteuse pour ses protégés ; il se privait de toutes les douceurs pour les leur partager ; jusque dans les bras de la mort, il s'occupa de leur venir en aide.
Après avoir dépensé tout le jour au service du prochain, dans A. I. — T. II. — 82.
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les hôpitaux, les prisons, les galères, clans son confessional, au chevet des moribonds, le P. Alcenago passait une partie de la nuit en oraison ; c'est \h qu'il avivait sans cesse la flamme de son zèle et faisait descendre la bénédiction du ciel sur ses travaux. A la prière, il unissait la mortification, le jeune, le ciliée, les disciplines sanglantes, et surtout la pratique fidèle des vertus religieuses, l'humilité, l'amour de la vie commune, et une admirable promptitude à se prêter à tous les désirs des supérieurs. 11 donna de longues années les points de méditation aux Frères Coadjuteurs, « petite chose en apparence, obsex've avec raison le P. Patrignani, mais qui ne laisse pas d'être pénible à plusieurs égards », et grandement méritoire.
La vénération dont jouissait le P. Alcenago, parut avec éclat dans sa dernière maladie. Les plus illustres personnages, le patriarche, le nonce apostolique, l'ambassadeur d'Autriche, les sénateurs faisaient prendre chaque jour de ses nouvelles. Mais les pauvres surtout laissèrent déborder leur douleur ; leurs larmes furent son plus bel éloge. Quand il eut rendu le dernier soupir, une même exclamation s'échappa des lèvres de tous ceux qui l'avaient connu : « Un saint vient de mourir ». Le P. Alcenago était âgé de soixante-treize ans ; il en avait passé cinquante-quatre dans la Compagnie.
Pa'trignani, Menol., 20 die, p. 172. — Lettre circulaire du P. Odéric ZuANERA pour annoncer la mort du P. André' Alcenago, Venezia, 23 décembre 1724 ( Archiv. Rom. ). — Bellati, Ragionamento délie Virtu del P. Andréa Alcenago . . cf. Carayon, Bibliographie historique, n. 1432- 1433. — Flamin. Cornélius, Ecclesiœ Venetœ. . iliustratœ ac in décades distributœ, Venctiis, 1749, t. 2.