‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 309 sur 362 · XXI DECEMBRE · texte numérisé non relu

XXI DECEMBRE

Le vingt-et-unième jour de décembre de l'an 163b, mourut saintement à Palerme le P. Jourdain Gascini, fidèle imitateur de notre Bienheureux Père dans le gouvernement de la Compagnie. 11 avait le cœur et l'esprit également larges ; à une prudence surnaturelle, il joignait cette tendresse pour Dieu et les âmes, surtout pour les âmes de ses inférieurs, si magnifiquement appelée dans la neuvième partie des Constitutions la splendeur de la charité. Recteur de collège. Maître des novices, Instructeur des Pères du troisième an, Provincial de Sicile et de Venise, il regardait comme son premier devoir d'appartenir à ceux qui lui étaient confiés. Il était inouï, dit son biographe, qu'il se montrât jamais fatigué ou importuné quand on venait frapper à sa porte, fallût-il écouter longtemps le plus indiscret de ses religieux. Jamais non plus il n'écrivit ou ne dit un seul mot pour se débarrasser de qui que ce fût. Un père de famille, disait-il souvent, élève-t-il uniquement les enfants de son choix ; ne prend-il pas soin de tous ceux que la nature lui donne ? Ainsi un supérieur doit s'occuper de tous ceux qui sont remis à sa sollicitude. Il n'épargnait aucune peine pour les rendre dignes de servir utilement les âmes et la Compagnie. Bien des fois, pour toucher et corriger les coupables, il al-

la jusqu'à se mettre à genoux devant eux en les suppliant avec larmes de reconnaître leurs torts. « Si quelqu'un, dit l'Histoire de la Province de Sicile, était tenté de croire que le saint Recteur poussait la condescendance à l'excès, avant de blâmer sa manière d'agir, qu'il demande à Notre-Seigneur d'aimer comme lui ». Cette bonté d'ailleurs ne lui faisait obtenir que plus efficacement de généreux sacrifices. Le P. Aquaviva lui écrivit une fois pour savoir si les Juvénistes, qui lui étaient alors confiés, ne négligeaient pas leurs études, tant on avait loué devant lui l'ardeur de ces jeunes gens aux exercices de la mortification, de l'humiliation et de la prière. 11 n'avait pas moins entièrement gagné le cœur de nos Frères Coadjuteurs. Pour leur procurer le délassement dont ils avaient besoin, il les autorisait, les jours de fête, à se rendre dans quelque église où la pompe des cérémonies religieuses attirait les fidèles, et joignant l'humilité à la charité, il remplissait alors lui-même les fonctions de portier.

L'hospitalité du P. Cascini envers tous les enfants de la Compagnie, son empressement à les accueillir et à les garder comme des frères, étaient également renommés dans toute la Province de Sicile ; plusieurs ne l'entendirent pas sans admiration rendre mille actions de grâces à Notre-Seigneur d'avoir retenu dans sa maison un Père étranger qui durant cette prolongation de séjour tomba malade, et lui causa bien des embarras et bien des frais. « Malheur à nous, disait-il, si l'exercice de la charité nous était à charge ! Ce serait un signe trop sûr que nous-mêmes sommes à charge à la Compagnie ». Le P. Cascini fut accueilli à sa mort par Notre-Seigneur, comme il avait lui-même si souvent accueilli les autres ; il se montra dès les jours suivants tout éclatant de

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