‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 58 sur 362 · XXXI JUILLET. — P. PIERRE GIUSÏINELLI · texte numérisé non relu

XXXI JUILLET. — P. PIERRE GIUSÏINELLI

de la charité une vie consacrée tout entière au service des membres souffrants de Notre-Seigneur. Dès le berceau, il fut prévenu des bénédictions du ciel. On peut dire que ses premiers pas furent consacrés par la charité ; dès qu'il apercevait un pauvre, et surtout quelque religieux mendiant, il courait demander pour lui une aumône, ot disait à sa mère qu'il serait lui-même un jour religieux. Dès lors aussi, il aimait h visiter les malades. Son cœur se souleva, il est vrai, la première fois qu'il entra, vers l'âge de dix ou douze ans, dans un hôpital; mais s'indignant de cette répulsion involontaire qu'il traitait de lâcheté, il descendit aussitôt, pour en finir du premier coup, aux services les plus répugnants. Il avait un rare talent pour la musique; son zèle et sa charité lui suggérèrent de le faire servir d'abord au soulagement des corps, et bientôt au salut des âmes de ses malades. Il se mit donc, avec le concours de plusieurs de ses condisciples, à leur donner de temps en temps quelque agréable concert. Puis s'apercevant que durant les soirées d'été, une promenade voisine de sa maison offrait à bien des âmes de tristes occasions d'offenser Dieu, il ouvrait sa fenêtre, et sans se montrer au public, il chantait et jouait de la guitare si délicieusement, que la plupart des promeneurs s'arrêtaient ravis sans aller plus loin.

La vie de Pierre Giustinelli, devenu religieux de la Compagnie, est pleine des plus beaux traits do zèle, parmi les novices de Novellara, les Scolastiques de Parme et de Milan, et les jeunes professeurs de Venise. On peut y voir en particulier quelle était sa sollicitude, pour suppléer par mille pratiques d'humilité, à ce que l'étude et l'obéissance le contraignaient de retrancher de ses austérités. Dans le même temps, il dirigeait une des congrégations

il4 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

de la sainte Vierge, et composait en faveur de ses jeunes congréganistes ses opuscules de piété sur la confession, sur le triomphe de la chasteté, et son antidote des conversations et des lectures dangereuses, recommandé comme un livre d'or par le pieux cardinal Frédéric Borromée.

Néanmoins les pauvres et les malades firent toujours et partout les plus chères délices du P, Giustinelli. Ce fut au milieu d'eux qu'il voulut dire sa première messe dans un hôpital, après les avoir tous préparés à recevoir de sa main le corps adorable du Sauveur, et avoir lavé les pieds à douze d'entre eux, avant de monter à l'autel. En récompense de cette prédilection pour les humbles et tous les malheureux, il mérita, dit-on, de voir un jour les traits d'un malade se transformer en ceux du Sauveur, pendant qu'il lui prodiguait les soins de sa charité. Peut-être cependant, dans une circonstance de sa vie dont la date nous est inconnue, le feu de son zèle, comme celui des enfants de Zébédée, le rendit trop sévère pour quelque pécheur. Car nous lisons dans l'Histoire du P. Emmanuel Aguilera, que Pierre Giustinelli priant un jour avec ferveur, prosterné aux pieds de son crucifix, reçut de la bouche du Sauveur mourant ce pénétrant mais tendre reproche : « Pierre, on voit bien que tu n'es pas mort sur une croix pour l'amour de tes pénitents » !

CoRDARA, Histor. Societ. Jes., part. 6*, l. 15, n. 42, p. 359. — Ga-

GLIARDI, apud CoRDARA, /. C. SoTUELLUS, BlbUoth., p. 678. SoMMER-

voGEL, Biblioth., t. 3, p. 1485. — Patrignani, Menol., 31 giul., p. 252. — Nadasi, Ann. dier. memor. , 31» jul. , p. 71. — Drews, Fasti Soc. Jes., 31* /iiL, p. 293. — Alegambe, Heroes et Victim. charit., p. 315-

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