‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 69 sur 362 · V AOUT · texte numérisé non relu

V AOUT

Le cinquième jour d'août de l'an 1652, mourut en odeur de sainteté à Palerme, dans la seconde année de son noviciat, comme il l'avait demandé à Notre-Seigneur, le F. César Gaetano, seigneur de la principauté de Casaro et du marquisat de Sortino, dont il se dépouilla en faveur de son frère, à l'âge de dix-huit ans, pour ne plus posséder et aimer que Jésus-Christ. Après le décès de son père et de son aïeul, il avait pris à quatorze ans le gouvernement de ses vassaux. Tel était l'amour des habitants de Sortino pour lui, que lorsqu'il était malade, on les voyait courir en foule au pied des autels, pour demander à Dieu la conservation d'une vie si chère. Cependant l'expérience même du monde et quelques lectures de piété, inspirèrent à Gaetano un profond dégoût pour des biens que le temps emporte. Il soupirait après la solitude et la vie des saints. Mais pas un seul membre de la Compagnie n'avait trouvé accès près de lui, tant on avait su le prévenir contre l'avidité prétendue, les intrigues, le luxe secret et le bienêtre des enfants de saint Ignace. Il fallut presque un miracle de la Providence pour faire tomber chacun de ces préjugés. Enfin il demeura vainqueur de tous les obstacles, et après s'être arraché,

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non sans douleur, aux larmes de ses vassaux, il partit pour Rome, et alla joyeusement commencer une vie nouvelle parmi les novices de Saint-André.

Les égards qu'on lui témoigna d'abord, et les soins dont on l'entoura à cause de la faiblesse de sa santé, l'affligèrent quelque temps. II pleurait au pied de son crucifix, de se voir refuser ce qu'il y avait de plus pauvre et de plus vil dans la maison, et de ne pouvoir châtier son corps, selon l'étendue de ses désirs. Mais le P. Dominique Vanni, Maître des novices, lui fit comprendre, qu'à la vérité de pareils désirs étaient saints ; qu'il était même très utile de les manifester, afin de ne laisser perdre aucune des inspirations de la grâce; mais que son unique joie devait être d'obéir, et que nul sacrifice au monde ne valait celui de l'obéissance.

A partir de ce jour. César Gaetano ne vit plus et n'aima plus que la volonté de Dieu en toute chose. Sous la seule condition du bon plaisir divin, il demandait toutefois trois grâces, la première de mourir au noviciat ; la seconde d'être consumé d'une fièvre lente, comme son cher patron saint Louis de Gonzague, la troisième de partir pour le ciel en un jour consacré à la Reine des bienheureux. Or le quatre août 16S2, veille de Notre-Dame des Neiges, après avoir rappelé ces trois grâces dans une lettre dictée de son lit de mort à son Maître des novices à Rome : « Déjà Notre-Seigneur, disait-il, m'accorde visiblement les deux premières ;

et j'espère bien que la nuit prochaine, dédiée par l'Eglise à ma très douce Mère et souveraine, sera aussi la dernière de ma vie». II expira en effet le lendemain matin, les yeux comme ravis d'un spectacle céleste ; et sur-le-champ commencèrent à éclater, au

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ses funérailles les témoig g'ioire et de sa puissance auprès de Dieu.

milieu même de ses funérailles les témoignages surnaturels de su

Perdicauo, Vùa del F. Cesare Gaetano, Palermo, 16G9. — Patrignani, MenoL, 5 agost., p. 44. — N.vdasi, Ann. dier. memor., 5a aug. , p. 83. — Drews, Fasti Soc. Jes., 5» aiig., p. 300. — Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 564 seqq. — Cassani, Varones ilust., t. 2, p. 388 et siiiv.

* Le cinquième jour d'août rappelle la mémoire du P. Philippe Bracci, de la Province Romaine, mort très saintement k Naples en 172b dans la maison professe. 11 était né à Florence d'une illustre famille, et s'était senti de bonne heure incliné vers la Compagnie : mais des devoirs impérieux le retinrent dans sa famille jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Estimant alors que sa présence n'était plus nécessaire, il rompit tous les liens par lesquels on s'efforçait de le retenir, et s'enfuit secrètement au noviciat de Saint-André. Il vécut à peine douze ans sous la règle de saint Ignace ; ce fut assez pour s'élever à une très haute perfection. Régent de grammaire à Raguse, professeur de philosophie et de théologie au Collège Illyrique de Lorette, de morale à Orvieto, il laissa partout de rares exemples de piété, d'obéissance, de pauvreté, d'abnégation, de zèle des âmes et d'ardeur au travail. On l'engageait souvent à prendre quelque repos : « Le repos, répondait-il joyeusement, est pour les morts », et il continuait à se dépenser. Son unique délassement, quand il enseignait à Lorette, était de prolonger ses oraisons dans la sainte maison où s'incarna le Ver- A. i. — T. II. — 18.

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be de Dieu, et d'aller, pendant les vacances, évangéliser les pauvres habitants de Castelfîdardo. Aussi les Nôtres et les étrangers le vénéraient-ils comme un saint. Un Père de grande vertu étant mort à Raguse, dans le temps où le P. Bracci y faisait sa régence, on trouva parmi les reliques qu'il avait dans sa chambre un morceau d'étoffe avec ces mots : « Du vêtement du saint P. Bracci ». A Orvieto, la pénurie des ouvriers obligés de faire face à tous les emplois multiplia ses fatigues. Ses forces déjà ébranlées fléchirent sous le fardeau. Des maux étranges l'assaillirent et firent du reste de sa vie une sorte de martyre. Vainement les supérieurs, avec la plus généreuse et la plus tendre charité, mirent en œuvre tous les moyens, et l'envoyèrent successivement à Florence, à Rome, à Frascati, à Viterbe et enfin à Naples : le malade portait partout sa croix avec lui. Mais rien n'altérait sa patience ; il considérait son état comme une des plus grandes grâces qu'il eût jamais reçues de Dieu : « Sans la souffrance, disait-il, on fait peu de chose en ce monde ». Il languit environ deux mois à Naples. Aprèp sa bienheureuse mort, un des Pères de la maison professe rendit de lui ce beau témoignage : « Tout a été admirable dans le P. Bracci : admirable sa résignation au bon plaisir divin ; admirable sa patience au milieu des plus vives douleurs ; pendant ces deux mois, sa vie n'a été qu'un exemple continuel de vertus ; et à mon sens, ces vertus ne sont pas inférieures h celles de beaucoup de saints que nous vénérons sur les autels ». Le P. Philippe Bracci n'était âgé que de trente-six ans.

Patrignani, Menol., 5 agosto, p. 51.

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* Le cinquième jour d'août de l'an 4753, le P. Jacques Sanvitale mourut à Ferrare en très haute réputation de science et de sainteté. Il appartenait à une noble famille de Parme qui donna plusieurs de ses membres à la Compagnie. Quand il se présenta pour revêtir les livrées de saint Ignace, il n'avait pas encore seize ans ; mais déjà il se distinguait par une maturité bien au-dessus de son âge, et brûlait du désir de se dépenser au service de Dieu Notre-Seigneur et au salut des âmes.

L'enseignement des belles-lettres, et plus tard celui des hautes sciences, la prédication, la composition de nombreux ouvrages sur l'histoire, la théologie, la vie spirituelle, remplirent jusqu'au dernier jour de sa longue existence, et la mort le trouva encore la plume à la main, luttant avec une infatigable ardeur, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, contre les doctrines des théologiens rigoristes. A Ferrare, où il passa ses quarante-sept dernières années, le P. Sanvitale était l'oracle et le conseiller universel : prêtres, religieux, grands seigneurs, hommes du peuple, recouraient à ses lumières ; il était le théologien de l'archevêque, qui ne décidait aucune affaire de conscience, sans l'avoir auparavant consulté.

A cet éclat de la science, s'ajoutait celui des plus belles vertus. On admirait dans le P. Sanvitale une douceur et une patience à toute épreuve puisées dans l'étude attentive du Cœur de Jésus ; une fidélité inviolable à toutes les observances de la vie commune ; une humilité et un zèle des âmes qui le conduisaient chaque jour au milieu des pauvres réunis à la porte du collège, pour leur faire le catéchisme ; un ardent amour de la prière ; enfin une si parfaite composition de tous ses sens extérieurs, qu'il paraissait,

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dit un de ses biographes, « le vivant portrait des règles de modestie ».

De longues et douloureuses infirmités mirent le dernier sceau à sa perfection, et accrurent encore l'estime et la vénération dont il était entouré. Aussi quand il eut rendu le dernier soupir, la cité tout entière manifesta ses sentiments par des témoignages extraordinaires. « On lui fît, rapporte la notice consacrée à sa mémoire, des funérailles plus dignes d'un bienheureux déjà placé sur les autels que d'un homme qui vient de quitter la terre ». On se partagea comme des reliques les objets qui avaient été à son usage ; on l'invoqua comme un saint ; au simple contact de son image, des guérisons merveilleuses furent obtenues, comme en font foi les procès authentiques conservés encore aujourd'hui dans les archives de la Compagnie. Le P. Sanvitale était âgé de quatre-vingt-cinq ans ; il en avait passé soixante-dix dans la vie religieuse.

Lilier. ann. Provinc. Veneiœ {Archiv. Rom., abrégé par le P. Boero). — DE Backer, Bibliothèque, l^f^ édit., t. 6, p. 598.

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