XXXI DECEMBRE
Le trente-et-unième jour de décembre de l'an 1689, le P. Vincent BuRATTi, né à Bologne, mourut au collège de Forli, à l'âge de quatre-vingt-six ans, dont il avait passé soixante-sept dans la Compagnie. De ces longues années, cinquante au moins s'écoulèrent dans cette même ville de Forli, qui sembla l'avoir reçu de Notre-Seigneur, comme apôtre pendant sa vie, et comme protecteur après sa mort. 11 embrassait dans sa sollicitude les malades et les prisonniers, les âmes qui aspiraient à se sanctifier sans sortir du monde, les prêtres et les vierges de Jésus-Christ, mais surtout les mourants, près desquels il était toujours prêt à passer les jours et les nuits. Ardent et infatigable chasseur d'âmes, aucun acte de dévouement ne l'effrayait ; on le vit, pour se vaincre luimême ou pour triompher d'un cœur obstiné, appliquer joyeusement ses lèvres sur des plaies infectes, comme le grand apôtre des Indes. Trouvant un jour d'hiver, couché sur la terre nue un misérable demi-mort de froid, il le prit dans ses bras et l'emporta pour en prendre soin, comme si c'eût été le Sauveur en personne. L'obstination des plus grands criminels ne résistait pas à sa tendresse; quand ces malheureux sortaient de leur cachot pour
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marcher au supplice, accompagnés du P. Buratti, on disait dans Forli qu'ils semblaient se rendre à une fête.
Une belle congrégation, sous le titre de la Persévérance, complétait l'œuvre du P. Buratti. Elle se composait des personnages les plus influents, des prêtres les plus exemplaires et les plus zélés, qui tout en travaillant à la sanctification de leurs âmes, s'engageaient, chacun selon leur pouvoir et leur vocation, à déraciner les désordres secrets et publics, à empêcher les spectacles licencieux, à rétablir la paix dans les familles, en un mot à faire partout régner Jésus-Christ. Cette œuvre admirable qui devait longtemps porter des fruits, comme le témoignait encore quarante ans plus tard le P. Joseph Patrignani, ne s'établit pas sans bien des difficultés. Des esprits jaloux ou pervers ourdirent de savantes calomnies contre son fondateur ; et le Père Général, trompé un moment, envoya l'ordre au P. Buratti de partir pour Imola. Le saint religieux obéit à l'instant même, sans justification et sans excuse. Mais la ville de Forli tout entière fit connaître si hautement à Rome le zèle et la sainteté de son apôtre, qu'elle obtint bientôt son retour.
Au reste, depuis son entrée dans la Compagnie, le P. Buratti était mort à toute satisfaction naturelle. A l'âge de quatre-vingttrois ans, il passait encore toutes les nuits couché sur le plancher de sa chambre, ou quand il se traitait plus mollement, sur un peu de paille ; un ordre seul de ses supérieurs put l'engager h dormir dans un lit pendant les trois dernières années de sa vie. 11 continua jusqu'à la fin à porter une chaîne de fer, à se flageller chaque soir , à jeûner tous les samedis en l'honneur de la très sainte Vierge, et tout l'avent pour se préparer à la