‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 334 sur 362 · XXX DECEMBRE · texte numérisé non relu

XXX DECEMBRE

Le trentième jour de décembre de l'an 1629, mourut à Messine le saint Frère Coadjuteur Marcel Scaglione. Né au château de Galando, en Calabre, d'une riche et illustre famille, il se permit de bonne heure tous les plaisirs que les maximes du monde ne regardent pas comme dégradants. Les exercices d'une mission que le P. Joseph Biondi donnait à Gosenza, et dont les simples lois de la civilité ne le laissaient pas libre de se dispenser, puisque le missionnaire recevait l'hospitalité chez les siens, le touchèrent un instant ; mais il ne tarda pas à se replonger dans ses premiers désordres. Un jour d'orage, comme il s'était enfui tout tremblant au fond d'une grotte, la foudre l'y suivit soudain, l'enveloppa des pieds à la tête, réduisit ses vêtements en cendres, et le laissa gisant à terre sans connaissance. Quand il revint à lui, sa résolution était désormais inébranlable de sauver son âme à tout prix. Peu de jours après, le nouveau converti s'éloignait sans retour de sa famille pour aller chercher en Sicile l'humble et laborieuse vie de nos Frères Goadjuteurs. Il était âgé de trente ans.

Reçu par le P. Ange Sibilla au nombre des novices de Messine, il fut au bout de quelques mois envoyé à Palerme, sans avoir en-

696 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

core l'habit religieux. A son air, l'équipage du bâtiment sur lequel il s'était embarqué, le prit pour quelqu'un de ces misérables dont on peut impunément se faire un jouet. Les plus vils traitements, paroles injurieuses, coups de poings et de pieds de la part des soldats et des matelots, rien ne lui fut épargné, et rien ne put vaincre sa patience. Toutefois le plus rude assaut que lui livra l'enfer dans ces premiers temps, fut une tentation d'indicible ennui. Tout dans sa solitude et son travail lui faisait horreur. Mais le F. Scaglione résolut de perdre la vie plutôt que de reculer. Notre-Seigneur le récompensa de sa générosité en lui rendant la joie, sans lui enlever pourtant une certaine crainte qui, durant près de cinquante-huit ans, lui fit choisir tous les jours un patron spécial de sa persévérance dans la Compagnie. Une de ses maximes les plus familières était de ne jamais rien faire à regret et comme malgré lui, mais de se porter à toute chose avec l'ardeur et l'élan d'une âme qui vit, souffre et agit pour Dieu. A l'âge de soixante-six ans, il reçut de ses supérieurs l'ordre de mettre par écrit plusieurs grâces extraordinaires dont il avait été favorisé durant une maladie ; et l'on sut ainsi qu'il avait été admis à contempler les délices des élus ; que le Sauveur s'était montré à lui dans sa divine beauté ; enfin, que la Reine des anges avait daigné aussi le visiter et lui faire entendre combien elle agréait ses hommages.

Les trois dernières années de ce saint homme offrirent aux novices de Messine un spectacle encore plus beau. Frappé de paralysie, couvert de plaies profondes, rongé vivant par la gangrène, il n'en avait pas moins le sourire d'un bienheureux. Plusieurs miracles s'opérèrent après sa mort, et accrurent encore l'idée que tou-

Page 1