XXIX DECEMBRE
Le vingt-neuvième jour de décembre de l'an 1616, mourut au collège d'Aquila le P. Joseph Melchiorri, Milanais, entré dans la Province de Naples, au noviciat de Noie, à l'âge de quinze ans. Après avoir enseigné pendant huit ou dix ans aux jeunes Scolastiques de Naples la langue latine, l'éloquence et la poésie, il parcourut en apôtre les villes et les campagnes du royaume, et consacra les dernières années de sa vie à expliquer au clergé des Abruzzes les règles de la théologie morale, et à diriger en même temps la congrégation des pieux artisans d'Aquila. Dans ses courses apostoliques, cet homme de Dieu prenait pour modèles les compagnons de saint Ignace ; « il n'acceptait aucun de ces adoucissements que beaucoup de prédicateurs jugent aujourd'hui nécessaires », dit le P. Cordara. Quelles que fussent les rigueurs de l'hiver ou les ardeurs de l'été, il allait toujours à pied, sans viatique, n'ayant d'autre aliment et d'autre asile que ceux qu'il recevait de la charité publique. Dans les maisons de la Compagnie, le P. Melchiorri aimait à aider nos Frères Coadjuteurs à la cuisine ou à la sacristie. Il balayait l'église, disposait les bancs, lavait la vaisselle, allait chercher l'eau et le bois. On le voyait même souvent, pendant qu'il enseignait la théologie, sortir du collège
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d'Aquila, une hache à la main, et menant une bête de somme, se rendre dans la forêt voisine pour y chercher le bois nécessaire aux besoins de la maison. Un de nos Pères de Naples, lui ayant écrit pour lui reprocher des occupations qu'il jugeait indignes du caractère sacerdotal, le serviteur de Dieu lui adressa une charmante réponse, où par les paroles et les exemples de Notre-Seigneur, de saint Paul et des Pères du désert, il se justifiait surabondamment de son amour pour le travail des mains. 11 s'y livrait au reste les jours de congé, et son emploi n'en souffrait jamais.
Le P. Melchiorri avait vu de près l'œuvre des congrégations d'Aquila, fondées par le célèbre P. Sertorio Caputo. Il entreprit pour sa part d'initier à la perfection chrétienne de leur état les ouvriers du voisinage. Mais d'assez graves difficultés semblaient s'opposer à ses desseins; car, dès le grand matin, la plupart de ces pauvres gens devaient être à leur travail. Voici donc le plan qu'il imagina et qui fut approuvé par ses supérieurs. La pieuse assemblée se réunissait trois fois par semaine avant le lever du jour. Le P. Melchiorri dormait tout habillé la nuit précédente; puis dès son réveil, il courait lui-même à la porte, pour ne déranger personne, et y attendait ses chers congréganistes. En temps de pluie, de neige ou de glace, il avait soin de leur préparer un grand feu de sarments, pour les réchauffer ou les sécher. Il entrait ensuite avec eux dans la chapelle, et leur apprenait à sanctifier leur travail, à exercer le zèle et la charité, à faire régner Dieu dans leurs familles. « Maintenant encore, écrivait près d'un siècle après le P. Schinosi, cette œuvre admirable fleurit toujours, pour le salut du peuple d'Aquila ».
Après avoir célébré pour la dernière fois à l'autel la touchant
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fête de Noël, ce saint homme, averti par Notre-Seigneur comme on a lieu de le croire, déclara au P. François Amico qu'il n'avait plus que quatre jours à vivre, et qu'après sa mort, s'il en obtenait de Dieu l'autorisation, il lui ferait savoir l'état de son âme. La quatrième nuit qui suivit celle de Noël fut en effet celle de son agonie ; on crut s'apercevoir à plusieurs reprises qu'il luttait vivement contre les démons, tant il invoquait avec ardeur le secours de la Reine des cieux et de son ange gardien ; il s'endormit ensuite paisiblement dans le Seigneur. Or le même jour, de grand matin, une pieuse dame d'Aquila, qui ne pouvait être instruite de sa mort, fît demander au P. Amico, s'il ne serait pas arrivé quelque chose d'étrange au P. Melchiorri. Car elle l'avait vu, disait-elle, pendant la nuit, ayant sous ses pieds deux démons confus et chargés de chaînes, guidé vers le ciel par son ange et par la très sainte Mère de Dieu.
CoRDARA, Histor. Soc. Jesu, part, d^ , lib. 1, n. 41, p. 24. — Schi- Nosi, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. % p. 313 et suiv. — Santagata, Istor. délia Prov. di Napoli, t. 4, p. 17. — Patrignani, Menol. , 29 die, p. 230. — SoTUELLus, Biblioth., p. 524.
* Le vingt-neuvième jour de décembre de l'an 1686, mourut à Mantoue le P. Octave Beccarini, bienfaiteur du collège de la Mirandole, sa patrie, auquel il abandonna tous ses biens. Entré dans la Compagnie à l'âge de quinze ans, il ne tarda pas à se signaler par les plus solides vertus; il s'attacha de préférence à l'humilité. Au