‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 319 sur 362 · XXIV DÉCEMBRE. — P. ANDRÉ CARO · texte numérisé non relu

XXIV DÉCEMBRE. — P. ANDRÉ CARO

Les deux missions Tagales de Santiago et de San-Miguel furent le théâtre le plus éclatant des travaux du P. Caro. C'est à son séjour dans la première que se rattache le fait suivant, raconté dans l'Histoire générale de la Compagnie. Une pauvre indienne était morte sans confession, avant que ses parents eussent songé à demander le missionnaire. A cette nouvelle, le P. Caro saisi de douleur accourut ; et se prosternant à terre auprès du cadavre déjà placé dans la bière : « Seigneur, s'écria-t-il en versant un torrent de larmes, comment le pasteur pourra-t-il vivre, si la brebis est perdue éternellement » ! Puis après avoir longtemps gémi et prié, il se releva, s'approcha de la morte, et donna l'ordre à un des Tagales présents de s'assurer si le pouls ne battait pas. — « Il bat » ; répondit le néophyte ; mais le corps continuait à demeurer immobile. Alors, le nouvel Elie se prosterna une seconde fois et invita tous les assistants à en faire autant, pour conjurer Dieu d'achever son œuvre, en rendant le mouvement et la parole à celle qu'il venait de rappeler à la vie. Soudain l'indienne parut se réveiller d'un profond sommeil ; elle fit avec le plein usage de sa connaissance l'aveu de ses fautes au P. Caro ; puis à peine eut-elle reçu le sacrement de la réconciliation, qu'à la vue des nombreux témoins de cette scène, elle se rendormit doucement dans la paix du Seigneur.

Parmi les plus touchantes et plus salutaires pratiques du P. Caro, on ne saurait passer sous silence sa dévotion au Saint-Esprit, non plus que sa tendresse pour le Cœur entr'ouvert et le sang de Jésus. Chaque année, dit son biographe, aux saintes fêtes de la Pentecôte, sa poitrine semblait un volcan d'où s'échappaient des torrents de flammes. En prenant à l'autel le sang du calice, il

s'imaginait appliquer ses lèvres sur la plaie du Cœur de Jésus. Il plongeait en esprit dans ce bain divin toutes les créatures qui le servaient ou le faisaient souffrir, et jusqu'à la nourriture de son corps. Durant la nuit qui précéda son départ pour le ciel, il entretenait encore ceux qui le veillaient, avec une paix et une joie toutes célestes, des faveurs ineffables dont le Sauveur avait, à sa connaissance, comblé mille fois, dans leur agonie, les âmes embrasées d'amour pour son précieux sang et pour les cinq plaies de son corps sacré. Le P. Garo était âgé de quarante-neuf ans, dont il avait passé trente-trois dans la Compagnie.

CoRDARA., Histor. Soc. Jesu, part. 6», lib. 6, n. 196, p. 333. — Nadasi, Ann. dier. memor., 24» dec, p. 342. — Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 125.

Le vingt-quatrième jourr de décembre de l'an 1625, dans la maison professe de Palerme, mourut le P. Joseph La Mattina, d'une dévotion insigne au divin mystère de la crèche. Il passa la plus grande partie de sa vie au confessionnal ; il soutenait ou créait de là une multitude de bonnes œuvres, par l'esprit de zèle et de charité dont il animait les âmes qui s'étaient mises sous sa conduite. On avait coutume de dire à Palerme que c'était une même chose de se confesser au P. La Mattina et de vouloir devenir un saint. Dans les moments libres que lui laissait cet humble mais si fructueux apostolat, son amour pour la Compagnie lui faisait recueillir les plus beaux exemples de vertu et les saintes industries de

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