AOUT
Le premier jour d'août de l'an 4631, mourut victime de sa charité dans le petit bourg- de Figarolo près Ferrare, le P. Marc GuzzoNi, vénitien, en qui Notre-Seigneur voulut offrir à la Compagnie un parfait exemple d'obéissance et de dévouement. Durant sa seconde année de noviciat, saint Louis de Gonzague l'avait guéri miraculeusement au moment où désespéré des médecins, il allait recevoir le saint viatique. Marc Guzzoni ne considéra plus dès lors la vie que comme le bien de Dieu et des âmes. L'éclat ou l'obscurité des ministères, la persécution ou la faveur, le repos ou la fatigue ne comptaient pour rien à ses yeux. On le voyait parfois dans ses missions épuisé par toute une journée de travail, s'en aller le soir à pied, n'importe par quel temps ou par quelles
routes, chercher un asile pour la nuit et un peu de nourriture, dans quelque métairie de nos collèges, afin, disait-il, de n'être pas à charge à ceux qu'il évangélisait ; et là, il priait son compagnon de lui donner le signal de tous les exercices de règle pour ne pas se dérober au joug de la vie commune. Si les confessions, les prédications et les catéchismes lui accordaient un moment de trêve, il mendiait pour soulager la souffrance des indigents, et surtout pour les mettre à l'abri des tristes tentations de la misère. Sa charité était si tendre pour ces pauvres gens, qu'il leur assignait à part, à leur grande consolation, un jour de communion générale, et au sortir de la table sainte, il leur distribuait à tous une aumône, et les embrassait comme ses enfants de prédilection, les priant avec larmes de lui obtenir une place auprès d'eux dans le paradis.
Lorsque la peste éclata tout à coup dans le territoire de Ferrare en 1631, à la suite d'une grande famine où il avait accompli en faveur des indigents des merveilles de charité, le P. Guzzoni s'offrit des premiers à entrer dans cette périlleuse arène. Mais la crainte de le perdre fit d'abord refuser ses services par les deux cardinaux Sacchetti et Magalotti. A la fin cependant, vaincus par les instances du serviteur de Dieu, ils lui confièrent le grand lazaret de Vallescura, mais avec la défense expresse d'approcher d'aucun malade. Si dure que fût cette condition, le dévoué fils de saint Ignace accepta. Par une fenêtre ouverte entre la salle des malades et la cellule qui lui fut assignée, il entendait leurs confessions, et exhortait avec ferveur ceux qu'il ne pouvait servir comme il l'aurait désiré, à ne rien perdre de leurs derniers moments pour mourir en prédestinés. Malgré tout, cette position paraissait
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étrange ; elle lui attirait parfois de pénibles humiliations et de durs reproches. L'homme de Dieu les acceptait avec joie, comme un dédommagement de la mort à laquelle il avait été contraint de se soustraire. Quand la peste eut disparu à Vallescura, le P. Guzzoni courut au petit village de Figarolo, où le mal venait d'éclater. Son dévouement y fut soumis aux mêmes réserves jalouses. Mais ses désirs ne furent pas longtemps frustrés. Frappé à son tour du fléau, il alla recevoir la glorieuse couronne, achetée au prix de tant d'obéissance et de charité.
Patrignani, Menol.^ 1 ngost., p. 9. — Nadasi, Ann. dier. memor., i» aug.^ p. 75. — Alegambe, Heroes et Victini. charit., aimo 1631, p. 346 seqq. — CoRDARA, Histor. Societ., part. 6* , l. 16, n. 28, p. 4.55. — Tan* NER, Soc. Jes. Apostol. imitât., p. 617.